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Société - Commémoration

13 avril : aujourd’hui comme en 75, mais sans le contexte géopolitique

Le devoir de mémoire a été royalement occulté dans un pays qui souffre du symptôme de répétition, estime le politologue Joseph Bahout.

13 avril : aujourd’hui comme en 75, mais sans le contexte géopolitique

Un milicien photographié dans une rue de Beyrouth, en 1987. Photo d’archives L’OLJ

C’est probablement l’année où la commémoration du 13 avril, date qui a marqué le début de la guerre civile de 1975, est la plus pénible à vivre. Et pour cause : la morosité ambiante provoquée par une double crise politique et financière qui plombe le pays cumulée à l’exacerbation des clivages confessionnels ont fait ressurgir les vieux démons. Nombreux sont ceux qui craignent aujourd’hui que le Liban ne replonge dans un conflit civil, les ingrédients d’une explosion sociale sur fond de tensions communautaires étant réunis. Sauf que ni le contexte géopolitique ni l’équilibre des forces sur le plan interne ne sont propices à ce scénario, affirme le directeur de l’Institut Issam Farès de l’Université américaine de Beyrouth, Joseph Bahout.

Tous les indicateurs sont au rouge. Le Liban est-il aujourd’hui menacé d’une nouvelle guerre civile?

Beaucoup d’ingrédients sont réunis et pourraient rappeler le contexte qui existait en 1975. Mais le tableau n’est pas complet et certains ingrédients restent inexistants. Le contexte géopolitique n’est pas propice à un tel scénario car aucun des acteurs régionaux n’a vraisemblablement la volonté de nourrir la guerre qui nécessite des armes et beaucoup d’argent. Cela dit, ce cas de figure ne peut être complètement écarté notamment en cas d’échec des négociations entre l’Iran et les États-Unis, en cas de recrudescence de la tension entre les monarchies du Golfe et l’Iran, ou encore au cas où la crise syrienne prend un nouveau tour dans les années qui viennent.

L'édito de Michel Touma

Un bref devoir de mémoire

Au niveau intérieur, ce qui empêche aujourd’hui cette guerre, c’est surtout, paradoxalement, le « surplus de puissance » aux mains d’une seule partie, le Hezbollah, et la grande difficulté qu’auraient d’autres parties à établir un rapport de force avec elle. Tout d’abord, il faut savoir que les conditions locales pour pousser les Libanais à prendre les armes ne sont pas réunies du fait principalement qu’il y a une inégalité entre les Libanais à l’ombre de la prédominance du Hezbollah. Ensuite, il faut reconnaître que l’armée libanaise est devenue plus solide et donc plus apte à jouer son rôle.

Pendant des années, on a répété comme un leitmotiv que la communauté internationale ne laisserait pas le pays sombrer dans un conflit armé. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

Il faut commencer par relativiser ce concept de communauté internationale tel qu’on l’utilise, à tout bout de champ, au Liban. Nous sommes plutôt en présence d’une scène internationale qui a ses divisions et des intérêts contradictoires et multiples. En effet et dans ce sens, il peut exister un scénario où ladite communauté internationale ou les acteurs internationaux peuvent justement provoquer une guerre du fait de leurs divisions. Je crois d’ailleurs aussi que les Libanais doivent se débarrasser de cette chimère qui consiste à croire que les puissances extérieures vont ou peuvent les empêcher de s’entre-tuer ou de mourir. Nous avions en effet cru, il y a quelques années, que cette communauté internationale allait œuvrer pour éviter l’effondrement du pays. Ce ne fut pas le cas. Le Liban s’effondre aujourd’hui et la communauté internationale ne semble pas s’en émouvoir pour autant. Enfin, il suffit de regarder la Syrie à côté qui a brûlé pendant dix ans. Personne n’a rien fait. Les acteurs internationaux ont même fini par projeter leurs divisions sur la Syrie.

Pour mémoire

Le bus de Aïn el-Remmané, véhicule de nos mémoires tourmentées


Même si tous les facteurs sont réunis pour pousser les Libanais à prendre les armes, le feront-ils pour autant ? Ne sont-ils pas, selon vous, devenus immunisés contre ce mal ?

Cette question n’est pas liée à l’immunité, qui est de l’ordre mental et qui est radicalement différente. Personnellement je ne crois pas trop à ces questions d’immunité, en tous cas pas une « immunité » éternelle et acontextuelle. On peut en tout cas constater que les Libanais ont souvent souffert du symptôme de répétition à travers leur histoire. Ensuite, parler d’immunité signifie que les citoyens ont résolu la mémoire de la guerre et effectué une lecture critique de ce qui s’est passé. Ce qui n’est pas le cas. Cela dit, certains Libanais seront sans doute naturellement empêchés de rééditer la guerre par peur physique et par crainte de se livrer de nouveau à la destruction.




C’est probablement l’année où la commémoration du 13 avril, date qui a marqué le début de la guerre civile de 1975, est la plus pénible à vivre. Et pour cause : la morosité ambiante provoquée par une double crise politique et financière qui plombe le pays cumulée à l’exacerbation des clivages confessionnels ont fait ressurgir les vieux démons. Nombreux sont ceux qui...

commentaires (5)

Les parrains de notre passé marchent dans les funérailles de notre avenir... Sous vos applaudissement et au rythme de vos klaxons, messieurs dames !

Ayoub Elie

14 h 59, le 13 avril 2021

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Commentaires (5)

  • Les parrains de notre passé marchent dans les funérailles de notre avenir... Sous vos applaudissement et au rythme de vos klaxons, messieurs dames !

    Ayoub Elie

    14 h 59, le 13 avril 2021

  • SI C,EST A REPETER POUR SE DEBARRASSER D,ARAFAT N0 2 LES VRAIS RESISTANTS LIBANAIS QUI ONT EMPECHE QUE LE LIBAN DEVIENNE UNE PATRIE DE RECHANGE POUR LES PALESTINIENS ET L,EXODE POUR LES CHRETIENS N,HESITERAIENT GUERE, AVEC GRAND REGRET ET SACRIFICE, A REITERER LEUR EXPLOIT POUR EMPECHER QUE LE PAYS NE DEVIENNE UNE SATRAPIE PERSE OU UNE PATRIE DE RECHANGE POUR LEURS OBSCURANTISTES MERCENAIRES SUPPORTES... HELAS... PAR DEUX PARAVENTS PRETENDUS CHRETIENS. LA TRAITRISE NE PASSERA PAS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 50, le 13 avril 2021

  • Le problème du Liban est que les libanais n’ont jamais pu comprendre que leurs problèmes ne sont pas des problèmes régionaux ni internationaux mais des problèmes purement libanais desquels ils ne se sont jamais responsabilisés. Le problème est que nous sommes et avons toujours été un pays de vendus, des prostitués qui n’ont même pas honte d’afficher leurs proxenètes étrangers. Il suffit de voir la valse des émissaires et ambassades actuelles pour comprendre que nous avons perdu toute dignité. Depuis que le Liban existe, nous n’avons fait que regarder en dehors pout tout: culture, mode, technologie, éducation, travail et surtout politique… Jamais politique ne fut faite au profit du Liban ou du peuple libanais mais toujours pour le compte de quelque maquereau d’ambassade. Le véritable problème est que nous n’avons encore rien appris: nous continuons à nous jeter, comme des moutons de panurges, au son et au rythme d’une cloche de quelque berger local, esclave à son tour d’un seigneur étranger. Il n’y aura jamais de solution tant que le peuple libanais ne prendra pas ses propres responsabilités en main, sachant que ce n’est que lui-même qui a fabriqué son propre malheur en exécutant les plans de ceux qui n’ont jamais voulu que leur propre bien. Le jour oú l’on sera capable de dire “Non, non et encore non!” aux politiciens et hommes de religion, nous deviendrons un peuple et auront, peut-être, droit à un pays, chose que nous n’avons jamais méritée.

    Fady Abou Hanna

    09 h 58, le 13 avril 2021

  • De plus en cas de conflit ouvert entre patriotes libanais et Axe de l'Imposture, l'argent du Golfe qui allait en 1975 aux milices palestiniennes, ira cette fois aux défenseurs du Liban, et les imposteurs de l'Axe le savent très bien. Il suffit d'une coalition libanaise réellement déterminée à les affronter et leur domination peut être remise en question. Nous avons encore des résistants qui se sont très bien battus entre 1975 et 1990 contre un ennemi largement supérieur en nombre et en moyens militaires. Nous n'avons pas à attendre l'aide des puissances internationales affairées autour de l'accord du croissant viennois chiite, nous n'avons même pas besoin d'elles. Avec l'argent du Golfe les résistants libanais de 1975 - 1990 peuvent très facilement trouver de quoi se défendre, nul besoin d'une autre aide.

    Citoyen libanais

    08 h 40, le 13 avril 2021

  • Différence très importante d'avec 1975: ceux qui usurpent l'autorité de l'état Libanais: le Hezbollah et son Axe, sont haïs non seulement par les Libanais patriotes mais par l'immense majorité des peuples du Moyen-Orient. Et les peuples de nos proches voisins, Syrie et Iraq, en premier. Certes ils sont bien plus puissants militairement que l'étaient les milices palestiniennes en 1975, mais c'est eux qui sont isolés et entourés par un monde arabe hostile et non plus nous les patriotes libanais. Ils sont autant haïs que les sionistes et contrairement aux sionistes sont incapables de diriger un état avec une économie viable. L'Axe de l'Imposture a le torse bombé mais des pieds en argile.

    Citoyen libanais

    08 h 27, le 13 avril 2021

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