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Condition nécessaire mais pas suffisante

Une première dans les annales des rapports franco-libanais… L’illustration éclatante de la nouvelle tournure prise par l’initiative française pour venir en aide au Liban quelles que soient les circonstances… La visite que le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, a effectuée la semaine dernière à Paris sort de l’ordinaire à plus d’un titre. Sur le plan de la forme, d’abord, la réunion à l’Élysée avec le président Emmanuel Macron a constitué en soi un véritable précédent dont la portée n’échappe à personne.

Quant au fond, et bien au-delà de la dimension symbolique de l’événement – importante en tant que telle –, c’est surtout l’annonce de l’engagement ferme de la France à assurer de manière soutenue une aide substantielle à l’armée – perçue comme la pierre angulaire de la stabilité au Liban – qui a constitué le point d’orgue de cette visite mais surtout la manifestation la plus explicite du changement d’attitude des autorités françaises à l’égard de la crise libanaise. Le soutien à la troupe a été discuté en effet directement avec le commandant de l’armée, sans passer par le gouvernement ou les hautes sphères locales. Paris a illustré de la sorte dans les faits sa rupture avec les dirigeants et une bonne partie des responsables politiques libanais qu’il accuse publiquement de faire preuve d’irresponsabilité et d’entraver délibérément la formation d’un nouveau gouvernement.

En volant pratiquement au secours de ce qu’elle considère comme l’une des rares institutions de l’État encore sur pied, efficace et crédible, la France fait un pari sur l’avenir, sur le rétablissement de la stabilité à plus ou moins moyenne échéance. Elle mise sur les forces légales, seules capables de juguler, tôt ou tard, le mini-État de facto et les factions qui se font un point d’honneur de saper tout processus de mise en place d’un pouvoir central actif et maître de ses décisions.

Cette approche suivie par les autorités françaises est, à n’en point douter, fondamentale, mais elle constitue une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour placer le pays sur la voie du redressement. Et pour cause : les nombreuses expériences passées ont apporté la preuve que l’État ne pourra pas se renforcer et imposer son autorité tant que le Hezbollah restera ce qu’il est actuellement, à savoir un parti dont la doctrine politique de base est de s’en remettre de manière inconditionnelle au guide suprême de la révolution islamique en Iran pour les grandes décisions d’ordre stratégique. Cela ne signifie nullement, pour autant, que l’aide à l’armée est vaine dans le contexte présent. Bien au contraire, elle est plus que jamais vitale pour bâtir l’avenir sur des bases solides, pour préparer la reconstruction politique d’un Liban maître de ses décisions et engagé sur la voie du développement socio-économique durable. Le soutien à la troupe devrait par voie de conséquence être complété par une action politico-diplomatique bien ciblée au niveau des instances internationales. Eu égard aux relations ancestrales et privilégiées qui la lient au pays du Cèdre, et tout en tenant compte également de ses intérêts stratégiques, seule la France paraît habilitée à mener une telle action ciblée de manière soutenue. Certes, il est peut-être encore prématuré de régler définitivement dans la conjoncture présente le problème du lien structurel et doctrinal du Hezbollah avec le guide suprême iranien. Mais dans le contexte des pourparlers en cours entre la communauté internationale et l’Iran, la France pourrait peut-être tirer profit de ses nouvelles relations avec l’administration Biden ainsi que de sa place prépondérante au sein de l’Union européenne pour au moins empêcher dans un premier temps – ne fut-ce qu’empêcher – que le « package deal » qui pourrait être conclu avec Téhéran ne se fasse au détriment d’un Liban souverain fondé sur ses équilibres sociocommunautaires.

La solution au problème de l’emprise iranienne se situe, certes, à un niveau international et nécessite de ce fait le soutien d’une grande puissance. La France, avec les États-Unis, est bien placée pour se faire le défenseur d’un Liban maître de ses décisions. Il reste qu’une telle action doit être aussi accompagnée d’ores et déjà d’un « build up » au plan interne afin que le Liban en quête de sa souveraineté maintes fois spoliée depuis des décennies fasse entendre sa voix haut et fort dès à présent. D’où l’importance primordiale de l’initiative du patriarche maronite Béchara Raï prônant une « neutralité active » et la tenue d’une conférence internationale afin de sauvegarder le Liban en tant qu’entité indépendante. Dans un récent message adressé au président Michel Aoun, le pape François soulignait, fort à propos, que le Liban « ne peut pas perdre son identité ». Et l’on pourrait ajouter sa spécificité particulière dans cette partie du monde. Tel est en définitive le fond du problème. Puisse la réunion élargie que le saint-père s’est proposé de tenir le 1er juillet prochain au Vatican avec les leaders et responsables chrétiens du pays porter précisément sur ce point spécifique et cet enjeu existentiel.


Une première dans les annales des rapports franco-libanais… L’illustration éclatante de la nouvelle tournure prise par l’initiative française pour venir en aide au Liban quelles que soient les circonstances… La visite que le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, a effectuée la semaine dernière à Paris sort de l’ordinaire à plus d’un titre. Sur le plan de...

commentaires (4)

M.Touma . "L'emprise Iranienne" sur le pays n'est pas née de la dernière pluie et pourtant rien n'a été fait pour la juguler .Les grandes puissances nous racontent des balivernes , ils avancent des initiatives jusque-là sans résultats sur le terrain . Sauf si vous y croyez encore.

Hitti arlette

17 h 34, le 01 juin 2021

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Commentaires (4)

  • M.Touma . "L'emprise Iranienne" sur le pays n'est pas née de la dernière pluie et pourtant rien n'a été fait pour la juguler .Les grandes puissances nous racontent des balivernes , ils avancent des initiatives jusque-là sans résultats sur le terrain . Sauf si vous y croyez encore.

    Hitti arlette

    17 h 34, le 01 juin 2021

  • IL N,Y A QUE LA MUETTE POUR FAIRE MANGER UN JOUR AU HEZBOLLAH DES CACAHUETTES !

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    15 h 17, le 01 juin 2021

  • La France ne doit plus se noyer dans les médiations et les négociations. Seule une décision ferme et punitive sauverait notre pays de son agonie. Le plan deBerry a été salué par tout le monde alors qu’il est dans le seul intérêt de son allié iranien et on se demande comment quelqu’un de censé ne voit pas ce jeu de dupe gros comme une maison s’imposer pour soit disant régler le problème. Hariri devrait refusé catégoriquement que Berry ou un autre décide de la composition du prochain gouvernement quitte à fâcher le monde entier. Les libanais sont les premiers à satisfaire puisqu’il s’agit de leur sort et de de celui de leur pays et ils sont mieux placés que quiconque pour savoir que ce que mijote Berry n’est pas pour le salut du Liban ni pour la sécurité de ses citoyens. La messe n’est pas dite et Hariri le sait et espérons qu’il a un plan B pour échapper à ce traquenard que les vendus lui ont posé.

    Sissi zayyat

    11 h 01, le 01 juin 2021

  • effectivement rien ni aucun pays ou instance n'arrivera jamais a nous sauver tant que nous autres sommes divises, tant que beaucoup de nos mafieux servent les interets d'etrangers a la natin et/ou leurs propres interets .

    gaby sioufi

    10 h 37, le 01 juin 2021

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