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Santé - Congrès

Comment la recherche sur le VIH a bénéficié au Covid-19

Pour son édition 2021, la Conférence internationale sur les rétrovirus et les infections opportunistes a consacré la majorité de ses travaux à la pandémie.

Comment la recherche sur le VIH a bénéficié au Covid-19

La recherche sur le Covid-19 plane sur la majorité des rencontres scientifiques dans le monde. Photo Bigstock

L’ombre du Covid-19 qui sévit depuis plus d’un an dans le monde plane sur toutes les rencontres scientifiques qui consacrent désormais la majorité des interventions à cette pandémie. C’était le cas récemment de la Conférence internationale sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) qui s’est tenue en mode virtuel – pandémie oblige. Les travaux de cette rencontre, traditionnellement dédiée aux dernières découvertes et études en matière de VIH, se sont essentiellement penchés sur le Covid-19.

« Naturellement, avec l’émergence de l’épidémie, les infectiologues dans le monde se sont fait du souci pour les personnes vivant avec le VIH », explique à L’Orient-Le Jour Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses. La crainte était de voir se développer des formes graves du Covid-19 parmi cette population.

Cette peur a été toutefois atténuée par les résultats d’une vaste étude menée en Espagne sur 70 000 personnes séropositives dont certaines avaient contracté le SARS-CoV-2, quelques mois après le début de l’épidémie. Ce travail avait alors conclu que si l’état immunitaire de la personne vivant avec le VIH est stable et sa charge virale est indétectable, « elle n’avait pas plus de risques de développer une forme grave du Covid-19 que n’importe quel autre individu qui ne présente aucune pathologie », souligne le Dr Mokhbat. Des résultats corroborés par d’autres études menées dans plusieurs centres au monde.

Un constat qui a soulevé de nombreuses questions, comme celle de savoir si les traitements antirétroviraux avaient un effet contre le coronavirus. D’ailleurs, au tout début de l’épidémie, le lopinavir, l’un des médicaments administrés aux personnes vivant avec le VIH, avait été évoqué comme un possible traitement contre le Covid-19. « Les infectiologues ont remarqué que la grande majorité de leurs patients séropositifs contaminés par le coronavirus n’ont pas eu besoin d’hospitalisation, encore moins de soins médicaux à domicile, comme l’oxygénation ou la prise de corticoïdes, fait remarquer le Dr Mokhbat. Ils n’ont pas non plus développé un état inflammatoire grave, appelé orage cytokinique. L’une des hypothèses évoquées à ce niveau reste la possibilité que l’infection au VIH entraîne une altération de la réponse immunitaire, inhibant ainsi la potentielle réaction cytokinique. »

Les raisons pour lesquelles les personnes séropositives pourraient être mieux protégées contre les formes graves du Covid-19 restent toujours méconnues. Plusieurs hypothèses ont été évoquées dans ce cadre, comme l’âge de ces patients, la majorité d’entre eux ayant moins de 60 ans, ou encore le fait qu’ils n’affichent pas une obésité. Les personnes séropositives souffrent souvent de troubles lipidiques (taux élevé dans le sang de cholestérol et/ou des triglycérides) et glycémiques à cause des traitements antirétroviraux. Ils sont donc appelés à suivre une bonne hygiène alimentaire qui prévient la surcharge pondérale et l’obésité. De plus, nombre de ces patients sont fumeurs. Or, le tabagisme est un important facteur de risque des atteintes pulmonaires. Les études dans ce cadre se poursuivent.

Recherche en plateau

Les travaux de ce congrès, le plus important dédié au VIH, se sont penchés sur une comparaison entre les deux pandémies. « Les deux virus sont épidémiques, avance le Dr Mokhbat. Tous deux se transmettent d’un être humain à un autre. Le SARS-CoV-2 se transmet par voie respiratoire – donc plus rapidement – et le VIH par voie sexuelle. Par ailleurs, le SARS-CoV-2 se développe très rapidement en l’espace de quelques jours à deux semaines, et la forme grave du Covid-19 est due à une exacerbation des réactions inflammatoires. En revanche, le VIH met du temps – la période peut s’étendre jusqu’à des années – pour se développer et entraîne une altération des réponses inflammatoires. Il est vrai que la structure des deux virus est différente, mais la même technologie est utilisée pour effectuer le test diagnostic. Il s’agit d’une PCR. Ce test a d’ailleurs vu le jour en raison de l’épidémie de sida. Enfin, le VIH sévit principalement dans les pays pauvres, alors que le Covid-19 touche la planète tout entière. »

Du côté de la recherche, celle dédiée au VIH est en plateau depuis plus d’un an. « Les virologues qui se penchaient sur le VIH se consacrent depuis le début de l’épidémie au coronavirus, note le Dr Mokhbat. En 2020, la majorité des articles scientifiques étaient ainsi réservés au Covid-19. De leur côté, les laboratoires pharmaceutiques ont axé leurs activités sur le développement d’un vaccin ou d’un traitement contre le Covid-19. Et c’est ce travail effectué pendant de longues années sur le VIH qui a permis le développement rapide des vaccins contre le Covid-19. »

Alors que chaque année de nouvelles recommandations pour la prise en charge du sida sont émises, rien n’a été annoncé cette année. « La principale nouvelle piste de recherche annoncée reste le travail mené sur la prophylaxie préexposition (PrEP), avec pour objectif de développer une pilule ou une injection à long court qui agirait sur une durée de trois à quatre semaines », conclut le Dr Mokhbat.


L’ombre du Covid-19 qui sévit depuis plus d’un an dans le monde plane sur toutes les rencontres scientifiques qui consacrent désormais la majorité des interventions à cette pandémie. C’était le cas récemment de la Conférence internationale sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) qui s’est tenue en mode virtuel – pandémie oblige. Les travaux de cette...

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