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Lifestyle - Liban Pop

Carine Rizcallah : le temps de tous les envols

L’actrice et scénariste sera pour la première fois à l’affiche d’une série panarabe, « 350 grammes », qui sera diffusée durant la période de ramadan. Si son prochain scénario porte sur la situation actuelle au Liban, la star a toutefois des envies de départ...

Carine Rizcallah : le temps de tous les envols

Carine Rizcallah, scénariste et actrice, à l’affiche de « 350 grammes ». Photo Georges Saliba

Carine Rizcallah est une grande rêveuse, et ses rêves sont souvent fous. Elle confie que, enfant, elle s’allongeait déjà sur son lit des heures durant, et s’imaginait une vie d’actrice qui alternerait les rôles en côtoyant les plus grandes stars sur les plateaux de tournage. Des années et des dizaines de feuilletons plus tard, la scénariste et actrice est devenue un nom incontournable de la télévision libanaise, connue aussi bien pour sa plume singulière que pour ses interprétations tout en nuances. Aujourd’hui, Carine Rizcallah franchit un nouveau cap en étant pour la première fois à l’affiche d’un feuilleton panarabe, un projet placé sous le signe de l’envol pour une artiste qui n’a pas peur de dévoiler son talent au reste du monde. « Je n’ai jamais été obsédée par l’idée de figurer dans des feuilletons panarabes, confie-t-elle à L’Orient-Le Jour. J’avais reçu de nombreuses propositions similaires par le passé, mais le timing n’était pas idéal ou le scénario pas à mon goût. Le texte m’importe d’abord, et puis le personnage. Celui que j’interprète dans cette série m’a particulièrement attirée. » Le feuilleton, intitulé 350 grammes, tourné aux Émirats arabes unis en pleine pandémie et écrit par Nadia el-Ahmar, devrait voir le jour durant le ramadan. Carine Rizcallah s’y produit aux côtés de la star syrienne Abed Fahed et joue le rôle de Yasmine, une femme très douce, peu éduquée, mariée à un homme qui a beaucoup souffert dans sa vie. « Yasmine découvre un jour des vérités sur son mari, et apprend qu’il connaît également son secret, qu’elle pensait scellé. Un gros mensonge qu’elle avait fini par croire elle aussi, explique Carine. C’est un personnage à plusieurs facettes qui vit un dilemme entre sa nature tolérante, son désir de vengeance et son amour passionnel. » Heureuse de partager ce projet avec Abed Fahed, l’actrice assure que travailler avec lui était « très agréable », car « c’est un artiste respectueux et humain sur le plan personnel, et généreux dans son travail. Je dirais qu’on se ressemble du fait que nous sommes tous les deux des artistes avec les pieds sur terre, sans caprices de stars ».

« 350 grammes » sera diffusé durant le mois de ramadan.

Des histoires « comme la vie »

D’un naturel désarmant, la belle actrice a su aussi jouer de cette proximité avec son public pour réussir au petit écran, faisant de l’écriture son premier cheval de bataille. Avec Albi Daa, elle s’est ainsi octroyé une première chance dans la tragédie après une carrière qui l’enfermait dans un registre comique, avant d’enchaîner avec Mich Ana, La Ekhir Nafas, W Mchit et le très acclamé Enti Min ?. « Je ne saurais pas vraiment définir les raisons de leur succès, indique Carine. Mais j’entends souvent les gens dire qu’ils apprécient ce mélange d’humour et de tragédie, le fait de pouvoir partager et ressentir des émotions différentes lors d’une même scène. C’est un peu comme la vie. » « Dans mes histoires, je parle essentiellement du Liban et de notre réalité, poursuit-elle. Alors que si on doublait certaines séries libanaises dans une autre langue, ces histoires pourraient se passer n’importe où dans le monde. Certains écrivains locaux, par souci de neutralité, préfèrent éviter de nommer les choses par leur nom, citer la religion d’un personnage par exemple. Moi, j’aime montrer notre société telle qu’elle est, son langage simple, ses problèmes, comment elle vit, avec toujours, un message à délivrer. » « Je ne sais tout simplement pas écrire un feuilleton qui soit juste divertissant, ajoute-t-elle. Il y a toujours une question ou une cause qui me taraude au départ, que ce soit les sacrifices de l’armée libanaise dans W Mchit, le traumatisme de la guerre dans Enti Min ? ou la monogamie dans La Ekhir Nafas. »

Pour mémoire

Carine Rizcallah, Badih Abou Chakra et la violence domestique

Même quand elle choisit de participer à un feuilleton qu’elle n’a pas elle-même écrit, Carine Rizcallah opte pour des séries engagées ancrées au pays du Cèdre, et signées souvent Claudia Marchalian, comme Emm el-Banet, Aa Esmak, Berdene Ana, axée sur la violence domestique, ou encore Rahou, construite autour de la tragédie des Libanais tués dans l’attaque de la discothèque Reina à Istanbul, début 2017, et dont la diffusion est également prévue pour ramadan. « J’aime bien être actrice à part entière, avoue Carine. Je peux alors me concentrer sur mon rôle, sans avoir à surveiller la production, les autres acteurs ou le choix des lieux de tournage. Mais le texte et son message restent primordiaux pour moi. » Un peu chauvine, elle estime sur ce plan que les scénaristes libanais ne devraient pas dénaturer leurs projets de leur identité pour faciliter leur export dans le monde arabe. « Après 350 grammes, je peux vous dire que nous n’avons rien à envier aux productions arabes. Quand je choisis de regarder un feuilleton saoudien ou égyptien, c’est parce que je veux voir comment ils vivent en Arabie saoudite et en Égypte. Aujourd’hui, il faut parler du Liban, et mon prochain feuilleton traitera de notre situation actuelle… »

Toucher ses rêves… ailleurs

Ceux qui suivent Carine Rizcallah sur les réseaux sociaux savent bien qu’elle est exaspérée par la crise au Liban et qu’elle ne mâche pas ses mots pour le faire savoir. « Nous sommes nés dans la guerre et depuis nous subissons coup après coup, s’insurge-t-elle. Aujourd’hui, c’est le coup de grâce ; ils ont même fait exploser notre ville ! Oui, mon pays va mal et il va d’occupation en occupation. Je pense que mon peuple mériterait qu’on lui érige une statue sur la plus haute tour du monde. Nous aurions dû tous être malades après toutes ces épreuves, mais nous continuons de survivre. »

Pour mémoire

Carine Rizcallah, délicieuse « Emm el-banet »

Maman de deux jeunes filles, Nadia et Naya, qui ont toutes les deux joué à ses côtés dans des rôles divers, la star aux origines mexicaines affirme qu’elle fera tout pour leur construire un avenir ailleurs, même si elle ne leur imposera jamais ses décisions. « J’aimerais juste qu’elles réalisent leur rêve, quel qu’il soit, comme j’ai moi-même couru après le mien, dit-elle. Je m’inquiète pour elles ici. »

Le tournage de 350 grammes l’ayant obligée à passer quelques mois à Abou Dhabi, Carine Rizcallah confie avoir pris conscience qu’il est possible de vivre ailleurs qu’au Liban. « Je n’y aurais jamais pensé, explique l’actrice dont l’appartement en face du port de Beyrouth a été dévasté par la double déflagration du 4 août. J’y ai vu cependant un système qui fonctionne, des lois bien appliquées, des rues éclairées. Nous sommes franchement à des années-lumière. » Comment celle qui décrit, expose et dissèque avec tant d’émotion la société libanaise est-elle arrivée à envisager un départ ? « Je crois qu’on peut tout supporter sauf d’avoir sa dignité écrasée, affirme Carine. J’adore mon pays, mais je ne peux pas y vivre humiliée. Nous ne demandons pas un pays cinq étoiles. Il ne l’a jamais été. Nous y avons toujours vécu malgré les guerres, les occupations, les problèmes quotidiens. Mais si nous avons réussi à surmonter les difficultés, c’est parce que nous, Libanais, sommes des personnes libres d’esprit, et je n’accepterai que personne me prenne ma liberté. »


Carine Rizcallah est une grande rêveuse, et ses rêves sont souvent fous. Elle confie que, enfant, elle s’allongeait déjà sur son lit des heures durant, et s’imaginait une vie d’actrice qui alternerait les rôles en côtoyant les plus grandes stars sur les plateaux de tournage. Des années et des dizaines de feuilletons plus tard, la scénariste et actrice est devenue un nom...

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