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Société - Manifestations à Tripoli

Disparition forcée et tortures : HRW dénonce le traitement des activistes détenus

Les manifestants détenus ont "à répondre d’accusations de terrorisme manifestement infondées devant des tribunaux militaires du pays, qui ne devraient pas avoir compétence sur des civils", souligne l'ONG internationale. 

Disparition forcée et tortures : HRW dénonce le traitement des activistes détenus

Des manifestants devant le sérail de Tripoli, le 28 janvier 2021. Photo d'archives AFP / FATHI AL-MASRI

L'organisation internationale Human Rights Watch a dénoncé mardi dans un nouveau rapport la "disparition forcée" et des suspicions de torture d'activistes appréhendés pour leur implication dans les manifestations violentes de Tripoli (Nord) de fin janvier, réitérant son appel à ne pas juger des civils devant les tribunaux militaires. 

Fin février, trente-cinq activistes originaires majoritairement de Tripoli et de la Békaa avaient fait l'objet de poursuites pour "terrorisme, tentative de former un groupe terroriste et vol" après avoir manifesté fin janvier contre le confinement sanitaire, les graves répercussions de la crise socio-économique et l'inertie des dirigeants. Ce mouvement de contestation avait été émaillé de heurts avec les forces de l'ordre et l'armée et fait un mort dans les rangs des protestataires. Depuis, dix-neuf des militants ont été libérés par la justice, quatre se trouvent encore en détention et les autorités ont refusé d’identifier les 12 autres accusés.

"Des membres du renseignement militaire libanais ont fait disparaître de force et auraient torturé des détenus qui avaient manifesté à Tripoli", a dans ce cadre dénoncé Human Rights Watch (HRW) dans un communiqué. L'ONG indique que, selon les témoignages recueillis auprès de manifestants détenus et des membres de leurs familles, certains de ces détenus ont disparu pendant plusieurs jours au début de leur incarcération dans des centres de détention militaires, sans que leurs proches n'aient aucune nouvelle. "Il n’y a pas une personne ou un endroit où je ne suis pas allée m’enquérir", a déclaré la mère de Tarek Badaouiyé, l’un des détenus, âgé de 28 ans. "Mais personne ne savait… Je pensais que quelqu’un l’avait peut-être passé à tabac ou tué, vous connaissez la situation dans le pays. Pendant trois jours, j’ai vécu l'enfer. Je pensais que mon enfant était mort". 

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HRW rappelle dans ce cadre que les disparitions forcées "sont des crimes graves au regard du droit international et sont interdites à tout moment". L'ONG condamne par ailleurs le fait que la majorité des détenus ont été interrogés sans la présence de leur avocat, avant d'évoquer des témoignages de torture.

Roué de coups et menacé d'électrocution
Un des activistes, Ali Hashem, âgé de 34 ans, affirme à HRW que des officiers de la branche du renseignement militaire de Chtaura, dans la Békaa, l'ont giflé et frappé alors qu’il avait les yeux bandés et qu’il était menotté, tout en l’insultant. Un autre rapporte que des officiers l'ont menacé et frappé. "Ils m'ont dit qu'ils voulaient me torturer pour que j’implique [un autre manifestant]. Ils ont dit +nous allons te mettre à la balançoire+", une allusion au supplice consistant à suspendre une victime avec les poignets attachés dans le dos. Cet ex-détenu a déclaré au juge d’instruction militaire qu’il avait faussement impliqué un autre manifestant en raison de la torture qui lui avait été infligée. Un adolescent, âgé de quinze ans, a, lui, été "roué de coups, soumis à la falaka (coups infligés sur la plante des pieds) et menacé d’électrocution", raconte sa mère. 

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Le Liban a adopté en 2017 une loi anti-torture – selon laquelle la torture est un crime, conformément à la Convention contre la torture ratifiée par le pays en 2000 – mais les ONG continuent régulièrement à documenter des cas de torture, estimant que les autorités n'enquêtaient pas sérieusement sur les affaires qui impliquent les services de sécurité. Une institution a été mise sur pied pour enquêter sur les affaires liées à des violations des droits humains, mais le gouvernement ne lui a toujours pas alloué de budget.

Griefs légitimes
HRW dénonce par ailleurs le fait que ces individus "ont à répondre d’accusations de terrorisme manifestement infondées devant des tribunaux militaires du pays, une procédure en soi inéquitable puisqu’en vertu du droit international, ces tribunaux ne devraient pas avoir compétence sur des civils." L'ONG souligne que le procureur militaire avait inculpé tous les suspects des mêmes crimes, y compris de terrorisme et de vol, sans préciser les preuves fournies contre chaque individu.

"Si les autorités libanaises pensent que ces accusations sont fondées, elles devraient renvoyer l’affaire devant les tribunaux civils, veiller à ce que les accusés bénéficient d’un procès équitable et enquêter sur les graves allégations de disparition forcée, de torture et de déni de procédure régulière", affirme Aya Majzoub, chercheuse sur le Liban et Bahreïn, auprès de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW. Et d'appeler les autorités libanaises à répondre "aux griefs légitimes des habitants de Tripoli, au lieu d’intensifier la répression à l’encontre d’une population qui lutte pour une existence digne et à répondre des disparitions forcées et de tout acte de torture perpétrés contre des détenus et renoncer à tous les chefs d’accusation de terrorisme infondées portés contre eux".

C'est la deuxième fois en une semaine que le Liban est épinglé par des organisations internationales pour des accusations de torture. La semaine dernière, Amnesty International avait publié un rapport accablant sur la détention arbitraire et la torture infligées par les forces de sécurité libanaises à des dizaines de réfugiés syriens accusés de terrorisme. Lundi, le procureur général près la Cour de cassation libanaise, Ghassan Oueidate, avait réagi à ces accusations en ordonnant l'ouverture d'une enquête sur la pratique de la torture dans les prisons libanaises. 


L'organisation internationale Human Rights Watch a dénoncé mardi dans un nouveau rapport la "disparition forcée" et des suspicions de torture d'activistes appréhendés pour leur implication dans les manifestations violentes de Tripoli (Nord) de fin janvier, réitérant son appel à ne pas juger des civils devant les tribunaux militaires. Fin février, trente-cinq activistes originaires...

commentaires (2)

On peut comprendre la frustration des ennemis de la république et leur désarroi face à la jeunesse assoiffée de liberté et de souveraineté mais que les militaires leur prêtent mains fortes et torturent la jeunesse de ce pays sur ordre est un scandale honteux et inacceptable. Les libanais n’arrêtent pas d’encenser son armée en lui prêtant des qualités qui peut être ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’elle. Un peu de patriotisme et de désobéissance a bon escient ne lui fera pas de mal. Trop de zèle tout le zèle. Allez donc contrôler ce qui se passe dans le Nord du pays et le saccage des grottes mortuaires pour les squatter dieu seul sait pourquoi. Ce ne sont les jeunes libanais qui protestent dans les rues qui représentent un danger pour notre pays c’est plutôt ce qui se passe aux les frontières et dans les régions occupées par les vendus.

Sissi zayyat

21 h 15, le 30 mars 2021

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Commentaires (2)

  • On peut comprendre la frustration des ennemis de la république et leur désarroi face à la jeunesse assoiffée de liberté et de souveraineté mais que les militaires leur prêtent mains fortes et torturent la jeunesse de ce pays sur ordre est un scandale honteux et inacceptable. Les libanais n’arrêtent pas d’encenser son armée en lui prêtant des qualités qui peut être ne correspond pas à l’idée qu’on se fait d’elle. Un peu de patriotisme et de désobéissance a bon escient ne lui fera pas de mal. Trop de zèle tout le zèle. Allez donc contrôler ce qui se passe dans le Nord du pays et le saccage des grottes mortuaires pour les squatter dieu seul sait pourquoi. Ce ne sont les jeunes libanais qui protestent dans les rues qui représentent un danger pour notre pays c’est plutôt ce qui se passe aux les frontières et dans les régions occupées par les vendus.

    Sissi zayyat

    21 h 15, le 30 mars 2021

  • Classique ! tout régime qui instaure la torture est un régime aux abois qui, n’arrive plus à se maintenir face à la famine, l’injustice, l’insécurité, le chômage et la faillite monétaire. Sentant sa fin proche il essaie de se maintenir par la violence en semant la misère et la mort à son passage. c’est vrai que la paix est trop fragile et trop sérieuse pour la confier aux militaires, qui ne connaissent que la brutalité pour s’exprimer, la preuve est flagrante malheureusement.

    Le Point du Jour.

    12 h 52, le 30 mars 2021

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