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Idées - Commentaire

Le problème israélien de Biden

Le problème israélien de Biden

Photo d’illustration : Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, lors d’une entrevue avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à sa résidence à Jérusalem le 9 mars 2010. Photo d’archives AFP

Lundi dernier, lorsque le président des États-Unis, Joe Biden, s’est vu demander s’il appuierait la demande d’autres pays pour un cessez-le-feu après l’escalade de la violence entre Israël et le Hamas, il a répondu qu’il s’entretiendrait avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu « dans une heure, et (je pourrai) vous parler après cela ». Loin d’être une gaffe de Biden, l’apparente déférence du président envers Netanyahu soulève des questions alarmantes – mais pas nouvelles – sur la nature de la relation entre les États-Unis et Israël.

« La queue qui mène le chien »

Israël est ce que les spécialistes des relations internationales nomment dans leur jargon « la queue qui mène le chien » : compte tenu de la dissymétrie de puissance entre les deux États, on pourrait s’attendre à ce que les États-Unis, superpuissance qui fournit à Israël 8,3 milliards de dollars d’aide militaire annuelle, fixent les règles fondamentales de leurs relations. Pourtant, dans le cas d’Israël, c’est l’inverse qui se produit.

Depuis les années 1980, le consensus américain en matière de politique étrangère est qu’Israël sait mieux que quiconque comment préserver sa sécurité, et c’est un soutien sans ambiguïté, dénué de pressions, qui le poussera à prendre les risques nécessaires à la paix. Par conséquent, les présidents des États-Unis s’en remettent souvent à leurs homologues israéliens sur les questions relatives à la guerre ou la paix au Moyen-Orient, quand bien même des intérêts vitaux américains sont en jeu. Or, loin de donner aux États-Unis une influence sur Israël ou de faire progresser les perspectives de paix, cette approche de la relation bilatérale s’est finalement avérée préjudiciable aux deux pays.

Netanyahu ne sait que trop bien comment peser sur la vie politique américaine, surtout lorsqu’un conflit violent éclate. Il exploite depuis longtemps le fait que les États-Unis réitèrent inévitablement le « droit à l’autodéfense » d’Israël sans tenir compte de la responsabilité des dirigeants israéliens dans le déclenchement des crises. Cette fois encore, les responsables américains, quel que soit leur parti, ont eu tendance à éviter de reconnaître le rôle direct de Netanyahu dans le sabotage de la réconciliation entre Palestiniens et Israéliens, dans la privation des droits des citoyens palestiniens d’Israël et dans le renforcement des forces les plus extrémistes et xénophobes de son pays.

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Biden connaît bien Netanyahu pour l’avoir rencontré lorsqu’il était sénateur, puis vice-président durant les huit années de l’administration Obama. En 2011, Netanyahu avait publiquement humilié le premier président noir des États-Unis en lui faisant la leçon sur la politique américaine et la sécurité israélienne en direct à la télévision américaine depuis le bureau Ovale. Pire encore, il s’est ensuite associé aux républicains du Congrès pour tenter de torpiller l’accord de 2015 sur le nucléaire avec l’Iran.

En ignorant le long passé d’agitateur de Netanyahu, la position de Biden dans le conflit actuel équivaut à donner le feu vert à Israël pour qu’il poursuive sa campagne militaire contre le Hamas. À trois reprises depuis le début de la crise actuelle, les États-Unis ont bloqué les projet de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies appelant à un cessez-le-feu immédiat, conduisant les diplomates onusiens à la conclusion que l’administration Biden souhaitait que l’organisation demeure « muette » dans cette affaire.

En outre, lundi, alors que la violence à Gaza s’intensifiait, le Washington Post rapportait que Biden avait approuvé la vente à Israël d’armes à guidage de précision pour une valeur de 735 millions de dollars, tirant ainsi la sonnette d’alarme pour les démocrates de la Chambre des représentants qui appelaient l’administration à encourager un cessez-le-feu et à jouer un rôle plus actif dans la résolution des causes profondes du conflit. Pour des raisons évidentes, l’escalade de l’effusion de sang aura des conséquences considérables non seulement pour les civils de Gaza, mais aussi, plus largement, pour la paix et la sécurité régionales.

Le lendemain, après des pressions croissantes dans son pays et à l’étranger, et après avoir parlé avec Netanyahu, Biden a publié une déclaration exprimant son soutien à un cessez-le-feu. Cependant, Netanyahu a alors fait clairement savoir qu’il n’était pas encore prêt à interrompre les frappes aériennes sur Gaza, finalement interrompues deux jours plus tard.

Voix nouvelles

Biden appartient clairement à cette génération de responsables américains qui s’accrochent à la vision désuète d’Israël comme une démocratie brillante dans une mer d’autocraties arabes et musulmanes. Biden et ses homologues démocrates et républicains ignorent délibérément les preuves des abus et crimes systématiques des autorités israéliennes dans les territoires palestiniens occupés et en Israël. Des rapports récents du principal groupe israélien de défense des droits de l’homme, B’Tselem, et de Human Rights Watch démontrent de manière convaincante qu’Israël est désormais un État d’apartheid, et non une démocratie.

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Certaines voix démocrates se font pourtant entendre pour remettre en cause l’hégémonie pro-israélienne prévalant au sein du parti, et les lignes politiques commencent à bouger aux États-Unis. On peut ainsi douter que Biden aurait utilisé le mot « cessez-le-feu » s’il n’y avait pas eu au préalable une déclaration commune de 29 sénateurs démocrates appelant à un cessez-le-feu « immédiat ». Le sénateur Bernie Sanders, qui bénéficie d’une part importante du soutien de la base du Parti démocrate, dont l’influence est réelle sur grande partie de la base militante.

On ne peut aussi que constater que les juifs américains se montrent de plus en plus sceptiques à l’égard de Netanyahu. D’après une récente enquête du Pew Research Center, seuls 34 % d’entre eux affirment être fermement opposés à des sanctions ou à des mesures de rétorsion contre Israël. Contrairement à ce que voudrait faire croire aux États-Unis un lobby local dominé par le Likoud, les juifs américains ne sont pas un monolithe. Les jeunes juifs américains, en particulier, sont souvent très critiques à l’égard des politiques colonialistes et agressives d’Israël.

Il reste qu’en dépit des voix nouvelles qui se font entendre au sein du Parti démocrate et dans la communauté juive américaine, il faudra probablement un changement générationnel dans les cercles de la politique étrangère américaine pour équilibrer la balance sur les questions concernant Israël et la Palestine. En attendant, « la queue continuera à mener le chien », éloignant encore les perspectives d’une paix durable, viable et juste en Terre sainte et sapant les intérêts américains dans la région.

Copyright : Project Syndicate, 2021.

Professeur de relations internationales et d’études politiques moyen-orientales à la London School of Economics.


Lundi dernier, lorsque le président des États-Unis, Joe Biden, s’est vu demander s’il appuierait la demande d’autres pays pour un cessez-le-feu après l’escalade de la violence entre Israël et le Hamas, il a répondu qu’il s’entretiendrait avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu « dans une heure, et (je pourrai) vous parler après cela ». Loin d’être...

commentaires (4)

Il serait temps que les Etats-Unis cessent de soutenir inconditionnellement ces bourreaux, qui ont été à bonne école avec les Nazis!

Politiquement incorrect(e)

17 h 52, le 23 mai 2021

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Commentaires (4)

  • Il serait temps que les Etats-Unis cessent de soutenir inconditionnellement ces bourreaux, qui ont été à bonne école avec les Nazis!

    Politiquement incorrect(e)

    17 h 52, le 23 mai 2021

  • C'EST INFÂME : LES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE SONT UNE COLONIE ISRAÉLIENNE !

    Chucri Abboud

    15 h 40, le 23 mai 2021

  • LA QUEUE NE PEUT PAS MENER LE CHIEN SI LE CHIEN EN CHARGE DU TRAINEAU AVAIT DES COUILLES...

    LA LIBRE EXPRESSION DEFIE LA CENSURE

    12 h 51, le 23 mai 2021

  • J'ai lu dans une revue italienne " Jésus " des réfugies juifs durant la seconde. Guerre mondiale 20 miles juifs provenants de l'Europe en 1937 ils ont trouvé refuge Shanghaï . L'article est plus long vous pouvez le trouver Arte " le musée des réfugiés juifs , une histoire d'accueil " Chine

    Eleni Caridopoulou

    20 h 00, le 22 mai 2021

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