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Moyen-Orient - Reportage

Au pape, l’Irak offre un chemin de croix miniature... et un bout de son histoire

Hier, le président Barham Saleh a remis au souverain pontife, en cadeau de bienvenue, une petite plaque de bronze, reproduction de la sixième station, « Véronique essuie le visage de Jésus », supervisée par Yasser Hikmat, fils du sculpteur irakien Mohammad Ghani Hikmat, décédé en 2011.

Au pape, l’Irak offre un chemin de croix miniature... et un bout de son histoire

Yasser Hikmat présente son œuvre, une miniature de l’une des 14 sculptures de son père, célèbre artiste irakien décédé en 2011, représentant les phases de la Passion du Christ dans l’église de Bagdad et offerte hier comme cadeau de bienvenue au pape François par la présidence irakienne. Mars 2021. Joseph Eid/AFP

C’est un petit morceau d’Irak que François emportera avec lui : un chemin de croix stylisé, d’un des sculpteurs les plus connus du pays, incrusté dans les murs d’une église de Bagdad et dont une copie miniature a été spécialement réalisée pour le premier pape à visiter Bagdad. Hier, le président irakien, Barham Saleh, qui a envoyé l’invitation officielle à l’origine de cette visite exceptionnelle, a remis au pape une petite plaque de bronze en cadeau de bienvenue. Yasser Hikmat, fils du sculpteur irakien Mohammad Ghani Hikmat, décédé en 2011, a supervisé personnellement depuis Beyrouth la réalisation de cette reproduction de la sixième station, « Véronique essuie le visage de Jésus », dans le plus grand des secrets. « C’est très symbolique de l’Irak, mon père était un artiste musulman qui a raconté en sculpture la Passion du Christ ; cela incarne le fait qu’il n’y a pas de discrimination entre les différentes composantes de l’Irak », affirme-t-il à l’AFP. Cet ouvrage est quatre fois moins grand que l’original qui, comme les 14 stations du chemin de croix de Hikmat, fait deux mètres de haut sur un mètre de large.

Mais derrière cette réalisation se cache en fait toute l’histoire récente du pays que le pape va parcourir du sud au nord jusqu’à lundi matin. En 1993, au moment où l’Irak subit de plein fouet l’embargo décrété par une communauté internationale décidée à en finir avec les velléités guerrières du dictateur Saddam Hussein, une église se construit tant bien que mal à Bagdad. L’église de l’Ascension, expropriée par un État socialiste qui possédait toutes les terres et pouvait les aménager à sa guise, se reconstruit sur un terrain attribué par les autorités dans le quartier populaire de Mechtel, au sein de la grande ceinture agricole de Bagdad.

« Belle reconnaissance »

Il faut plusieurs années pour rassembler les dons de 5 600 familles chaldéennes habitant alors les environs. Et la persuasion de l’Église pour obtenir de Mohammad Ghani Hikmat, l’artiste derrière la plupart des statues monumentales de Bagdad, un chemin de croix comme il n’en existe « aucun autre dans toutes les églises chaldéennes du monde », raconte à l’AFP le père Fadi Nadheer, prêtre de l’église de l’Ascension depuis son ordination en 2017. Hikmat s’enferme alors dans son atelier et rentre dans ce qu’il décrira plus tard comme une sorte de transe mystique. Le résultat est révélé quelques mois plus tard. L’artiste, surnommé le « cheikh des sculpteurs d’Irak », a taillé dans des blocs de pierre venus de la plaine de Ninive, bastion chrétien du Nord où le pape se rendra dimanche, les 14 stations du chemin de croix, de la condamnation du Christ à sa crucifixion puis sa mise au tombeau. Mais la scène n’est pas que biblique. Dans un coin de chaque bas-relief, une femme et un enfant apparaissent. Ils représentent le peuple irakien, étouffé par l’embargo et les guerres, des êtres mis au ban comme ceux que le Christ appelait à défendre selon les Évangiles.

Aujourd’hui, l’embargo est un lointain souvenir, mais l’église de l’Ascension n’est plus que l’ombre d’elle-même. Son imposante architecture, de style babylonien en briques jaunes typiques de l’Irak, et son parvis sont cachés par un mur de lourds blocs de béton installés en 2007 lors de la guerre civile. Sur les 5 600 familles chaldéennes des années 1990, seules 400 sont toujours là et rêvent pour beaucoup d’exil.

Malgré le calvaire quotidien dans un pays allé de guerre en crise politique ou économique depuis 40 ans, « notre église a été choisie comme cadeau officiel de l’Irak au pape, c’est une très belle reconnaissance », assure, passionné, le père Nadheer. C’est un « grand bonheur » pour les chrétiens de Mechtel, « mais aussi pour tous les Irakiens », se félicite le jeune ecclésiaste, soutane noire et petites lunettes assorties : « En venant ici, le pape dit au monde “Regardez l’Irak, occupez-vous des Irakiens, intéressez-vous plus à eux ”. »

Sarah BENHAIDA à Bagdad, avec Dylan COLLINS à Beyrouth/AFP

C’est un petit morceau d’Irak que François emportera avec lui : un chemin de croix stylisé, d’un des sculpteurs les plus connus du pays, incrusté dans les murs d’une église de Bagdad et dont une copie miniature a été spécialement réalisée pour le premier pape à visiter Bagdad. Hier, le président irakien, Barham Saleh, qui a envoyé l’invitation officielle à l’origine de cette visite exceptionnelle, a remis au pape une petite plaque de bronze en cadeau de bienvenue. Yasser Hikmat, fils du sculpteur irakien Mohammad Ghani Hikmat, décédé en 2011, a supervisé personnellement depuis Beyrouth la réalisation de cette reproduction de la sixième station, « Véronique essuie le visage de Jésus », dans le plus grand des secrets. « C’est très symbolique de l’Irak, mon père était un artiste...
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