Rechercher
Rechercher

Moyen-Orient - Diplomatie

La jeunesse, clef de la réconciliation franco-algérienne ?

"La nouvelle génération a soif d'apprendre et est en quête d'explications. Elle est prête à rompre le silence dans lequel la première génération s'est murée".

La jeunesse, clef de la réconciliation franco-algérienne ?

Des manifestants sur la place de la République, à Paris, arborant le drapeau algérien, le 24 février 2019. Photo d'archives AFP

"Il faut sortir de cette perception colonisateurs-colonisés, coupables-victimes" : au bout du fil, la voix de Maroua est posée, à mille lieues du tumulte de la guerre des mémoires qui continue de faire grésiller la ligne entre Paris et Alger.

"Tout n'est pas tout noir ni tout blanc, il y a eu de la douleur et des torts des deux côtés", poursuit cette jeune Algérienne de 23 ans, membre du projet "Regards croisés" lancé en 2017 par l'association française SOS Racisme et son partenaire algérien le Rassemblement-Actions-Jeunesse (RAJ).

Pour mémoire

La France a répandu l'analphabétisme en Algérie, affirme un conseiller présidentiel

Descendants de combattants nationalistes algériens et de pieds-noirs ou petits-fils de harkis, ils sont une vingtaine de jeunes Français et Algériens âgés de 20 à 34 ans à participer à ce "dialogue apaisé". Après avoir suivi un cycle de formation autour de la colonisation, du nationalisme, de la guerre d'Algérie et des mémoires, ils se sont constitués en groupes de travail pour enrichir les propositions du récent rapport de l'historien français Benjamin Stora sur la réconciliation franco-algérienne. Leurs recommandations, dont la création d'un office franco-algérien pour la jeunesse, sont attendues pour l'été.

De l'aveu-même des organisateurs, l'exercice relevait de la gageure. Près de soixante ans après l'indépendance de l'Algérie, les mémoires restent douloureuses. Nombreux sont ceux qui se sont cassé les dents sur ce terrain miné, où l'ombre des "martyrs" et les sentiments d'injustice et d'amertume de part et d'autre peinent à s'estomper en dépit des récents gestes d'apaisement de la France.

"Déclic"

"C'est une peine et une douleur qui sont transmises de génération en génération", explique Maroua, dont le père a transporté des armes et des lettres pour le compte de l'Armée de libération nationale (ALN) et dont deux grands-oncles sont morts en "martyrs". Nourrie par ces récits familiaux, la jeune Oranaise confie avoir développé enfant "une sorte de haine envers la France et les Français".

Le "déclic" s'opère à l'automne 2019 à l'occasion d'une visite de la prison de Montluc à Lyon (centre), point d'étape d'un "tour de France des lieux de mémoire" organisé dans le cadre de "Regards croisés". "A un moment, quelqu'un nous fait la lecture d'une lettre d'un combattant algérien condamné à mort et je me mets à pleurer", se souvient la jeune femme. "En me retournant, je m'aperçois que d'autres membres du groupe pleurent aussi", poursuit-elle. "Je me rends compte à ce moment-là qu'il n'y a plus de colonisateur et de colonisé mais simplement des êtres humains qui sont tout autant sensibles à la question que nous."

Même prise de conscience lors de ce voyage pour Léa, 22 ans, petite-fille de Harkis. Elle se souvient d'un moment "très amical et pacifique", loin des "critiques habituelles" visant les descendants des auxiliaires de l'armée française pendant la guerre d'Algérie (1954-1962) qui furent la cible de sanglants règlements de compte post-indépendance.

"Susciter une envie"

La nouvelle génération a soif d'apprendre et est en quête d'explications, se réjouit Hakim Addad, membre fondateur du RAJ, une association citoyenne à la pointe du mouvement pro-démocratie du Hirak en Algérie. Elle "est prête à rompre le silence dans lequel la première génération s'est murée et que ma génération post-indépendance n'osait pas encore complètement briser", ajoute cet ancien détenu d'opinion. "Nous ça va mieux, parce que quand on parle on n'a pas les larmes aux yeux, il n'y a pas le coeur qui parle autant que les parents, les grands-parents", abonde Léa depuis Marseille (sud-est de la France). "C'est impossible de parler avec eux parce qu'il y a le pathos qui rentre en compte de suite, on ne peut pas contredire quelqu'un qui est au bout de sa vie devant vous".

Lire aussi

"Il faut apaiser tout cela", affirme Paris

Étudiant en chimie à Oran, Nabil (le prénom a été modifié) acquiesce. "On n'oublie pas ce qui s'est passé, que la France a fait des choses ignobles en Algérie, a commis des crimes horribles, mais ça ne nous empêche pas de communiquer", relève le jeune Algérien de 25 ans. Et maintenant ? Si les jalons sont posés, tous conviennent qu'il reste beaucoup à faire et peu se nourrissent d'illusions au vu de la crise politique actuelle en Algérie. "Il ne faut pas compter sur le bon vouloir des gouvernements parce qu'il ne sera jamais bon", tranche Maroua, qui table plutôt sur les militants, les historiens et la société civile. "On a besoin de ces exemples de moments de fraternité mais il va falloir enchaîner sur quelque chose de plus grande ampleur", estime pour sa part Mathias, un Français de 22 ans dont le grand-père a travaillé en Algérie. "Il faut susciter une envie, un espoir de réconciliation qui gagne ensuite les autres générations".


"Il faut sortir de cette perception colonisateurs-colonisés, coupables-victimes" : au bout du fil, la voix de Maroua est posée, à mille lieues du tumulte de la guerre des mémoires qui continue de faire grésiller la ligne entre Paris et Alger."Tout n'est pas tout noir ni tout blanc, il y a eu de la douleur et des torts des deux côtés", poursuit cette jeune Algérienne de 23 ans, membre du...

commentaires (1)

On pourrait penser que les personnes portent en eux du ressentiment, voire plus, et que les responsables s'efforcent d'apaiser les passions. C'est exactement l'inverse : avec toutes les personnes originaire de l'Algérie que je connais, je n'ai eu aucune difficulté à échanger, souvent amicalement car ce peule est chaleureux. Comme avec les allemands que nous avons aussi durement combattus (je parle de France). Prions ensemble pour que la sagesse des peuples éclaire aussi leurs dirigeants !

F. Oscar

09 h 51, le 03 mai 2021

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • On pourrait penser que les personnes portent en eux du ressentiment, voire plus, et que les responsables s'efforcent d'apaiser les passions. C'est exactement l'inverse : avec toutes les personnes originaire de l'Algérie que je connais, je n'ai eu aucune difficulté à échanger, souvent amicalement car ce peule est chaleureux. Comme avec les allemands que nous avons aussi durement combattus (je parle de France). Prions ensemble pour que la sagesse des peuples éclaire aussi leurs dirigeants !

    F. Oscar

    09 h 51, le 03 mai 2021

Retour en haut