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Politique - Éclairage

Bassil tire à boulets rouges dans toutes les directions

Pour certains, son discours est le fruit du désespoir, pour d’autres le chef du CPL profite au contraire d’un timing qui semble davantage en sa faveur.

Bassil tire à boulets rouges dans toutes les directions

Le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil, au cours de son discours télévisé, le 24 avril 2021. Capture d’écran OTV

C’est une guerre tous azimuts que le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil a lancée samedi au cours de sa conférence de presse. Tirant à boulets rouges dans toutes les directions et sur quasiment l’ensemble des protagonistes politiques. Tandis que certains analystes estimaient qu’il semblait là avoir repris du poil de la bête, d’autres, principalement issus du camp adverse, considèrent plutôt que le leader chrétien est dans une telle impasse politique qu’il la joue quitte ou double.

Dans un discours fleuve retransmis en direct, le chef du CPL a passé en revue les dossiers du moment les plus litigieux pour tenter de les retourner en sa faveur : de l’affaire rocambolesque de la procureure du Mont-Liban Ghada Aoun qu’il a défendue bec et ongles, jusqu’à l’audit juricomptable, incontournable selon lui, de la Banque du Liban, en passant par le contrôle des capitaux, la délimitation des frontières maritimes avec Israël, et bien entendu la question centrale de la formation du gouvernement... Gebran Bassil n’a quasiment rien épargné, ni personne.

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Bien qu’il ait lancé pêle-mêle des piques implicites contre le président du Parlement Nabih Berry, et plus explicites contre le gouverneur de la BDL Riad Salamé et les Forces libanaises, sa cible préférée était tout de même le Premier ministre désigné Saad Hariri à qui il a, une nouvelle fois, fait porter la responsabilité du blocage gouvernemental.

S'il a estimé que pour bouter le Premier ministre désigné – avec qui il n’a plus aucun atome crochu depuis l’épisode de la démission, en novembre 2019, du gouvernement dont il faisait partie – hors de l’arène politique, le seul moyen constitutionnel reste une démission du Parlement, M. Bassil s’est en même temps dit conscient des difficultés de recourir à cette option extrême qui, selon lui, risque de ne pas changer la donne ni les équilibres en présence. En brandissant le spectre des élections anticipées, et bien qu’il craigne le recours à cette option qui dévoilerait au grand jour sa perte de popularité et sa vulnérabilité sur la scène chrétienne, il a toutefois laissé entendre que ce moyen reste un ultime recours entre les mains du camp aouniste s’il n’arrive pas à s’entendre avec Saad Hariri.

Un tiers de blocage inutile

Sur la responsabilité dans le blocage de la formation du gouvernement, Gebran Bassil a retourné les accusations lancées contre lui et accusé à son tour Saad Hariri de « mentir » puisqu’il cherche à obtenir au sein du futur cabinet la « moitié des portefeuilles plus un », a-t-il dit. L’un des arguments qu’il avance pour sa défense est que dans le cas de figure d’un gouvernement de technocrates comme le souhaite M. Hariri sur suggestion de la France, le concept de tiers de blocage « n’a plus de sens », puisque les ministres ne devraient pas, théoriquement du moins, relever de courants politiques.

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Sauf que M. Bassil dit la chose et son contraire en réitérant son souhait de voir inscrite noir sur blanc la répartition confessionnelle des ministrables et la partie habilitée notamment à nommer les candidats chrétiens. Le CPL réclame depuis le début de la crise un droit de regard sur la sélection des ministres chrétiens.

« Il est clair que M. Bassil a repris le dessus et ne veut pas laisser le champ libre à Saad Hariri pour gouverner seul, d’autant qu’il considère que ce dernier n’a pas réussi à réaliser la moindre percée en dépit du soutien obtenu de la France, de la Russie et de l’Égypte », commente l’analyste Kassem Kassir.

Se positionnant une fois de plus en chantre de la lutte contre la corruption, le chef du CPL a cherché par ailleurs à instrumentaliser le « succès » de l’affaire de la procureure près la Cour d’appel du Mont-Liban Ghada Aoun, auprès de sa base populaire notamment. Il a ainsi accusé ses pourfendeurs de chercher à « empêcher » la juge Aoun de dévoiler la vérité sur les transferts de fonds illégaux à l’étranger au cours des dernières années, et sur l’implication de la Banque du Liban et des établissements bancaires dans cette affaire.

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« Ils voient que la juge Ghada Aoun se rebelle contre la justice, mais ils ne voient pas que la Banque du Liban se rebelle contre l’audit juricomptable ? » a raillé M. Bassil. Alors qu’elle a été dessaisie, de facto, des grands dossiers financiers, par le procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate, la juge Aoun a poursuivi, ces derniers jours, ses perquisitions contre la société de convoyage de devises Mecattaf. Des perquisitions ultramédiatisées lors desquelles elle s’est affichée avec un bataillon de partisans du CPL.

« Ce que Ghada Aoun a entrepris a contribué à renflouer la rhétorique du président Michel Aoun et de Gebran Bassil », croit savoir un analyste indépendant, en allusion aux méthodes d’enquête cavalières de la juge, mais néanmoins « courageuses » selon le public aouniste.

Plus rien à perdre ?

Réputé pour sa propension à la provocation et au langage populiste, Gebran Bassil a achevé par son dernier discours de creuser un peu plus le fossé entre son camp et celui de ses nombreux adversaires politiques.

« Désormais, il y va de son intérêt politique d’attaquer les autres. Il s’est tellement empêtré sur les plans financier, politique et national, qu’il recourt à la tactique visant à ternir l’image des autres », souligne un cadre FL, dont le parti était également dans le viseur du chef du CPL. « Autrement dit, il cherche à mener le pays au naufrage alors que lui-même s’enfonce dans des sables mouvants », ajoute en substance ce cadre.Dans certains cercles politiques, on véhicule depuis peu des propos que Gebran Bassil aurait prononcés devant des proches. Frappé de sanctions par l’administration américaine, isolé sur le plan international mais aussi à l’intérieur, le chef du CPL aurait affirmé qu’il n’avait « plus rien à perdre ».

Un constat que reprend à son compte le chef du bureau politique du courant du Futur, Moustapha Allouche. « Il joue le tout pour le tout. Il sait qu’il détient la clé pour libérer la formation du gouvernement. Mais il préfère prendre en otage le pays tout entier », affirme-t-il à L’Orient-Le Jour.

Tel n’est cependant pas l’avis d’un analyste informé proche des milieux du Hezbollah, convaincu que M. Bassil joue sur le facteur temps qui n’est plus vraiment en faveur de Saad Hariri, comme il le dit. La progression des pourparlers sur le dossier du nucléaire entre l’Iran, les États-Unis et la communauté internationale d’une part, et les négociations récemment entamées entre Riyad et Téhéran sur fond de guerre du Yémen d’autre part sont autant de signes sur lesquels mise le chef du CPL dont l’alliance avec le Hezbollah demeure relativement solide.

Ce serait également dans cette optique qu’il faut comprendre la surenchère – surprenante dans le genre – faite par Gebran Bassil à propos de la délimitation des frontières. Se défendant de vouloir transformer ce dossier en un nouveau « Chebaa maritime » – c’est-à-dire de l’utiliser comme carte de pression – il a demandé qu’une reprise des pourparlers soit entamée sur la base de la délimitation d’une « nouvelle ligne » intermédiaire entre les différents tracés pris en compte dans les négociations. Celle-ci serait « délimitée par des experts internationaux ». Cette proposition inédite est considérée comme une volonté de compromis qu’il chercherait à monnayer dans le cadre de son ambition présidentielle.

Les négociations sur la démarcation de la frontière maritime entre le Liban et Israël, entamées il y a six mois, sont suspendues depuis décembre 2020. Lors de ces négociations, les négociateurs et experts libanais avaient soulevé l’importance pour le Liban de promulguer un amendement du décret 6433/2011 qui donne au Liban un droit supplémentaire sur 1 430 km2 dans le tracé de la frontière maritime avec Israël. Le chef de l’État, Michel Aoun, avait par la suite fait de ce texte son cheval de bataille pendant plusieurs semaines. Pourtant, après paraphe du document par les ministres concernés, il a refusé d’y apporter son approbation exceptionnelle, conditionnant toute signature par un consensus en Conseil des ministres.

« Ce sont autant de messages envoyés par Gebran Bassil aux États-Unis et à Israël pour signifier qu’il est prêt à aller plus loin et donc de reconsidérer la ligne située au point 29, déterminée par l’armée libanaise », commente un analyste proche du 14 Mars. S’il est adopté, le point 29 octroierait près de 1 430 km2 de zone exploitable par le Liban, en plus des 860 km2 initialement négociés avec Israël.

C’est une guerre tous azimuts que le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil a lancée samedi au cours de sa conférence de presse. Tirant à boulets rouges dans toutes les directions et sur quasiment l’ensemble des protagonistes politiques. Tandis que certains analystes estimaient qu’il semblait là avoir repris du poil de la bête, d’autres, principalement issus du camp adverse,...
commentaires (18)

Il est aux abois...

DJACK

19 h 30, le 28 avril 2021

Tous les commentaires

Commentaires (18)

  • Il est aux abois...

    DJACK

    19 h 30, le 28 avril 2021

  • MR BASSIL DOIT RUMINER EN SON FORT INTERIEUR QUE MR HARRIRI SOIT RECU PAR TOUS LES PUISSANTS DE CE MONDE ET MEME DES MOINS PUISSANTS , ET RECOIT LES VISITES DE TOUS LES EMISSAIRES DE TOUS LES PAYS EN VISITE AU LIBAN ALORS QUE LUI EST BOYCOTTE PAR TOUS MEME PAR LES AMBASSADEURS DE CERTAINS PAYS CONSIDERE AMIS DE TOUJOURS ( exception de la hongrie ou l'emissaire s'est fendu d'une visite rassurante sur un veto de la hongrie sur des sanctions contre lui , il a surement mieux dormi apres )

    LA VERITE

    13 h 00, le 28 avril 2021

  • Bassil a rêvé et ses rêves se sont estompé au réveil. Il ne lui reste plus que deux choix, partir ou s’en aller. L’option des deux est possible à condition qu’il ait le courage et une lucidité certaine, pour s’avouer qu’il est néfaste à lui-même et surtout au Pays et au libanais. A bon entendeur … ciao ! lol

    Le Point du Jour.

    13 h 31, le 27 avril 2021

  • Je suis ravie que Bassil monopolise vos pages .et s'il détient la clé" ouvre toi sésame" pour !a formation du nouveau gouvernement c'est qu'il est autrement plus fortiche qu'on ne le pense . Plus encore , je suis ravie qu'il angoisse et énerve ses détracteurs.

    Hitti arlette

    10 h 27, le 27 avril 2021

  • Je salue le courage du modérateur qui a publié mes posts précédents félicitants Janine Jalkh pour son article ainsi de Mounir Rabih. Leurs publications m’ont incité à commenter les sujets de ces excellents articles, comme quoi il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Maintenant que Bassil a vomi sa haine contre le monde entier, que lui reste-t-il dans le ventre? rien! alors maintenant il va nous gratifier de son silence éloquent n’ayant plus rien à dire. Plouf plouf plouf, Bassil est tombé dans l’eau, alléluia! Franchement de tout ce qu’il a énuméré il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Il s’est juste un peu plus ridiculisépar sa mauvaise foi. Concernant la délimitation des frontières il n’a pas d’avis à donner et encore moins de revendication à faire n’étant qu’un ex-ministre démissionnaire qui n’est même pas en charge des affaires courantes; alors chuuut ! Il demande la dissolution de l’assemblée, chiche ! rira bien qui rira le dernier. Concernant l’article de Mounir Rabih dont je suis fan, tout est explicite, Bassil est renvoyé au piquet et mis au pain sec jusqu’aux élections législatives. Personne ne veut de lui ni ses anciens alliés et encore moins ses anciens détracteurs, Bassil s’est isolé lui-même, quel bonheur! Il est nostalgique du temps qu’il faisait illusion d’être ce qu’il n’a jamais été et ce qu’il ne sera jamais … c’est-à-dire président. Merci à la personne qui a publié mes deux posts précédents !

    Le Point du Jour.

    19 h 26, le 26 avril 2021

  • Un contribuable a-t-il le droit de demander à ceux qui nous gouvernent qui a payé le billet d'avion de Gebran Bassil pour aller à Wellington en Nouvelle Zélande à la recherche de l'hôtel qu'avait géré son grand-père dans ce pays au début du 20ème siècle ? De même, qui a payé le billet d'avion de Gebran Bassil pour Davos alors que le gouvernement était démissionnaire et n'avait donc aucune autorisation de qui que ce soit de représenter le Liban ?

    Un Libanais

    19 h 14, le 26 avril 2021

  • MERCI.

    LA LIBRE EXPRESSION

    18 h 17, le 26 avril 2021

  • OLJ, SI VOUS NE RESPECTEZ PAS LES LIBRES EXPRESSIONS DE VOS ABONNES A QUI VOUS DEMANDEZ DE SOUTENIR LE JOURNAL ET QUI REPONDENT POSITIVEMENT EY CENSUREZ LEURS LIBRES AVIS QUI RESPECTENT LES REGLES ET N,INSULTENT PAS, VOUS ALLEZ PERDRE TOUS VOS ABONNES. CROYEZ-MOI.

    LA LIBRE EXPRESSION

    17 h 02, le 26 avril 2021

  • Merci jeanine Jalkh pour cet article . je me demande est-ce que leorientlejour n’a pas la volonté d’avoir un(e) journaliste d’investigation qui va au fond des choses sans avoir recours a des personnes qui souhaitent rester dans l’anonymat ? Je ne commenterai pas cet excellent article, puisque tout dépend du modérateur de permanence qui voudra ou refusera de publier le commentaire, selon qu’il soit pro Aoun/Bassil/CPL, ou indifférent à leur faux charme. A terme je ne renouvellerai pas mon abonnement.

    Le Point du Jour.

    15 h 17, le 26 avril 2021

  • Il tire à boulets rouges jusqu’à ce qu’un jour il soit touché par un de leurs éclats. Des accidents ça arrivent tous les jours au Liban. A sa place je me ferai plus discret et moins arrogant l’ego pouvant parfois générer des hallucinations menant au sacrifice de soi à son propre insu. S’il se se t fort parce que son père spirituel tient la carte des délimitations des frontières comme carte de sauvetage de son faux rejeton, il n’est pas sans savoir que l’armée veille à ce que ce marchandage n’aboutisse jamais au résultat souhaité par ces deux traîtres. Après chacun de leurs discours l’armée réitère son attachement aux km réclamés et ne compte pas les brader pour les beaux yeux des fossoyeurs. Attendons voir qui aura le dernier mot dans cette bataille de souveraineté mot dont ce clan ignore même le sens.

    Sissi zayyat

    13 h 02, le 26 avril 2021

  • Si Victor Hugo avait parlé dans un pamphlet célèbre et ´ Napoleon le petit’ , que dirait-Il aujourd’hui de Bassi ?? Encore faudrait-il qu’on aie notre Victor Hugo national !

    LeRougeEtLeNoir

    12 h 34, le 26 avril 2021

  • Bassil n'a "plus rien a perdre",certes. Il n'a plus aucun pouvoir de nuisance non plus. A part invectiver les autres, il est visiblement pale de jalouise de voir Saad faire le tour des capitales et etre recu en grande pompe alors que lui aurait du mal a prendre l'avion pour une capitale occidentale.

    Lebinlon

    12 h 03, le 26 avril 2021

  • AOUN-BASSIL, BASSIL-AOUN partout, du matin au soir ! On commence à avoir une overdose de ces deux personnages qui ne nous apportent que problèmes en tout, et qui n'ont rien su faire de positif pour le Liban depuis qu'ils sont dans l'arène du grand cirque qu'est devenu notre pays. L'un manifestement trop âgé pour pouvoir conduire efficacement notre pauvre pays, l'autre...trop immature et incapable d'évoluer vers un comportement d'adulte responsable. Peut'être s'imaginent-ils que faire de nombreuses déclarations transmises sur les chaines de télévision locales et internationales signifie diriger une nation ??? - Irène Saïd

    Irene Said

    11 h 44, le 26 avril 2021

  • La faute des autres c'est le pretexte des laches !!

    Yoska

    11 h 37, le 26 avril 2021

  • On dit que l’attaque est la meilleure défense. Malheureusement pour lui, il ne pourra rien contre les sanctions américaines pour corruption avérée et contre les très prochaines sanctions européennes. Il pourra toujours convertir sa fortune en roubles russes ou en monnaie de singe iranienne puisqu’il pourra toujours voyager en jet privé (de son ami selon sa déclaration à Davos) à Moscou, Téhéran, Damas, Venezuela et en Corée du Nord. Ailleurs, il risque d’être titillé par les polices aux frontières

    Lecteur excédé par la censure

    10 h 29, le 26 avril 2021

  • Il y a derrière lui une tache orange qui souille notre drapeau libanais. Cet enfant gâté gangrène notre quotidien, c'est le plus beau spécimen de la félonie, de la mauvaise foi et de l'hypocrisie.

    Robert Malek

    03 h 18, le 26 avril 2021

  • Ah bon? Des boulets rouges? A court d'oranges?

    Wlek Sanferlou

    01 h 38, le 26 avril 2021

  • Les meilleures démocraties fonctionnent avec seulement deux ou trois partis qui sont très peu éloignées du centre. Le mot-clef c'est "centre". Sans centre au Liban et avec des soi-disant partis comme le Hezbollah ou les Forces Libanaises, la démocratie est une sombre et mortelle imposture. En effet le vote ne peut avoir de sens que sur un fond culturel et éducationnel homogène, dont le pays s'éloigne chaque jour. Tout ça pour dire qu'on peut ne pas aimer Hariri mais objectivement, qui plus que lui et son parti représentent notre centre introuvable? Certes il ne peut vraiment fonctionner comme centre que si le spectre "politique" du pays se rétrécit fortement, mais au point où on en est il faut bien commencer quelque part

    M.E

    00 h 22, le 26 avril 2021

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