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Nos Lecteurs ont la Parole

Apprendre à vouloir

« Je n’ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. » C’est en ces termes que s’adressait Winston Churchill pour la première fois à la Chambre des communes après son élection en 1940. La situation du Royaume-Uni de l’époque était catastrophique, et l’avenir mondial bien plus noir que celui auquel le Liban est confronté aujourd’hui. Ce sont ces mots qu’on a besoin d’entendre aujourd’hui au Liban. Oui, la situation est dramatique, oui la famine est à nos portes, oui l’absence de perspective rend les réveils de plus en plus difficiles, et rend plus acceptable la perspective douloureuse mais ponctuelle de déracinement et d’émigration. Oui, la lumière au bout du tunnel commence à s’éteindre. Mais elle ne l’est pas encore. Et pour nous aider à sortir du tunnel, personne ne sera de trop.

Depuis le temps qu’on se laisse aller au confort de la « servitude volontaire » – mal universel identifié par La Boétie au XVIe siècle déjà. Depuis le temps qu’on annonce fièrement qu’on n’a pas voté aux élections, ou que ce pays ne vaut rien. Depuis le temps qu’on convertit en vote des visites funéraires, une dévotion héréditaire, ou une défense de confession. Depuis le temps qu’on accepte des attributions douteuses de marchés publics payées dans des urnes. Depuis le temps qu’on accepte ce manque de transparence dans la vie politique, qu’on ne demande de comptes à personne et que, par paresse, on renouvelle le mandat de l’incompétence et de la médiocrité.

Bref. Depuis le temps qu’on délègue notre devoir citoyen en clamant qu’on n’a jamais eu le choix, qu’on se prélasse dans le cocon tragi-comique de l’opprimé face à des élus qu’on accuse d’être oppressifs. La surprise n’est pas l’effondrement, mais plutôt d’avoir tenu aussi longtemps.

Donc voilà. Comme on fait son lit on se couche, et aujourd’hui ce n’est plus le lit qui ressemble à une porcherie, mais toute la maison, jardin inclus. Et on est tous coupables. Certains de ne pas écouter, d’autres de ne pas avoir su communiquer, tous d’avoir été trop distraits et de ne pas avoir pris au sérieux nos responsabilités civiques. Mais on apprend. Ou bien on le devrait. Comme dirait Sénèque, maintenant qu’on a désappris à espérer, on peut apprendre à vouloir.

Sur le court terme, il faut assurer en priorité un gouvernement transitoire avec des pouvoirs législatifs, qui fasse accepter les réformes nécessaires pour faire redémarrer l’économie et redonner confiance aux investisseurs, continuer la campagne de vaccination, développer des fonds de soutien aux secteurs médical et éducatif, et s’assurer que les subventions de l’État vont aux tranches de la population qui en ont le plus besoin. Sur le long terme, il faut préparer nos élections parlementaires du printemps 2022.

La trinité des élections sera la suivante. En premier, rayer une fois pour toutes le concept de prorogation, comme l’assurance qu’on a tous de mourir un jour. En deuxième, assurer le plus grand taux de participation possible, et donc s’encourager mutuellement à aller voter. Répéter que chaque voix compte. Et finalement, s’assurer qu’on votera juste. On a un an pour nous éduquer, trouver et façonner les leaders qui ne serviront plus de discours populistes au nom d’une confession ou d’une région. Trouver et façonner une vision futuriste d’un Liban moderne qui n’espère pas avoir de l’électricité, mais qui produira de l’énergie propre. Qui n’espère plus les aides internationales, mais qui a une vision unique pour le Liban, et contribuera, grâce à sa population éduquée et solidaire, à la construction d’un avenir meilleur pour son peuple et, pourquoi pas, la planète !

Alors voilà, si quelques-unes des suggestions de ces nouveaux partis ne vous plaisent pas, ne dénigrez pas les partis, mais proposez vos solutions, proposez votre aide, et aidez. Ne vous inquiétez pas de voir les mouvements du 17 octobre se débattre pour s’unifier, aidez les à grandir. Il faut à tout prix assurer le changement, et on a tous une responsabilité dans le succès à venir. Ceux qui sont partis, gardez le contact et arrêtez d’insulter le pays où beaucoup ont choisi de rester, et que d’autres n’ont pas réussi à quitter. Assurez-vous de participer aux élections de là où vous êtes.

Et à ceux qui veulent rester partisans de la classe actuelle, les encourager à réclamer des comptes à leurs représentants. Un peu comme un adolescent se rend compte que ses parents ne sont pas les plus forts, les encourager à continuer de les aimer mais sans les idolâtrer, ou leur obéir aveuglément.

Accepter une fois pour toutes que pour vivre bien il nous faudra vivre ensemble. Arrêter d’accepter les divisions faciles. Ne détester personne. Trouver les façons d’aller de l’avant, de (re)bâtir, trouver la sortie. Être vigilant, refuser les théories de complots. Être solidaire. Participer au débat citoyen et à la construction de la nation. Saigner, travailler, pleurer, suer pour que le Liban s’en remette.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


« Je n’ai à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur. » C’est en ces termes que s’adressait Winston Churchill pour la première fois à la Chambre des communes après son élection en 1940. La situation du Royaume-Uni de l’époque était catastrophique, et l’avenir mondial bien plus noir que celui auquel le Liban est confronté aujourd’hui. Ce sont ces...

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