Frederic Hof. Photo tirée de son compte twitter
Entre 2010 et 2012, Frederic Hof a joué le rôle de médiateur entre les Libanais et les Israéliens sur les négociations concernant le tracé de la frontière maritime. Si la médiation n’a pas abouti puisque le Liban n’a pas signé l’accord final, « la ligne Hof », qui sépare la zone contestée en deux parties, avec 55 % pour le Liban et 45 % pour Israël, a longtemps constitué une référence pour une éventuelle reprise des négociations. Cette ligne fait toutefois l’objet de plus en plus de contestation dans le camp libanais, qui considère qu’elle accorde au Liban une zone bien plus petite que ce qu’il peut revendiquer en vertu du droit international. Un projet de décret est actuellement sur la table, que Michel Aoun a refusé de signer pour l’instant, donnant au Liban un droit supplémentaire sur 1 430 km2 dans le tracé de la frontière maritime avec Israël sur fond d’exploitation d’hydrocarbures off-shore. Après une grande carrière au sein de l’armée américaine, Frederic Hof a servi comme ambassadeur et coordinateur spécial pour la transition en Syrie. Il a dirigé l’Atlantic Council’s Rafik Hariri Center for the Middle East et enseigne actuellement à l’Université de Bard à New York. Pour L’Orient-Le Jour, il a accepté de revenir sur la polémique dont son travail de médiateur a récemment fait l’objet.
Que pensez-vous des dernières demandes libanaises réclamant un droit sur une zone supplémentaire de 1 430 km2 dans le tracé de la frontière maritime avec Israël ?
J’étais extrêmement surpris par la nouvelle demande libanaise. Je suis au courant que le président Michel Aoun a refusé, ou au moins repoussé la signature de ce décret portant sur cette nouvelle revendication. Ce que je peux vous affirmer, c’est que la proposition libanaise développée en 2010 par les négociateurs était scientifiquement solide, appuyée par des rapports de spécialistes du Royaume-Uni. Les arguments libanais étaient clairs, légitimes et le fruit d’un énorme travail de recherche. Les Israéliens avaient eux aussi des revendications claires qui étaient scientifiquement justifiées. Il n’existe pas une seule formule pour contenter toutes les parties. Honnêtement, je ne comprends pas l’objectif des dernières revendications libanaises qui risquent de reporter encore pour longtemps tout accord, mais ce sont les affaires du Liban, pas les miennes.
Certains spécialistes libanais de la frontière maritime considèrent que ce que l’on a appelé la « ligne Hof » n’est pas le résultat de l’application stricte du droit international, mais celui d’un rapport de force favorable à Israël. Qu’en pensez-vous ?
Ma médiation représentait avant tout un acte de bonne volonté pour résoudre un différend entre deux pays. La « ligne Hof » pouvait être justifiée à l’époque par les demandes israéliennes et libanaises. Nous avons passé la plus grande partie de ces deux années à écouter méticuleusement les demandes des deux parties et leurs rationalités. À la fin, notre approche a été de considérer que le Liban était le Mexique, et Israël les États-Unis, ou inversement, afin d’appliquer ce que nous aurions négocié pour nous-mêmes, une suggestion d’un membre de mon équipe, Raymond Milefsky. Je lui ai dit : « Excellent, alors allez-y, menez cette recherche. » Le résultat de cette technique était d’allouer 55 % de la zone disputée (alors 860 km2) au Liban et 45 % à Israël. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas une seule formule, reconnue et acceptée par tous, afin de gérer une dispute territoriale maritime. Notre approche était la plus simple mathématiquement, la plus compréhensible. En toute franchise, les deux parties, après quelques regrets sur le fait que leurs positions n’aient pas été soutenues à 100 % par la médiation américaine, ont reconnu la justesse de notre proposition.
La prise en compte des îles Tekhilit est l’un des points majeurs de discorde aujourd’hui entre les Libanais et les Israéliens. Dans quelle mesure ces îles étaient-elles centrales dans les négociations et quel impact ont eu ces dernières sur l’inclinaison de la courbe ?
Durant ces négociations, l’équipe libanaise avait accepté que les îles Tekhilit soient le point de référence israélien mais ont demandé à tempérer leur incidence sur la variation de la courbe. Les Israéliens bien évidemment avaient donné aux îles 100 % d’effet dans leur tracé sur toute la longueur, mais eux aussi avaient exprimé des réserves concernant certains points de référence libanais. Nous voulions mettre un terme à ces grappillages contre-productifs qui nous faisaient perdre un temps précieux. Les Israéliens affirmaient que les points de référence libanais étaient submergés par les eaux. Je me souviens même que l’armée libanaise avait envoyé à un certain moment un homme grenouille afin de photographier les rochers pendant la marée pour montrer qu’effectivement ils pouvaient être considérés comme une référence. Nous avions alors appuyé les demandes libanaises contre les Israéliens, photographies à la main. La proposition américaine a été la suivante : nous acceptions un effet de 100 % sur tous les points de référence, qu’ils soient israéliens ou libanais. En utilisant ces critères, nous avons finalement réussi à tracer notre ligne. Elle a été acceptée par les négociateurs comme un compromis juste. Malheureusement, le gouvernement Mikati n’a jamais eu la capacité de signer cet accord.
Un rapport rédigé par le United Kingdom Hydrographic Office (UKHO) daté de 2011 vient appuyer les revendications libanaises et minimise l’effet que les îles Tekhilit auraient sur le tracé de la frontière maritime. Ce rapport justifie son analyse par le fait que les îles israéliennes ne sont pas habitées et n’ont pas de végétation. Étiez-vous au courant de l’existence de ce rapport et a-t-il été au centre des négociations avec les Israéliens ?
Non, je ne me souviens pas avoir vu ce rapport, ni qu’il a été au centre de nos négociations. J’ai le vague souvenir d’une assistance technique anglaise au Liban. Ce que je peux vous assurer, c’est que les rochers libanais non plus n’étaient pas habités, à part par quelques mouettes en marée basse, et que nous les avons pourtant pris en considération comme point de référence pour le tracé. Quoi que valent mes paroles pour certains au Liban, le camp israélien n’était pas du tout satisfait de la proposition américaine. Le chef de la délégation israélienne m’avait pris à part pour me confier : « Fred, je vais reporter cette offre à mon gouvernement, cependant sachez que ce n’est pas dans les habitudes d’Israël d’accepter un 45/55 en faveur de la partie adverse. » Ce que vous devez comprendre, c’est que les deux parties étaient convaincues de leur légitimité sur 100 % de la zone disputée. L’équipe de négociation libanaise était au moins aussi spécialisée et compétente que l’équipe israélienne. Dans l’histoire des disputes sur les délimitations de zone économique exclusive (ZEE), il est possible de trouver des précédents dans tous les cas de figure. Le fait que des îles soient habitées ou non n’est pas un facteur décisif. Mais s’il y a bien un point sur lequel insiste le droit international, c’est d’avoir un compromis qui soit équitable pour les deux parties.
Si le Liban avait accepté le compromis à l’époque, il aurait levé l’ombre d’un conflit maritime sur ces zones et aurait ainsi rassuré les entreprises de forage dans la ZEE libanaise. Dans un second temps, le Liban bénéficierait de larges retombées économiques et aurait pu, peut-être, mieux traverser la crise qu’il connaît aujourd’hui.
Quelle est votre perception des pourparlers aujourd’hui entre Libanais et Israéliens ? Pensez-vous qu’une issue pourra être trouvée dans les prochains mois ?
Il est très difficile d’apprécier aujourd’hui l’avenir des négociations. L’ambassadeur John Desrocher, responsable de la supervision de ces négociations, fera de son mieux, j’en suis convaincu. Si les demandes libanaises couvrent des zones où des stations off-shore israéliennes sont déjà déployées et en action, ce sera selon moi un tour de force impossible. À partir de là, quels outils seront utilisés afin de ramener les Israéliens à la table de négociation si la modification du décret libanais est actée ? Cela paraît difficile à dire.
Quel contexte régional ou domestique pourrait être favorable ou défavorable à la conclusion d’un accord entre le Liban et Israël sur la frontière maritime ?
Il y a beaucoup de variables dans ce dossier. Ce que je peux vous confier, c’est que lors de ma médiation, le Hezbollah appuyait ouvertement les négociations en affirmant que tous les moyens devaient être utilisés pour que le Liban trouve un compromis pacifique. Au Liban à cette époque, personne ne pouvait se permettre d’entraver une telle opportunité économique, pas même le Hezbollah. Peut-être qu’aujourd’hui, certaines parties ne veulent pas d’une résolution du conflit. L’Iran et le Hezbollah veulent-ils d’un accord sur cette ligne bleue maritime ? Je ne sais pas, mais je me pose la question.





IL FAUT ETRE AUSSI MAFIEUX QU,EUX ET AUSSI INCOMPETENT POUR LES COMPRENDRE. ILS FONT FAIRE HARA KIRI AU PAYS ET A SON PEUPLE. EUX N,ONT PAS DE PROBLEMES. LES UNS SONT A FORCE DE CORRUPTION ET DE VOLS DEVENUS DES MILLIARDAIRES ET LES AUTRES DES MULTI MILLIONNAIRES. EUX, LEURS FAMILLES, ENFANTS, PARENTS ET PROCHES PARTISANS N,ONT PLUS DE QUOI SE MORFONDRE. SEUL LE PEUPLE ET LES PAUVRES D,ENTRE LUI SOUFFRENT ET SONT AFFAMES. SOULEVEZ-VOUS ENFIN ET BALAYEZ-LES.
19 h 23, le 19 avril 2021