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Campus - ÉGALITÉ

À l’USJ, le Club féministe s’active sur plus d’un front

Malgré l’enseignement à distance, le Club féministe de l’Université Saint-Joseph est resté activement engagé pour sa cause, organisant plusieurs activités ces derniers mois.

À l’USJ, le Club féministe s’active sur plus d’un front

Pamela Roukoz : « S’attribuer des rôles édictés par la société peut empêcher tout moyen d’épanouissement personnel. » Photo Joanna Chalhoub

Parmi les premières victimes des crises économique et sanitaire figurent les femmes, qui subissent des inégalités professionnelles, et sont sujettes au harcèlement sexuel et à la violence, en plus des stéréotypes et législations propres à nos sociétés patriarcales. Pour l’actuelle présidente du Club féministe de l’Université Saint-Joseph, Pamela Roukoz, il est indispensable de sensibiliser les étudiants sur ces injustices. Elle les invite de facto à briser les tabous, et surtout à s’unifier autour du même mouvement, afin d’arriver à un changement. « Notre motivation principale est de construire une société qui fait preuve de respect pour la femme, qui lui garantit sa liberté et l’égalité professionnelle », affirme Pamela Roukoz. Pour cette étudiante en 5e année de pharmacie, il s’agit de bâtir « une société qui met au même rang hommes et femmes, une société où l’on pourrait dire : être une femme ne me contraint à aucun obstacle, parce que je suis une femme libre ».

Autant dire que le Club féministe de l’USJ a du pain sur la planche. À travers une programmation d’activités, pour la plupart en ligne, une vingtaine de ses 140 membres s’active à enclencher le débat et sensibiliser les autres sur les sujets les plus pressants. Pamela Roukoz cite par exemple les discriminations que bien de femmes ont internalisées : « Elles s’attribuent les rôles édictés par la société, sans que cela soit véritablement leur volonté. C’est tellement ancré dans la pensée, dans notre culture arabe et notre société patriarcale, que souvent on ne remet pas en question beaucoup de choses », remarque-t-elle, donnant l’exemple du choix de la carrière professionnelle. Des femmes ont en effet tendance à opter pour des métiers qui n’empiéteraient pas sur leurs obligations familiales, alors que d’autres estiment que certaines professions, scientifiques ou techniques, sont réservées aux hommes. « Il faut en prendre conscience, parce que cela peut gâcher la vie d’une femme. S’attribuer des rôles prédéfinis peut empêcher tout épanouissement personnel », poursuit la présidente du Club féministe. C’est dans cette optique que le club a organisé, avec d’autres clubs étudiants de l’USJ, une conférence intitulée « The impact of women in Tech » (L’impact des femmes dans la technologie), présentée par la Holberton School, l’École d’ingénieurs en informatique fondée à la Silicon Valley, dont l’un des campus se situe à Beyrouth. « Il n’est pas fréquent de trouver des femmes dans le domaine de la technologie, et lorsqu’elles y travaillent, elles ont du mal à s’y adapter, leurs collègues ayant tendance à les rabaisser », déplore Pamela Roukoz. De même, lors d’une conférence prodiguée par la psychiatre Hala Kerbage, intitulée « La femme dans la profession médicale, enjeux et impacts », la question de la discrimination de la femme dans le domaine de la santé a été abordée.

La santé de la femme au cœur de la sensibilisation

Revenant sur les sujets les plus importants à débattre, Pamela Roukoz évoque également les discriminations inscrites dans les lois libanaises à l’encontre de la femme. « Tout progrès nécessite un changement au niveau des lois », rappelle-t-elle. Il s’agit de « mettre la pression, de sensibiliser, de mettre la lumière sur les problèmes que posent les lois des statuts personnels. Il faudra lutter pour un respect de la femme, pour une égalité devant la loi entre tous les citoyens, en dehors du sexe et de la religion », assure-t-elle, soulignant que le club a organisé une conférence sur ce sujet, prodiguée par Leila Awada, avocate et membre de l’ONG Kafa, à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

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Le club féministe a par ailleurs mis en place diverses activités abordant la santé et le corps de la femme, avec par exemple une conférence de sensibilisation sur le cancer du sein, donnée par l’oncologue, le Dr Hampig Kourie, ou encore une conférence présentant les alternatives – écologiques – aux protections hygiéniques, comme les coupes menstruelles (cup) ou les serviettes lavables bio, organisée en collaboration avec l’association Ejetné, l’Amicale de la faculté des sciences de l’USJ et le club USJ verte. Pour Pamela Roukoz, il s’agit non seulement de briser les tabous entourant ces sujets, mais aussi d’informer sur des alternatives peu connues et moins coûteuses que les serviettes hygiéniques dont l’impact écologique reste élevé.

D’ailleurs, vu la crise économique, le Club féministe a voulu soutenir les femmes dans le besoin avec les moyens de bord, en lançant une initiative de collecte de serviettes hygiéniques. « L’accès aux produits hygiéniques devient de plus en plus dur, avec l’explosion des prix, bien qu’ils constituent un besoin primaire », explique la présidente du Club féministe. Les serviettes hygiéniques collectées – que des étudiants solidaires ont déposées dans des boîtes situées au campus des sciences médicales – ont été remises à l’association Dawrati dont la mission est d’assurer une protection menstruelle aux femmes défavorisées.

Une page Instagram fréquemment alimentée

L’histoire du féminisme au Liban constitue, en outre, une thématique indispensable couverte par le Club. Il a ainsi organisé une discussion avec l’activiste et l’autrice Joumana Haddad, en collaboration avec le Rotaract de Beyrouth. Un échange au cours duquel ont été abordés les défis rencontrés par les mouvements féministes au Liban, au fil de l’histoire, les progrès accomplis, ainsi que leur situation actuelle.

Parallèlement à ces activités ponctuelles, le Club féministe poursuit sa campagne de sensibilisation en ligne, sur Instagram, en couvrant différentes thématiques. Ainsi, « Journal de santé » sensibilise sur des sujets souvent tabous, comme les maladies sexuellement transmissibles, l’hirsutisme ou la mycose vaginale ; le but étant, selon Pamela Roukoz, de « pousser les femmes à connaître leurs corps ». Dans « Connais-tu cette femme », ce sont les parcours et réussites de Libanaises qui sont présentés. « Parlons législation », quant à elle, met en évidence la discrimination des lois libanaises à l’encontre des femmes, alors que « Feminart » présente des œuvres d’art et des livres à visée féministe. L’année académique s’achevant bientôt, le Club féministe prépare des projets pour l’été, dont une série de débats sur le féminisme. « Le féminisme n’implique pas une homogénéité des avis sur toutes les questions. Écouter, comprendre et élaborer tous les points de vue est nécessaire pour une meilleure entente, note Pamela Roukoz. Comprendre est au cœur du changement. Le féminisme n’est pas blanc et noir. C’est une lutte pour le respect de la femme, la liberté et l’égalité ; mais il conserve en même temps l’identité de chaque personne, les valeurs et les convictions de tout le monde », assure-t-elle.

Page Instagram : feministclubusj




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