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Moyen-Orient - Éclairage

En Iran, les candidats à la présidentielle s’écharpent sur la responsabilité de la crise économique

Malgré les tentatives du pouvoir de rejeter la faute sur les sanctions américaines, la corruption institutionnalisée et la politique belliqueuse de la République islamique semblent jouer un rôle non négligeable dans la situation économique du pays.

En Iran, les candidats à la présidentielle s’écharpent sur la responsabilité de la crise économique

Des Iraniens manifestent contre la hausse du prix de l’essence, le 16 novembre 2019 à Téhéran, en Iran. Photo AFP

Plutôt qu’un débat centré autour des questions économiques, la première intervention télévisée rassemblant samedi en direct les sept candidats à l’élection présidentielle de juin en Iran a davantage tenu de l’échange d’accusations réciproques entre les partisans du camp réformateur et les ultraconservateurs. « Comment voulez-vous diriger le pays ? Monsieur Hemmati, votre gouvernance a été catastrophique, vous êtes assis ici en tant que représentant de M. Rohani », a par exemple lancé l’un des cinq candidats ultraconservateurs Mohsen Rézaï, ancien commandant en chef des gardiens de la révolution, l’armée idéologique de la République islamique, à l’ancien gouverneur de la banque centrale Abdolnaser Hemmati.

Accusé, aux côtés du président sortant Hassan Rohani, d’être responsable de la crise économique actuelle caractérisée par un taux d’inflation avoisinant les 40 % et un taux de pauvreté de près de 30 %, M. Hemmati a contre-attaqué en reprochant à ses opposants d’avoir accru les tensions avec l’Occident, aggravant ainsi les difficultés économiques de l’Iran. « De manière générale, le débat était une farce où les candidats s’attaquaient personnellement, remettant en question leurs antécédents scolaires et leur capacité à comprendre l’économie », observe Arvin Khoshnood, spécialiste de l’Iran et enseignant à l’Université de Lund, en Suède. « Tous les candidats ont affirmé pouvoir résoudre les problèmes économiques, oubliant qu’ils ont tous fait partie de l’élite du régime et qu’ils sont donc responsables de la crise actuelle », poursuit le spécialiste.

Corruption

Car si le régime – au sein duquel le guide suprême Ali Khamenei est le véritable décideur – et ses partisans œuvrant pour assurer la victoire du chef du judiciaire Ebrahim Raïssi dans la course à la présidentielle tentent de blâmer les sanctions américaines pour expliquer la crise économique, d’autres facteurs semblent entrer en ligne de compte. Le quotidien iranien Hamdeli a ainsi cité jeudi les propos du vice-président de la Chambre de commerce d’Iran, Mohammad Reza Ansari, pour mettre en lumière la corruption institutionnalisée du régime : « “La corruption a impacté l’économie”, a déclaré Ansari. » « “Lorsque les décisions économiques concernant la macroéconomie sont prises sur la base d’intérêts individuels et de groupes, l’économie devient confuse”, a-t-il dit », a rapporté le média d’État. Alors que des Iraniens de tout le pays manifestent régulièrement face à la dégradation de leurs conditions de vie, la corruption du régime ainsi que sa politique belliqueuse n’échappent pas aux critiques. « Mort aux officiels corrompus », martèlent par exemple de nombreux citoyens à l’occasion de ces soulèvements.

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« La corruption parmi l’élite du régime est étendue, et c’est comme ça depuis la formation du régime islamique en 1979 », expose Arvin Khoshnood. « Avant l’époque des médias sociaux, il n’était toutefois pas facile pour les gens ordinaires de le voir. Maintenant, il y a une abondance de photos et de clips montrant la vie luxueuse de l’élite du régime, et les gens se demandent : avant la révolution islamique de 1979, ils étaient de simples citoyens, maintenant ils vivent comme des célébrités hollywoodiennes, comment cela a-t-il pu arriver sinon par la corruption ? » ajoute le spécialiste. La République islamique fait partie des cinquante pires pays du monde en matière de corruption, selon l’ONG Transparency International.

Le régime fait également l’objet de vives critiques, au sein de la population, en raison de sa politique agressive ayant entraîné des sanctions internationales et son isolement économique et diplomatique. Alors que l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015 avait permis de lever une partie des sanctions économiques pesant sur Téhéran en échange de son engagement à ne pas se doter de l’arme nucléaire, le retrait des États-Unis de l’accord par Donald Trump en 2018 et le rétablissement de lourdes mesures punitives ont plongé davantage la République islamique dans la crise. « Les sanctions américaines ont exacerbé les facteurs internes de la crise économique, caractérisée par un taux d’inflation élevé, la baisse du pouvoir d’achat de la population et une forte augmentation du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté », observe Abdolrasool Divsallar, codirecteur de la Regional Security Initiative au sein du Middle East Directions Programme of the Robert Schuman Centre for Advanced Studies. Alors que 15 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté de 2013 à 2016, ce taux serait passé à 30 % de 2016 à 2019. L’impact des sanctions internationales serait toutefois à nuancer face au poids de la politique intérieure du régime.

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Politique intérieure

« Le régime a moins investi dans l’éducation (1989-2019), qui est considérée comme très importante pour le développement humain, social et économique. Ses investissements dans les soins de santé ont également été insuffisants et de nombreuses personnes s’appauvrissent parce qu’elles doivent couvrir elles-mêmes une grande partie des dépenses de santé », commente Arvin Khoshnood. « Bien que les sanctions aient eu un impact négatif sur l’économie iranienne, la principale raison de la pauvreté est la politique délibérée du régime visant à appauvrir le peuple iranien, à prendre ses ressources et à les contrôler. Dans le même temps, l’élite du régime s’enrichit chaque jour », poursuit ce dernier. Cible des ultraconservateurs, le gouvernement partagerait en réalité la responsabilité de la situation avec le régime. « Le bilan de Rohani est plutôt négatif à cause du manque de coordination entre le système judiciaire, le gouvernement et la défense, chaque partie essayant de s’accaparer une partie des ressources, note Abdolrasool Divsallar. Cela est également lié à la façon dont le président a géré son cabinet, alors qu’il a gardé le même cercle de conseillers autour de lui tout au long de ses mandats. » Face à la situation économique du pays, la population semble gagnée par la désillusion. Selon plusieurs sondages, seuls 30 % des citoyens participeront au scrutin présidentiel.


Plutôt qu’un débat centré autour des questions économiques, la première intervention télévisée rassemblant samedi en direct les sept candidats à l’élection présidentielle de juin en Iran a davantage tenu de l’échange d’accusations réciproques entre les partisans du camp réformateur et les ultraconservateurs. « Comment voulez-vous diriger le pays ? Monsieur Hemmati,...

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Écharpez-vous, écharpez-vous...

Gros Gnon

08 h 25, le 07 juin 2021

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Commentaires (2)

  • Écharpez-vous, écharpez-vous...

    Gros Gnon

    08 h 25, le 07 juin 2021

  • Quelque soit le résultat, les iraniens auront à suivre le guide super-suprême avec la mainmise que lui et les gardiens de la révolution ont au pays...après la Syrie on assiste à une autre mascarade pour amuser le monde et bluffer le peuple.... Le monde file à vitesse vertigineuse vers l'avenir alors que nous vaguons dans les méandres du 10eme siècle.

    Wlek Sanferlou

    01 h 54, le 07 juin 2021

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