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Moyen-Orient - Égypte

Ahmed Samir Santawy, énième victime de la répression tous azimuts du pouvoir

L’étudiant et chercheur égyptien en anthropologie est détenu depuis deux mois pour des motifs vraisemblablement liés à ses travaux académiques.

Ahmed Samir Santawy, énième victime de la répression tous azimuts du pouvoir

Rassemblement organisé par des étudiants de la même université qu’Ahmed Samir Santawy à Vienne, pour demander sa libération. Photo DR

« Ma vie n’a pas changé. Elle s’est arrêtée. » La gorge nouée par l’émotion, Souheila Yildiz raconte la blessure béante infligée par l’absence de son fiancé, Ahmed Samir Santawy, étudiant en anthropologie à la Central European University (CEU), basée à Vienne, et arrêté lorsqu’il était de passage en Égypte, son pays natal, le 1er février dernier. « Ahmed n’est pas juste mon partenaire. Il est toute ma vie, ma famille, mon compagnon, mon meilleur ami. Nous avons étudié ensemble en Égypte entre 2008 et 2012. On se connaît depuis tellement longtemps », livre la jeune femme à L’Orient-Le Jour. « Le plus difficile, c’est qu’en deux mois, je n’ai pas eu droit à une seule connexion directe car nous ne sommes pas officiellement mariés. Il n’a pu recevoir que deux brèves visites, l’une de sa mère, l’autre de son père, en présence des forces de sécurité. Et la lettre que je voulais lui faire parvenir ne lui est jamais arrivée. »

Le cauchemar du couple commence le 23 janvier dernier. Sept policiers armés et masqués débarquent au beau milieu de la nuit, vers deux heures du matin, au domicile parental du jeune homme, dans la ville du Caire, alors qu’il n’y était pas. Ni mandat de perquisition ni mandat d’arrêt pour fouiller tous les recoins de la maison mais un message clair à destination des parents : celui qu’ils recherchaient devait se présenter au plus vite à l’Agence de la sécurité nationale (NSA). Aucune raison n’est donnée à la famille. Ahmed se rend à la station de police la plus proche une semaine plus tard, le 30 janvier, avec son père. On le somme de revenir dans deux jours. Entre-temps, il fait preuve d’une certaine sérénité, parle à un avocat, confie à Souheila Yildiz – qui vit en Belgique et se prépare à lui rendre visite – que la requête policière relève du harcèlement ordinaire, visant à décourager ceux qui seraient tentés par l’organisation d’activités à l’occasion de l’anniversaire des dix ans de la révolution égyptienne. « J’ai atterri à Alexandrie le 1er février. L’idée était de passer du temps ensemble dans le pays avant de retourner en Europe. Mais je suis arrivée le jour où il a été victime d’une disparition forcée », confie la jeune femme. Durant cinq jours, aucune nouvelle ne parvient à la famille. Cinq jours durant lesquels, selon Amnesty International, Ahmed Samir Santawy a subi un interrogatoire les yeux bandés et a été roué de coups.

Aucune activité politique

Le 6 février, jour de sa comparution devant le parquet général de la Sûreté d’État (SSSP), toujours selon Amnesty, le procureur l’interroge sur ses études, sur le résultat de ses recherches autour de l’islam et de l’avortement, sur les questions qui lui avaient été posées précédemment par la NSA. Comme le procureur, celle-ci s’était intéressée à ses travaux universitaires. Elle le soupçonnait également d’être impliqué dans des activités en ligne hostiles au pouvoir, à travers notamment la page Facebook « 25 January Revolutionaries », une accusation que le jeune homme a toujours niée en bloc. Chercheur, oui. Militant, pas vraiment. « Il était à un moment de sa vie ou il voulait se concentrer sur sa carrière universitaire d’une part et sur nous en tant que couple d’autre part. Il n’était pas du tout actif politiquement », dit Souheila Yildiz. Mais pour le pouvoir, c’est tout comme. Il y a des objets de recherche qui constituent une menace à ses yeux. La question des droits des femmes en islam, et plus particulièrement celle de leurs droits reproductifs en fait partie. Or c’est ce à quoi le jeune homme se consacre depuis des mois, alors que le contexte local est marqué par la multiplication des offensives contre les droits des femmes et de la communauté LGBT+.

Pour mémoire

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Des circonstances politiques et juridiques qui rendent toute action, même si elle n’est pas revendiquée comme étant politique, dangereuse pour le régime. « Les autorités rejettent toute critique relative à leur approche, quel que soit le sujet, y compris concernant le genre. En témoigne l’arrestation de Patrick Georges Zaki en février 2020, un autre chercheur dans le domaine, toujours en détention », commente Hussein Baoumi, spécialiste de l’Égypte au sein d’Amnesty International. « Le but est d’abord de punir ceux qui sont considérés comme une menace, mais aussi d’envoyer un message à ceux qui étudient ces problématiques, à savoir qu’il y a des lignes rouges à ne pas franchir. Cela vise à décourager la liberté académique, pas seulement en Égypte mais aussi pour les ressortissants égyptiens qui étudient à l’étranger ou pour les non-Égyptiens qui souhaiteraient se rendre dans le pays. »

Ahmed Samir Santawy, étudiant en anthropologie à la Central European University, basée à Vienne, a été arrêté lorsqu’il était de passage en Égypte, son pays natal, le 1er février dernier. Photo DR

Prolongations

Les avocats de M. Santawy ont beau avoir demandé à ce que leur client soit référé à une autorité médico-légale pour l’examen des blessures contractées au cours de sa détention par la NSA, leurs requêtes sont restées lettre morte. Le procureur ordonne le placement de l’étudiant en détention pour 15 jours, dans l’attente des conclusions d’une enquête ouverte pour « appartenance à un groupe terroriste », « diffusion de fausses informations » et « utilisation d’un compte sur les réseaux sociaux pour diffuser de fausses informations ». Les avocats d’Ahmed Santawy ont appris le renouvellement de son emprisonnement de 15 jours supplémentaires une première fois le 17 février dernier... Le chercheur est toujours derrière les barreaux aujourd’hui. « Dans les faits, ce renouvellement se déroule au cours d’audiences où l’accusé et ses avocats sont absents », commente M. Baoumi. Selon lui, le jeune homme pourrait faire face à des mois, voire des années de détention sans procès. Le procureur peut ainsi réaffirmer toutes les deux semaines son incarcération durant 150 jours, jusqu’à ce qu’un juge du circuit chargé des affaires de terrorisme décide de son maintien en détention ou de sa libération, ce qui arrive rarement.

Face au calvaire d’Ahmed, l’université se mobilise autant que faire se peut pour sensibiliser la communauté internationale sur son sort. « Les étudiants s’organisent depuis un mois pour exiger la libération d’Ahmed Samir que ce soit à travers les réseaux sociaux en ciblant les médias, les chercheurs, ou les autorités au niveau européen et américain puisque notre faculté est basée en Autriche et aux États-Unis. Il y a un triste précédent avec Patrick Zaki et nous avons peur que la même chose arrive à Ahmed », affirme Elettra Repetto, étudiante dans la même institution qu’Ahmed Samir Santawy. Des rassemblements ont déjà eu lieu à Berlin, à Vienne ou encore à Bruxelles. Selon les ONG, près de 60 000 détenus d’opinion croupissent dans les geôles égyptiennes mais le régime a pu bénéficier d’une certaine complaisance occidentale pour des raisons commerciales ou stratégiques. « Aux autorités européennes, je voudrais juste dire que la question des droits humains n’est pas une affaire de politique intérieure. C’est l’affaire de tous. Elle doit passer avant les intérêts économiques », lance Souheila Yildiz.

« Ma vie n’a pas changé. Elle s’est arrêtée. » La gorge nouée par l’émotion, Souheila Yildiz raconte la blessure béante infligée par l’absence de son fiancé, Ahmed Samir Santawy, étudiant en anthropologie à la Central European University (CEU), basée à Vienne, et arrêté lorsqu’il était de passage en Égypte, son pays natal, le 1er février dernier. « Ahmed n’est pas juste mon partenaire. Il est toute ma vie, ma famille, mon compagnon, mon meilleur ami. Nous avons étudié ensemble en Égypte entre 2008 et 2012. On se connaît depuis tellement longtemps », livre la jeune femme à L’Orient-Le Jour. « Le plus difficile, c’est qu’en deux mois, je n’ai pas eu droit à une seule connexion directe car nous ne sommes pas officiellement mariés. Il n’a pu recevoir que deux brèves...
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