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Une question de priorités

Plus ça change, plus c’est la même chose… Cette formule, attribuée à un journaliste du XIXe siècle, Alphonse Karr, s’applique à merveille aux méthodes belliqueuses et déstabilisatrices du pouvoir syrien et de ses acolytes. Si la « provocation » devait un jour se personnifier et se lancer à la recherche d’un vivier lui permettant de se développer et de s’épanouir, elle ne trouverait pas mieux que le milieu du régime Assad et consorts. L’épilogue lamentable – et prévisible – de la tentative d’Anschluss de la Syrie sur le Liban à la fin du siècle dernier et la tragédie vécue par la population syrienne depuis 2011 n’ont pas été suffisants, semble-t-il, pour modifier d’un iota le comportement d’un clan dévastateur plus que jamais sans foi ni loi.

Les agissements intempestifs auxquels se sont livrés les partisans de Bachar el-Assad (à distinguer des réfugiés syriens) jeudi dernier, en plein cœur du Kesrouan et à Achrafieh, n’étaient autres que de la pure provocation, manifestement orchestrée dans le but évident de replonger le pays dans un climat de discorde similaire à celui qui prévalait durant la guerre. Le patriarche maronite Béchara Raï ne s’y est pas trompé d’ailleurs en relevant cette flagrante provocation, dénonçant ouvertement dans son homélie dominicale « les atteintes aux sentiments des Libanais dans une région où nombre de martyrs sont tombés dans des combats contre l’armée syrienne » et alors que « le sort des détenus (libanais) dans les geôles syriennes demeure inconnu ». Même son de cloche chez le métropolite de Beyrouth, Mgr Élias Audi, qui a notamment demandé si « nos frères syriens, ou arabes, ou étrangers accepteraient que des Libanais défilent dans leurs villes en brandissant le drapeau de leur pays et en lançant des slogans provocateurs ».

Un tel comportement aurait pu être perçu comme un simple acte isolé s’il n’avait pas été suivi de l’agression contre la permanence Kataëb de Tripoli et, surtout, du défilé milicien non moins provocateur organisé dimanche à Hamra par l’une des deux factions rivales du Parti syrien national social (PSNS) qui ne se cache pas d’être au service du régime syrien et du Hezbollah. Les slogans lancés au cours de cette gesticulation milicienne, glorifiant l’assassinat du président Bachir Gemayel et menaçant de mort Samir Geagea, avaient visiblement pour but également de susciter une atmosphère d’exacerbation des tensions internes semblable à celle que le régime Assad se plaisait à entretenir à l’époque de la funeste tutelle exercée par Damas.

Si ces débordements télécommandés ont démontré quelque chose, c’est la justesse de la vision nationale du patriarche maronite et la pertinence de son initiative prônant un statut de « neutralité active » pour le Liban et une conférence internationale visant à engager le pays sur la voie d’une réelle sortie de crise. C’est précisément à ce niveau bien précis que la France pourrait être d’un grand secours pour sortir le pays du Cèdre du marasme généralisé dans lequel il se débat.

Certes, les dirigeants français ont raison d’insister sur le caractère impératif des réformes structurelles que le pouvoir libanais se doit de mettre en place, ce qui nécessite à l’évidence la formation d’un gouvernement crédible. Certes, Paris a totalement raison de s’élever contre le comportement irresponsable de nos dirigeants, allant même jusqu’à encourager un renouveau au niveau de l’élite politique dans le pays.

Tout cela est vrai et évidemment pertinent. Mais là où le bât blesse, c’est que l’on se trompe de priorité à cet égard. Il ne servirait à rien en effet de favoriser l’arrivée au pouvoir de l’équipe la plus intègre, la plus dévouée, la plus compétente et la plus soucieuse de la chose publique tant que l’on n’aura pas déconnecté au préalable le Liban des crises et guerres régionales. Tout pouvoir, aussi idéal soit-il, verrait son action rapidement torpillée par les factions locales qui ont pour priorité d’être au service des forces régionales.

En 2009, la coalition souverainiste du 14 Mars avait enregistré une nette victoire aux élections législatives en remportant 71 sièges. Par une simple manœuvre d’intimidation milicienne, le Hezbollah avait, quelques mois plus tard, effacé purement et simplement les effets de cette victoire électorale, imposant un gouvernement qui lui était acquis. En remontant plus loin dans l’histoire, l’on peut relever par ailleurs que l’une des périodes les plus stables et les plus prospères qu’ait vécue le Liban est celle de la « moutassarrifiya », de 1861 jusqu’à la Première Guerre mondiale, lorsque les cinq puissances mondiales de l’époque avaient pratiquement garanti la stabilité et la neutralité du Liban. Précisément, la région et la communauté internationale sont engagées aujourd’hui dans des négociations serrées qui pourraient conditionner pour longtemps le sort des peuples du Moyen-Orient. C’est dans ce contexte particulier que la France pourrait tenter de mettre à profit son influence au sein de l’Union européenne, ainsi que ses rapports avec l’administration Biden et nombre de pays dans cette partie du monde afin de se faire l’avocat d’un Liban souverain pour qu’il ne fasse pas les frais des marchandages régionaux. Toute option locale qui n’aurait pas comme préalable un tel lobbying international reviendrait à inverser inutilement les priorités sur la voie d’une solution durable.


Plus ça change, plus c’est la même chose… Cette formule, attribuée à un journaliste du XIXe siècle, Alphonse Karr, s’applique à merveille aux méthodes belliqueuses et déstabilisatrices du pouvoir syrien et de ses acolytes. Si la « provocation » devait un jour se personnifier et se lancer à la recherche d’un vivier lui permettant de se développer et de s’épanouir,...

commentaires (6)

Le "grand Liban" est la plus grande supercherie de l'histoire contemporaine: le siècle qui s'est écoulé depuis sa création l'a amplement démontré!

Georges MELKI

19 h 27, le 26 mai 2021

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Commentaires (6)

  • Le "grand Liban" est la plus grande supercherie de l'histoire contemporaine: le siècle qui s'est écoulé depuis sa création l'a amplement démontré!

    Georges MELKI

    19 h 27, le 26 mai 2021

  • La communauté internationale, et notamment la France et la Suisse, n'a nullement l' intention de nous sauver de la débâcle dans laquelle nous partageons depuis de longs mois .C'est à coup de menaces qu'elle carbure . Soutenir le Liban commencerait par dénoncer ceux qui nous ont arnaqués et restituer par la suite les milliards spoliés par nos gros poissons et bien logés dans leurs bahuts . Le cas échéant nous ne n'aurons plus besoin de leurs aides avilissantes.

    Hitti arlette

    13 h 51, le 26 mai 2021

  • j'ajoute - je rappelle- que sans une magistrature apte a parvenir a remplir 2 conditions- rien ne sera possible a corriger ici- 1- poursuivre n'importe qui,aboutir a un jugement -un vrai- rapide,juste & honnete 2- avoir les moyens de forcer les forces de l'ordre ( y en bcp trop ) appliquer ses decisions/jugements.

    gaby sioufi

    18 h 03, le 25 mai 2021

  • Les pays aidants et amis peuvent déployer tous les recours possibles pour sauver le Liban mais avec un président qui est allié de ses pires ennemis et vantent leur résistance et des politiciens qui chantent le même refrain que le résistant vendu leur a appris qui est de libérer des territoires qui ne nous appartiennent pas et de défendre un peuple qui a détruit notre pays tout ça pour continuer à accaparer le pouvoir et poursuivre leurs larcins et leurs crimes aucune force ne pourra nous sauver. Il faut d’abord que les libanais se réveillent et se rebellent contre ces pourris qui gangrènent notre pays avec leurs voix dissonantes de celle des citoyens majoritairement patriotes mais dont leur voix est étouffée par la violence et la complicité des responsables de la justice et de la police et la lâcheté des militaires. Un pays qui a perdu ses trois piliers ne peut en aucun cas aspirer à devenir libre un jour il faut se faire à l’idée que la dictature s’installe tranquillement mais sûrement et bientôt toute opposition y compris celle de leurs partisans sera bannie et sanctionnée. Le pire c’est que ce seraient ceux qui ont défendu ces traitres qui seront les premiers à payer le prix fort mais hélas ce sera trop tard pour les sauver puisqu’ils n’ont jamais voulu comprendre ce qu’on leur mijotait pendant qu’il était encore temps aveuglés par leur fanatisme et leur idéologie à deux balles.

    Sissi zayyat

    14 h 29, le 25 mai 2021

  • TANT QU,IL Y A DES MERCENAIRES IRANIENS ET SYRIENS ET DES IDIOTS POUR LES APPLAUDIR SUR LE SOL NATIONAL, IL N,Y AURA JAMAIS NI UN ETAT NI UN PAYS MAIS BORDEL, ANARCHIE ET CHAOS. ET LES CHRETIENS S,ENTREDECHIRENT. ET LE PATRIARCHE OSE CONSEILLER A HARIRI DE PRESENTER UNE NOUVELLE MOUTURE A SON BELIER BOYCOTTEUR ET SI ECHOUEE IL DEMANDE A HARIRI DE DEMISSIONNER... ET PAS A AOUN ET SON GENDRE... SI LES RESPONSABLES PAR INTIMIDATION OU PEUR DEVIENNENT DES IRRESPONSABLES, QU,ATTEND-ON DU PEUPLE OU LE COMMUNAUTARISME BAT SON PLEIN ?

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    13 h 29, le 25 mai 2021

  • Comme vous dites, la vision nationale du patriarche maronite et la pertinence de son initiative prônant un statut de « neutralité active » pour le Liban et une conférence internationale, est la situation ideale pour notre pauvre pays. Mais la partie sera difficile, il y a tellement de traitres et de vendus au Liban que le combat sera aussi ardu que celui qui a conduit au depart de l’armee syrienne.

    Goraieb Nada

    08 h 43, le 25 mai 2021

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