Vladimir Poutine lors du forum de Saint-Pétersbourg en 2018. Kirill Kudryavtsev/Archives AFP
Le principal forum économique russe, à Saint-Pétersbourg, tente cette semaine de véhiculer un message envers et contre tout : la Russie a dompté la pandémie et reste ouverte aux investissements malgré les tensions géopolitiques. Ce forum est un des premiers événements de ce type dans le monde depuis l’apparition du Covid-19, qui a entraîné l’annulation de traditionnels grands rendez-vous internationaux. En point d’orgue, le président Vladimir Poutine sera là vendredi.
Jadis surnommé le « Davos russe », la taille réduite du forum (2-5 juin) illustre cependant au moins autant le risque sanitaire toujours réel que la détérioration de l’image de la Russie dans l’arène internationale. Si la pandémie explique des absences, la réalité est que depuis 2014, le « Spief » n’a cessé de voir la liste de participants d’envergure se rétrécir et le nombre de gros contrats signés diminuer. En 2020, les investissements directs étrangers en Russie n’étaient que de 1,4 milliard de dollars, soit leur plus bas niveau depuis 1994.
Si le PIB russe a été relativement épargné par le Covid-19 en raison de mesures de confinement très limitées par rapport au reste du monde, la Russie revient toutefois à son défi de revitaliser l’économie, stagnante depuis de longues années. Selon Chris Weafer, fondateur de la société de conseil Macro Advisory, Moscou veut convaincre que « l’on ne devrait pas laisser la mauvaise politique empêcher de bonnes affaires ». Une logique avec laquelle Patrick Pouyanné, patron de Total, est en accord. « M. Poutine veut plus d’investissements étrangers en Russie et il faut l’écouter, a-t-il dit à l’AFP. Je peux attester pour avoir investi plusieurs milliards dans le pays que les investisseurs français sont bien accueillis. »
Mais depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et le début des sanctions occidentales, les relations avec l’Ouest n’ont fait qu’empirer, et avec elles les rapports économiques et commerciaux. Avec l’empoisonnement puis l’emprisonnement de l’opposant Alexeï Navalny, le durcissement des lois pour contrôler internet, les médias et les ONG étrangères, les tensions n’ont fait que croître. Jeudi encore, le média russe indépendant VTimes, spécialisé en économie, a annoncé sa fermeture par crainte de poursuites judiciaires après avoir été classé « agent de l’étranger ».
Les participants au forum de Saint-Pétersbourg espèrent donc que la rencontre entre les présidents Vladimir Poutine et Joe Biden à Genève le 16 juin puisse permettre une stabilisation. En attendant, point de leaders d’envergure cette année dans l’ancienne capitale impériale russe. L’émir du Qatar se contente d’une apparition par vidéo, coronavirus oblige, même si son pays est l’invité d’honneur.
Poignées de main, absence de masque
Si le forum a lieu, c’est que les autorités russes ont décidé de composer avec les obstacles de la pandémie. Organisé en à peine deux mois, l’événement dit avoir pris toutes les mesures sanitaires nécessaires : 5 000 participants, soit quatre fois moins que d’habitude, des tests PCR obligatoires ainsi que de mystérieux outils innovants tels qu’un « brouillard froid anti-Covid ».
Mais les étrangers arrivés en Russie pour le forum y découvrent ébahis le rythme de vie depuis près d’un an : proximité, poignées de main et absence presque totale de masques, terrasses, restaurants et salles de spectacle bondés, fêtes le soir. Le Covid-19 a pourtant fait des ravages ces douze derniers mois en Russie, un des pays les plus touchés au monde qui continue d’enregistrer des milliers de nouveaux cas et des centaines de morts quotidiens. Si la Russie peut se targuer d’avoir trouvé rapidement un vaccin, elle se débat avec une vaccination très lente, sa population étant extrêmement méfiante à l’égard du produit et des autorités. « Les gens arrivent aux points d’entrée et ils ne pensent pas à l’obligation de porter un masque, à la distanciation sociale », raconte à l’AFP Julius Bakazarov, un volontaire au forum de 19 ans venu de Vladikavkaz, dans le Caucase.
C’est aussi un galop d’essai avant l’Euro de football, la ville accueillant sept matches et des dizaines de milliers de supporters à partir du 12 juin.
Andrea PALASCIANO/AFP
Jadis surnommé le « Davos russe », la taille réduite du forum (2-5 juin) illustre cependant au moins autant le risque sanitaire toujours réel que la détérioration de l’image de la Russie dans l’arène internationale. Si la pandémie explique des absences, la réalité est que depuis 2014, le « Spief » n’a cessé...


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