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Société - Rencontre

Lorsqu’un humanitaire de Tripoli passe pour un suspect

Dévoué depuis des dizaines d’années à l’action caritative, Rami Finge est interpellé en février pour « distribution de nourriture aux militants ».

Lorsqu’un humanitaire de Tripoli passe pour un suspect

Rami Finge à l’œuvre. Photo Pat. K.

Bienfaiteur, secouriste, samaritain, un dentiste de Tripoli s’illustre par son militantisme humanitaire aconfessionnel et ses actions charitables sur le terrain, au service des plus démunis, mais aussi des activistes dans la capitale du Liban-Nord, devenue au fil des guerres de toutes sortes la ville la plus pauvre de la Méditerranée.

Fils de dentiste et de l’une des premières femmes psychanalystes du Liban-Nord, Rami Finge, 55 ans, a fait ses études à Montpellier, dans le sud de la France, avant de rentrer dans sa ville natale. « Mon frère, qui est médecin, a, lui, préféré rester en France il y a 38 ans. Pas moi. Même en vacances hors du Liban, j’ai toujours su que là où j’irai, je serai un étranger », explique-t-il à L’Orient-le Jour en indiquant que, bien que son choix personnel soit clair, il avait décidé d’envoyer son fils aîné, 23 ans, au Canada pour lui assurer un avenir.

Rami Finge et sa camionnette rouge sont bien connus dans les rues de Tripoli où, dans la foulée du soulèvement populaire du 17 octobre 2019, il distribuait de la nourriture aux militants avant de lancer une soupe populaire baptisée « Cuisine de la révolution ». Durant ces journées de grande tension, il faisait aussi l’intermédiaire entre la police et les manifestants pour rouvrir les routes, minimiser les risques de dégâts matériels ou prévenir les actes de vandalisme.

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Lors du premier confinement de mars 2020, tous les jours au volant de son véhicule, Finge, grand de taille et au physique robuste, transportait deux grandes marmites de nourriture dans les quartiers les plus pauvres de Tripoli pour les distribuer aux nécessiteux.

Convoqué par la police

Depuis son jeune âge, Rami Finge a travaillé dans l’humanitaire et a toujours su qu’il n’était pas facile de vivre au Liban.

En février dernier, il a été convoqué par la police pour être entendu sur la « distribution de nourriture aux militants ». « À Tripoli, nous sommes nombreux à nous mobiliser pour soutenir les moins nantis. Nous payons de notre propre argent pour aider les habitants de la ville », souligne-t-il.

« Je sais que cela ne sera pas ma dernière interpellation. L’officier qui m’a convoqué était très gêné en m’interrogeant. Il y a plus de 20 ans, j’étais son témoin de mariage. Tous les gendarmes du poste de police me connaissent et savent que je suis un pacifiste. » Ils voulaient savoir qui « finançait la cuisine populaire », rapporte-t-il, une pointe d’amertume dans la voix. « La cuisine populaire, nous la finançons tous, nous sommes un groupe de personnes qui partagent le même rêve pour le Liban, un pays indépendant, souverain et laïc, un État surtout qui respecte ses citoyens », dit-il.

Après sa convocation et pendant plusieurs jours, certains services de sécurité du gouvernement libanais lui ont adressé des menaces par téléphone, affirme-t-il en précisant que ses interlocuteurs l’ont « tout simplement informé qu’ils pouvaient fabriquer des dossiers et des accusations pour m’arrêter. Ils ne m’intimideront pas. D’ailleurs, c’est ce que je leur ai fait savoir ».

Aujourd’hui, faute de moyens, Rami Finge et un groupe de jeunes bénévoles distribuent trois fois par semaine des plats chauds à une centaine de familles du quartier de Bab el-Tebbané.

La « Cuisine de la révolution » a vu le jour après le 17 octobre 2019. Photo Pat. K.

Concerts de Noël interconfessionnels

Alors que de violents combats faisaient rage il y a des années à Tripoli entre les quartiers de Jabal Mohsen (alaouite) et Bab el-Tebbané (sunnite), Rami Finge militait déjà pour la convivialité en organisant notamment des concerts de Noël où étaient conviés chrétiens et musulmans. « C’est ainsi que j’ai grandi. Je viens d’une famille musulmane, mais depuis ma tendre enfance, je me souviens du sapin de Noël que nous placions au salon. Je suis croyant et je peux prier partout, dans une église ou une mosquée, à ma façon », ajoute-t-il.

Avec le début du soulèvement du 17 octobre 2019, il a retrouvé ce qui fait l’âme de sa ville, un lieu accueillant, et des habitants bienveillants et ouverts à la discussion. La capitale du Liban-Nord avait même été surnommée durant quelques mois « la fiancée de la révolution ».

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« J’ai beaucoup travaillé dans le caritatif au Liban et dans les pays de la région à travers le Rotary Club et j’ai longtemps été aussi secouriste de la Croix-Rouge libanaise », dit-il. Il se souvient des secours qu’il avait distribués au cours de la guerre de 1989 entre le général Michel Aoun et l’armée syrienne, et celle de 1990 qui avait opposé Aoun aux Forces libanaises. Il se rappelle également des combats entre le mouvement chiite Amal et le Hezbollah en 1988.

« Je n’arrive pas à oublier ce que j’ai vécu en tant que secouriste sur le terrain, les victimes que j’ai aidées ou encore les dizaines de corps que j’ai ramassés pendant ces guerres interlibanaises. Il est temps que les choses changent, que l’on en finisse avec tous ceux qui se sont arrogé le droit de nous tuer », affirme Rami Finge.

« Je m’attends dans l’avenir à encore plus d’atteintes aux libertés, mais cela ne m’empêchera pas de faire mon travail auprès de la communauté et ne me poussera pas à partir », assure-t-il d’un air résolu. Et de souligner : « La situation est sombre actuellement, mais je garde l’espoir. Les choses changeront, les jeunes lutteront pour un Liban laïc et souverain. J’en suis sûr. Cela ne sera pas facile, il faut juste tenir bon. »


Bienfaiteur, secouriste, samaritain, un dentiste de Tripoli s’illustre par son militantisme humanitaire aconfessionnel et ses actions charitables sur le terrain, au service des plus démunis, mais aussi des activistes dans la capitale du Liban-Nord, devenue au fil des guerres de toutes sortes la ville la plus pauvre de la Méditerranée.Fils de dentiste et de l’une des premières femmes...

commentaires (2)

On se demande comment les policiers et certains membres de l’armée continuent à exécuter les ordres des vendus et quel est leur but? Il faut mettre fin à cette collaboration qui minent les libanais, eux qui misent sur la désobéissance de toute part pour arrêter l’hémorragie. Une désobéissance doit naître aux sein des institutions publiques pour signifier aux vendus qu’ils n’ont plus leur mot à dire. C’est par la que commence une rébellion en bonne et due forme. Des brebis galeuses qui gangrènent toutes les institutions devraient être chassées de leurs postes sans ménagement.

Sissi zayyat

12 h 16, le 31 mars 2021

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Commentaires (2)

  • On se demande comment les policiers et certains membres de l’armée continuent à exécuter les ordres des vendus et quel est leur but? Il faut mettre fin à cette collaboration qui minent les libanais, eux qui misent sur la désobéissance de toute part pour arrêter l’hémorragie. Une désobéissance doit naître aux sein des institutions publiques pour signifier aux vendus qu’ils n’ont plus leur mot à dire. C’est par la que commence une rébellion en bonne et due forme. Des brebis galeuses qui gangrènent toutes les institutions devraient être chassées de leurs postes sans ménagement.

    Sissi zayyat

    12 h 16, le 31 mars 2021

  • sans autre commentaire dorenavant utile, il faut croire que la folie s'est propagee a une vitesse superieure a celle du covid-19. QUE DIEU AIT PITIE DE NOUS !

    gaby sioufi

    11 h 16, le 30 mars 2021

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