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Une question de souveraineté

Seize ans déjà… Un peu plus d’une décennie et demie s’est écoulée depuis le gigantesque et historique rassemblement du 14 mars 2005 au centre-ville, qui avait boosté la révolution du Cèdre et pratiquement donné le coup d’envoi du courant souverainiste du 14 Mars. Nombre de jeunes n’ont évidemment pas vécu cette étape charnière de l’histoire contemporaine du Liban et certains d’entre eux ne sont pas de ce fait totalement conscients de la véritable dimension de l’événement, lequel était pourtant porteur d’un ambitieux projet politique qui reste aujourd’hui encore au centre du débat national.

Les slogans « Syria Out » et « Liban d’abord » avaient caractérisé la campagne médiatique du 14 Mars, résumant un enjeu fondamental qui demeure d’une brûlante actualité, en l’occurrence : se soustraire à toute occupation ou tutelle étrangère; se tenir à l’écart des conflits régionaux ; faire prévaloir la « culture du lien » (expression chère à Samir Frangié), et la « culture de la vie » par opposition à la « culture de la mort », avec tout ce que cela implique comme Politiques (au sens large du terme) permettant de ne plus s’impliquer dans des guerres sans horizons – les « guerres des autres » dont les Libanais n’ont que faire – pour placer, enfin, le Liban sur la voie du redressement, du développement socio-économique, de la prospérité, d’une réelle paix civile, et de la recherche d’un équilibre interne durable.

Seize années plus tard, force est de relever que nous faisons toujours du surplace sur ce plan et que peu de progrès – ou pas du tout – ont été enregistrés dans la réalisation de ces grands objectifs nationaux qui restent plus que jamais de mise, à la différence que « Iran Out » remplace aujourd’hui « Syria Out ». Cette variante illustre cependant à elle seule (il est nécessaire de le relever) le cœur du problème libanais, la source principale de tous les maux auxquels le pays est confronté depuis des décennies. En clair, la question centrale de la souveraineté spoliée, du fait des ingérences et interférences étrangères, se pose depuis au moins la fin des années 60 (pour ne pas remonter à plus loin). Certains se souviendront des déclarations quasi quotidiennes de Pierre Gemayel dans les années 70 sur la priorité à accorder au problème des atteintes à la souveraineté. En ce sens, l’esprit – le projet – souverainiste du 14 Mars demeure au cœur de l’actualité.

Certes, une partie de la classe dirigeante n’a pas toujours fait preuve, avant même la guerre de 1975, d’un sens élevé des responsabilités. La corruption à grande échelle – surtout ces dernières années –, la mauvaise gouvernance, l’affairisme galopant, les pratiques de ceux que Fouad Chehab qualifiait de « fromagistes », le peu d’intérêt accordé à la chose publique, et dans certains cas (surtout récemment) les ego personnels démesurés, ont miné l’État central. Mais il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg, l’arbre qui cache la forêt.

Depuis la signature de l’accord du Caire de 1969 et le repli vers le territoire libanais des organisations palestiniennes armées, après leur conflit avec le pouvoir jordanien en 1970, le Liban est devenu un abcès de fixation régional, un terrain de manœuvres et de confrontations « par proxy » (pour reprendre le terme de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller de Jimmy Carter), entre les différents acteurs régionaux. Depuis plus de 50 ans, toute tentative de stabilisation du Liban sur des bases solides a été, au fil des années, torpillé à la base par l’un ou l’autre de ces acteurs régionaux.

Cette détermination étrangère à empêcher toute entreprise de stabilisation, de redressement durable, ou même de rapprochement entre les factions libanaises, explique la liquidation systématique de tous les grands leaders libanais qui risquaient par leur action et leur charisme de rétablir sérieusement l’autorité de l’État, de recouvrer la souveraineté nationale, ou d’initier une entente interne solide, ou aussi tout simplement d’entraver la liberté de manœuvre de puissances régionales en terre libanaise. La liste sur ce plan est longue : la tentative d’assassinat de Pierre Gemayel à Nahr el-Kalb au début de la guerre ; l’attentat manqué visant la liquidation collective de tout le directoire du Front libanais lors de l’une de ses réunions ; la disparition de l’imam Moussa Sadr en 1978 ; les assassinats de Kamal Joumblatt, du mufti Hassan Khaled, des présidents Béchir Gemayel et René Moawad, de Rafic Hariri, de Georges Haoui (qui fut le premier pôle de l’alliance palestino-progressiste à initier une réconciliation avec le camp chrétien au début des années 2000). Sans compter la série d’assassinats qui a visé des personnalités de premier plan du 14 Mars, dans le cadre de la « contre-révolution » lancée par l’axe Damas-Téhéran pour torpiller le projet souverainiste transcommunautaire qui avait émergé après l’attentat du 14 février 2005.

Aujourd’hui, l’opération « Halte à la stabilisation » est prise en main – continuité oblige – par le Hezbollah pour le compte cette fois-ci de l’Iran. Et c’est à ce niveau que se situe la grande portée de l’initiative salvatrice du patriarche maronite Béchara Raï visant à obtenir un statut de neutralité pour le Liban. Car il est peut-être grand temps que les Libanais puissent aspirer à ne plus subir les effets de la fonction de déversoir des tensions régionales imposée à leur pays depuis plus d’un demi-siècle.


Seize ans déjà… Un peu plus d’une décennie et demie s’est écoulée depuis le gigantesque et historique rassemblement du 14 mars 2005 au centre-ville, qui avait boosté la révolution du Cèdre et pratiquement donné le coup d’envoi du courant souverainiste du 14 Mars. Nombre de jeunes n’ont évidemment pas vécu cette étape charnière de l’histoire contemporaine du Liban et...

commentaires (5)

1969, 1982,1988, 2005, 2006, 2007, 2009, 2016 pour cloturer la serie des dates fatidiques qui ont ruine notre pays , qui l'ont mene a sa perte irremediable, par la grace d'acteurs aujourd'hui moribonds mais qui resistent qd meme !

gaby sioufi

17 h 42, le 16 mars 2021

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Commentaires (5)

  • 1969, 1982,1988, 2005, 2006, 2007, 2009, 2016 pour cloturer la serie des dates fatidiques qui ont ruine notre pays , qui l'ont mene a sa perte irremediable, par la grace d'acteurs aujourd'hui moribonds mais qui resistent qd meme !

    gaby sioufi

    17 h 42, le 16 mars 2021

  • Excellent article qui résume les vrais maux du Liban.

    carlos achkar

    17 h 22, le 16 mars 2021

  • Et les libanais dans leur ensemble continuent à répéter ce que les vendus leur disent. C’est un complot international,pour anéantir le pays et nous n’avons d’autre choix que de subir leur dictature en nous asservissant et en courbant l’échine. Alors que le problème est le même depuis des décennies. Le manque de patriotisme et d’honnêteté des responsables politiques qui a chaque crise se précipitent pour s’allier avec les vendus dans le but d’avoir un poste, un titre ou une fonction de laquelle ils pourraient tirer un profit personnel en s’enrichissant sur le dos du peuple. Quel pays a poussé les dirigeants à piller les caisses? A céder le pouvoir aux vendus au lieu de s’unir autour de cette nation et les dégager puisqu’ils représentaient l’autorité et détenaient les lois qui leur permettaient de le faire. Au lieu de ça ils ont vaqué à leur première mission qui est d’assécher les caisses et laisser faire les vendus qu’ils continuent à appuyer pour rester à leurs postes. De quel complot parle t-on sinon d’un complot libano-libanais qui nous mène droit dans l’enfer que les vendus ont pris la peine d’attiser son feu et nous propulser la dedans.

    Sissi zayyat

    12 h 31, le 16 mars 2021

  • C,EST UNE QUESTION EXISTENTIELLE AVANT D,ETRE DE SOUVERAINETE. SI ON N,EXISTE PAS COMME NATION TOUTE AUTRE ASPIRATION SERAIT SUPERFLUE. AVEC LES MERCENAIRES IRANIENS ET LEUR PARAVENT CPL LE LIBAN DE LA COEXISTENCE N,EXISTE PAS. DONC L,ETAT N,EXISTE PAS. DONC LE PAYS N,EXISTE PAS. ENLEVER CES DEUX FLEAUX ET LE PAYS EXISTERA.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 42, le 16 mars 2021

  • Le problème d'aujourd'hui vient de ce que la révolution de 2005 n'a pas été menée à son terme. Sans réclamer une chasse aux sorcières suivie d'exécutions sommaires comme lors de la Libération en France, il aurait été au moins logique d'écarter du pouvoir ceux qui avaient collaboré avec l'ennemi syrien. Or, au contraire, pour de basses considérations électorales, on a accepté de s'allier à des partis étrangers, syrien ou iranien.. Il est ahurissant que, dans un pays qui se veut souverain, on tolère un parti syrien et une milice illégale, et de plus, armée, financée et dirigée par un pays étranger. Plus encore, qu'on leur accorde le droit d'avoir des représentants à la Chambre et au gouvernement!

    Yves Prevost

    07 h 07, le 16 mars 2021

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