Le patriarche Raï rencontrant une délégation de groupes se revendiquant « souverainistes » et issus du soulèvement populaire du 17 octobre 2019. Photo al-Markaziya
Le patriarche maronite Béchara Raï a affirmé hier qu’il n’était pas en faveur d’une démission du président de la République Michel Aoun, estimant que le chef de l’État ne peut être mis en cause dans le cadre de ses fonctions qu’en cas de « haute trahison ». Selon lui, toute démission d’un chef de l’État est tributaire de « mécanismes constitutionnels », en cas de « haute trahison ».
Depuis octobre 2019, des voix s’élèvent dans la rue pour demander le départ du président Aoun. Selon l’article 60 de la Constitution, « le président de la République n’est responsable des actes de sa fonction que dans le cas d’une violation de la Constitution ou de haute trahison » et, le cas échéant, il ne peut être mis en accusation que par la Chambre des députés décidant à la majorité des trois quarts des membres de l’Assemblée entière, et « il ne peut être jugé que par la Haute Cour prévue à l’article 80 ».
Par ailleurs, Mgr Raï, qui recevait à Bkerké une délégation de groupes se revendiquant « souverainistes » et issus du soulèvement populaire du 17 octobre 2019, a réitéré sa demande d’une conférence internationale pour sauver le Liban, sous l’égide de l’ONU. « Nous voulons une conférence qui permettrait de protéger le Liban d’une mort définitive », a-t-il déclaré. « Le secrétaire général des Nations unies (Antonio Guterres) est inquiet pour le Liban. Il a salué l’idée de l’organisation d’une telle conférence internationale et nous a appelés à en préparer les bases », a-t-il ajouté, se référant à une conversation au téléphone le 23 mars. « En outre, la majorité des ambassadeurs des pays arabes que j’ai rencontrés soutiennent la neutralité », s’est réjoui Mgr Raï, qui a affirmé avoir reçu une invitation officielle pour se rendre aux Émirats arabes unis.
Aucune ligne rouge
Abordant également le sujet de la corruption et de la crise économique, le prélat a martelé qu’« il faut que l’audit juricomptable ait lieu dans toutes les institutions de l’État ». Cet audit, qui doit commencer par les comptes de la Banque du Liban (BDL), fait face à de nombreux obstacles et n’a toujours pas été mis sur les rails. Il a, dans ce contexte, démenti avoir « jamais protégé personne ni tracé aucune ligne rouge pour empêcher que des poursuites soient engagées contre qui que ce soit », appelant à ce que des sanctions soient lancées contre tous les dirigeants impliqués dans des affaires de corruption.
La délégation de groupes de la contestation a de son côté affirmé son soutien aux positions du patriarche, notamment sur la neutralité du Liban et la tenue d’une conférence internationale pour sauver le pays, saluant dans ses propositions un « espoir ». La délégation a également proposé un programme en trois points pour « libérer le Liban » : l’application de la Constitution et du pacte national, l’adhésion aux résolutions 1559, 1680 et 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, prônant notamment le désarmement du Hezbollah, l’adoption de la neutralité par rapport aux axes régionaux et l’organisation d’une conférence internationale.


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23 h 51, le 31 mars 2021