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Société - Crise au Liban

La carte de rationnement distribuée à 75% des familles libanaises, selon Diab

Le projet de carte à distribuer aux personnes dans le besoin au centre d'un entretien entre le président Aoun et le Premier ministre sortant. 

La carte de rationnement distribuée à 75% des familles libanaises, selon Diab

Le président libanais, Michel Aoun (à g.), recevant le Premier ministre sortant, Hassane Diab, à Baabda, le 3 mai 2021. Photo Dalati et Nohra

Le chef de l'Etat libanais, Michel Aoun, et le Premier ministre sortant, Hassane Diab, se sont entretenus lundi à Baabda sur la question de la "carte de rationnement" à distribuer aux familles en difficulté, alors que le pays traverse une grave crise financière et socioéconomique. A ce sujet, M. Diab a déclaré, dans un entretien sur la chaîne al-Hurra, qu'il espère que cette carte, qui devrait être distribuée à 75% de la population, sera financée par des parties étrangères, sans quoi il faudrait puiser dans les réserves en devises de la Banque du Liban, qui s'amenuisent. 

MM. Aoun et Diab ont discuté de cette carte de rationnement lors d'une réunion à Baabda, dont le Premier ministre sortant est parti sans faire de déclaration à la presse. Toutefois, dans un entretien qui sera diffusé dans la soirée sur la chaîne al-Hurra, M. Diab s'est longuement penché sur ce dossier. "Il n'y aura pas de rationalisation des subventions tant qu'il n'y a pas d'accord sur la mise en place d'une carte de rationnement, dont pourra bénéficier 75% de la population libanaise", a déclaré M. Diab lors de cet entretien télévisé avec la journaliste Layal el-Ikhtiyar. S'appuyant sur des statistiques, il a indiqué que la carte de rationnement devrait être distribuée à 750.000 familles qui touchent moins que le montant nécessaire pour subvenir à leurs besoins. Le financement de cette carte s'élèverait à "près d'un milliard de dollars", a-t-il estimé, précisant que chaque carte serait chargée avec un montant s'élevant entre un et trois millions de livres libanaises "en fonction du nombre de membres que contient la famille". 

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Cette carte "fait l'objet d'un consensus politique", a-t-il indiqué, précisant que le projet était actuellement discuté par un comité ministériel. Les discussions sur cette question devraient se terminer "d'ici une semaine au maximum", a-t-il estimé avant que le projet ne soit envoyé au Parlement, qui devra endosser la responsabilité de tout projet de rationalisation des subventions et de carte de financement. Hassane Diab a encore espéré que le Parlement adopte rapidement les textes relatifs à ces projets, soulignant que la mise en œuvre pratique de ce projet, en coopération entre le secteur bancaire, la Banque du Liban et les ministères concernés, nécessiterait "un mois et demi" après son adoption. Il a ajouté que l'exécutif souhaite que le financement de cette carte soit couvert "par des sources externes". C'est dans ce cadre qu'il s'est rendu au Qatar il y a deux semaines, afin de leur soumettre le projet, et Doha "a réagi positivement à cette demande sans toutefois chiffrer le montant de l'aide qui pourrait être apportée", a-t-il indiqué.

Puiser dans les réserves de la BDL
Si aucune aide extérieure n'est apportée pour financer ce projet, le Premier ministre sortant a souligné qu'il n'y aurait pas d'autre alternative que de passer par la BDL, qui devra alors puiser dans ses réserves, ce que refuse catégoriquement le gouverneur de la BDL, Riad Salamé. "Cette question doit être avalisée par le Parlement", a-t-il affirmé. Il a ajouté qu'en 2002, les réserves de la BDL avaient diminué jusqu'à moins d'un milliard de dollars. "A l'époque cela avait été possible, mais aujourd'hui, malgré la crise politique, financière et économique et le tsunami social que cela provoque, comment peut-on refuser de descendre sous les 15 milliards de dollars ?", s'est-il interrogé, estimant "nécessaire" de baisser ce plafond afin "d'aider la société libanaise". 

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La quasi-totalité des réserves en devises de la BDL est composée de réserves obligatoires des banques – plus de 15 milliards sur les 16,35 milliards évoqués par le gouverneur il y a deux semaines. Or ces réserves sont déposées à la BDL par les établissements bancaires pour couvrir une partie des dépôts en devises détenus par leurs clients, comme l’impose la réglementation internationale. Les réserves en devises de la BDL s'amenuisent notamment en raison du financement des subventions mises en place pour l'importation d'une série de produits de première nécessité, comme le carburant, le blé, les médicaments et certaines denrées alimentaires. Une grande partie de ces produits subventionnés est toutefois acheminée vers la Syrie dans le cadre de vastes opérations de contrebande.

Plus tôt dans la journée, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, avait mis en garde les dirigeants libanais contre toute "tentative de ponctionner" les réserves en devises de la Banque du Liban (BDL), affirmant que des poursuites judiciaires seraient lancées contre tout responsable recourant à ces réserves. "Nous entendons de temps à autre des murmures selon lesquels des responsables veulent utiliser les réserves en devises de la Banque du Liban, qui représentent ce qu'il reste des dépôts des gens", s'est inquiété M. Geagea dans un communiqué, rappelant que ces fonds "ne sont aucunement liés à l'Etat, mais sont des biens privés protégés par l'article 15 de la Constitution". "Aucun responsable, qu'il soit président de la République, Premier ministre, ministre des Finances ou gouverneur de la banque centrale, n'a le droit d'envisager même d'utiliser" ces fonds, a-t-il mis en garde. Le leader maronite a dès lors annoncé que toute personne qui "tenterait de toucher aux réserves" fera l'objet de "poursuites pénales".

Frontière maritime
En ce qui concerne la frontière maritime et la signature du décret d'amendement du décret 6433/2011 qui donne au Liban un droit supplémentaire sur 1.430 km², Hassane Diab a affirmé qu'il était "nécessaire" que ce texte soit signé par le président Aoun "avant demain" (mardi), et la reprise des négociations indirectes avec Israël. Le chef de l’État avait fait de la revendication maximaliste libanaise concernant sa Zone économique exclusive son cheval de bataille pendant plusieurs semaines. Pourtant, après paraphe de l'amendement par les ministres concernés et M. Diab, le président de la République avait refusé d’y apporter son approbation exceptionnelle, conditionnant toute signature à un consensus en Conseil des ministres. Il avait dénoncé un "piège" qui lui avait été tendu pour qu'il approuve ce texte. Hassane Diab a toutefois indiqué que ce dossier ne constituait pas un "différend" entre le Sérail et Baabda, mais plutôt une divergence d'avis concernant l'interprétation de la Constitution. Il a d'ailleurs affirmé avoir "une bonne relation fraternelle" avec le chef de l'Etat. "D'un point de vue personnel, j'ai de bonnes relations avec tout le monde, avec tous les zaïms, tous les responsables partisans et politiques", a-t-il ajouté.

ll a en outre rejeté l'éventualité que son gouvernement sortant soit "réactivé", en l'absence d'un nouveau cabinet, attendu depuis près de neuf mois. Les tractations gouvernementales sont au point mort en raison des divergences opposant le président Aoun au Premier ministre désigné, Saad Hariri. "La question de réactiver ou pas le gouvernement sortant est erronée. Le débat doit se concentrer sur la formation d'un nouveau gouvernement", a-t-il souligné, indiquant toutefois que, si cela doit avoir lieu, il faut que la décision soit prise par le législatif. 

La version complète de l'interview de M. Diab sera diffusée ce soir à 23h. 


Le chef de l'Etat libanais, Michel Aoun, et le Premier ministre sortant, Hassane Diab, se sont entretenus lundi à Baabda sur la question de la "carte de rationnement" à distribuer aux familles en difficulté, alors que le pays traverse une grave crise financière et socioéconomique. A ce sujet, M. Diab a déclaré, dans un entretien sur la chaîne al-Hurra, qu'il espère que cette carte, qui...

commentaires (3)

"il espère que cette carte, (...) sera financée par des parties étrangères"> Mais quelle "partie étrangère" aura la naïveté de confier de l'argent à l'Etat, sachant que la majeure partie ira dans les poches des gouvernants?

Yves Prevost

07 h 14, le 04 mai 2021

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Commentaires (3)

  • "il espère que cette carte, (...) sera financée par des parties étrangères"> Mais quelle "partie étrangère" aura la naïveté de confier de l'argent à l'Etat, sachant que la majeure partie ira dans les poches des gouvernants?

    Yves Prevost

    07 h 14, le 04 mai 2021

  • Pourquoi 75% et non 100% des libanais, puisqu'on continue de puiser dans l'argent des déposants, et sur quels critères ils choisissent ce chiffre ? Ceux qui ne sont pas dans le besoin sont moins de 10% des libanais, puisque les comptes bancaires sont devenues et deviendront bientôt des papiers et des chiffres sans valeur.

    Esber

    20 h 56, le 03 mai 2021

  • De perle du Moyen-Orient, le Liban est devenu une nation d'assistés. Et vive le règne fort...

    Gros Gnon

    19 h 52, le 03 mai 2021

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