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Moyen-Orient - Éclairage

François-Sistani : les enjeux d’une rencontre à Najaf

Le tête-à-tête entre le grand ayatollah et le souverain pontife va créer un environnement favorable à une ouverture vers les chrétiens.

François-Sistani : les enjeux d’une rencontre à Najaf

Les portraits du pape François et de l’ayatollah Sistani, sur une affiche géante à Bagdad. Sabah Arar/AFP

La visite du pape François en Irak sera historique à plus d’un niveau. Ce voyage, qui aura lieu du 5 au 8 mars, sera couronné samedi par une rencontre « privée » hautement symbolique à Najaf (Sud) avec le grand ayatollah chiite Ali Sistani, considéré parmi les personnalités les plus influentes dans la région actuellement.

Pour Saad Salloum, fondateur du Centre d’études pour la diversité religieuse et membre du Conseil irakien du dialogue interreligieux, « la boucle sera alors bouclée ».

En effet, après avoir initié le dialogue avec l’islam sunnite avec sa visite à al-Azhar au Caire en 2017, suivie de plusieurs rencontres avec le cheikh Ahmad el-Tayeb, le grand imam d’al-Azhar, une des plus hautes autorités du sunnisme, le pape veut initier un dialogue avec le monde chiite. Les relations avec l’islam sunnite, qui s’étaient dégradées sous son prédécesseur le pape Benoît XVI, ont été revigorées avec François, et elles ont culminé en février 2019, avec sa visite aux Émirats arabes unis, une première pour un pape dans la péninsule Arabique, avec la signature d’une déclaration interreligieuse de « fraternité » à Abou Dhabi. « Il manquait toutefois les chiites pour couronner la politique de la main tendue du pape vers les musulmans », explique Saad Salloum, alors qu’il y a près de 250 millions de chiites dans le monde (majoritaires notamment en Iran et en Irak mais aussi au Bahreïn et au Liban), et qui représentent 10 % des musulmans.

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Selon l’Agence catholique d’information, le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de l’Église catholique chaldéenne, a travaillé en coulisses pendant deux ans pour préparer le terrain à cette rencontre. Son idée a germé après la signature de la déclaration sur la fraternité humaine en février 2019 entre le pape et le cheikh d’al-Azhar. Le cardinal Sako a ainsi estimé que le pape devrait faire un geste semblable avec un leader chiite. Et dans ce contexte, Ali Sistani est la personne la plus qualifiée pour un tel rapprochement. En tant que Marjaa el-taqlid (source d’imitation), ce descendant du Prophète reconnaissable à son turban noir est parmi les chefs religieux les plus respectés et les plus honorés chez les chiites, au-delà même de l’Irak. « Cette visite va mettre sous la lumière ce haut lieu chiite et procurera une grande satisfaction pour cette communauté minoritaire dans l’islam et longtemps marginalisée politiquement », ajoute l’expert.

Positions modérées

L’importance de l’influent dignitaire de 90 ans, qui ne rencontre quasiment personne, tient sans nul doute à ses positions politiques modérées et pacifiques. Il est notamment favorable à la séparation de la religion et de l’État. Il a régulièrement appelé à la formation d’un gouvernement civil en Irak appuyant la volonté populaire, alors que le pays est plongé depuis près de deux ans dans une crise politique sans précédent. Depuis la chute de Saddam Hussein, et la reprise officielle du rôle de la marjaiya chiite de Najaf, Ali Sistani a toujours mis en valeur la citoyenneté irakienne. Selon M. Salloum, « ses discours étaient toujours adressés aux Irakiens, et pas aux chiites ». Malgré le fait qu’il apparaisse rarement en public, il est aujourd’hui la voix qui défend un Irak indépendant des ingérences étrangères, alors que l’Iran et les États-Unis, qui ont tous deux une présence en Irak, se font la guerre à travers leurs alliés respectifs.

La rencontre entre les deux religieux peut être perçue comme un signe de soutien du Vatican vis-à-vis du positionnement politique de Najaf. Elle pourrait toutefois être mal perçue par les Iraniens qui tentent de disputer à Najaf, via la ville de Qom, son rôle d’épicentre du monde chiite. Elle donnera ainsi plus de poids à Ali Sistani dans son opposition au chiisme iranien de la « wilayet el-fakih ».

Pour les chrétiens

Le tête-à-tête entre « les deux leaders aura un impact important sur la position de Najaf en tant que haut lieu du chiisme sur les chrétiens », explique Saad Salloum. Elle aura plus de visibilité dans le monde chiite et « attirera l’attention des fidèles de cette communauté qui considèrent Sistani comme leur leader spirituel et prendront connaissance de ses positions tolérantes envers les chrétiens ». Le bureau de Sistani a condamné depuis 2004 les premières attaques contre des églises chrétiennes en Irak. Cependant, certains observateurs locaux estiment que dans les villages reculés et dans certains milieux peu éduqués, il existe toujours des préjugés contre les « chrétiens impurs ». En recevant le pape François, « l’ayatollah Ali Sistani, qu’on peut qualifier de pape des chiites, à Najaf, le Vatican des chiites » pourrait faire évoluer cette mentalité.

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Ces dernières années, Ali Sistani a régulièrement rencontré des évêques et patriarches chrétiens de la région. Il a en outre rencontré plusieurs délégations du Vatican qui visaient à construire des ponts entre les deux communautés.

Cet entretien va donc créer un environnement favorable à une ouverture vers les chrétiens et les autres communautés, et au dialogue entre les religions. « Ce sera un tremplin important », estime M. Salloum, même s’il n’y aura pas cette fois une déclaration interreligieuse comme celle lancée à Abou Dhabi. Cette rencontre va ouvrir l’horizon des relations entre les chrétiens et les chiites au plus haut niveau, alors que les chrétiens d’Irak, qui représentent à peine 2 % de la population, ont dû fuir massivement les jihadistes de l’État islamique lorsque ce dernier a envahi le nord de l’Irak en 2014. Depuis le début des années 2000, la communauté chrétienne d’Irak s’est amenuisée, passant d’environ 1,5 million d’âmes, toutes confessions confondues, à une population estimée entre 300 000 et 500 000 personnes en 2020.

Durant sa visite de trois jours, le pape argentin de 84 ans visitera également la cité d’Ur, dans le désert méridional. « La visite du pape est la consécration d’un ancien rêve du pape Jean-Paul II qui voulait visiter Ur, le berceau du prophète Abraham, le père des trois religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islam », explique Saad Salloum. Ainsi, cette visite à Ur sera symboliquement l’ultime consécration de la fraternité entre l’islam et le christianisme.


La visite du pape François en Irak sera historique à plus d’un niveau. Ce voyage, qui aura lieu du 5 au 8 mars, sera couronné samedi par une rencontre « privée » hautement symbolique à Najaf (Sud) avec le grand ayatollah chiite Ali Sistani, considéré parmi les personnalités les plus influentes dans la région actuellement.Pour Saad Salloum, fondateur du Centre d’études...

commentaires (5)

Dire qu’au 21e siècle on continue à se quereller pour être toléré en tant qu’être humain parce qu’on appartient à une religion et pas une autre est plus que risible. Le jour où toutes les populations du monde comprendront que leur foi est une chose intime qui se pratique en toute discrétion puisqu’il s’agit d’une relation ou une croyance entre un individu et une divinité et que personne n’a le droit de s’approprier un dieu plus qu’un autre, alors il n’y aura plus de guerre ni de crimes au nom de dieu quelqu’il soit. Ceux qui monopolisent la foi en se prenant pour le dieu lui même et décident de la vie et de la mort des humains en fonction de leur croyance ne peuvent en aucun cas prétendre connaître un dieu et encore moins le représenter. Nous devons tous savoir que nous sommes des êtres humains égaux et assez intelligents pour refuser tous les intermédiaires entre le dieu que nous vénérons et nous mêmes. Cela relève de la supercherie que de prétendre le contraire surtout lorsque ces intermédiaires sont connus pour leurs crimes et leurs actions viles pour des intérêts personnels contraires à tout culte et toute religion. Croyants de tout bords débarrassez-vous de ces carcans séculaires qui n’ont rien à voir avec les croyances et la foi.

Sissi zayyat

13 h 49, le 05 mars 2021

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Commentaires (5)

  • Dire qu’au 21e siècle on continue à se quereller pour être toléré en tant qu’être humain parce qu’on appartient à une religion et pas une autre est plus que risible. Le jour où toutes les populations du monde comprendront que leur foi est une chose intime qui se pratique en toute discrétion puisqu’il s’agit d’une relation ou une croyance entre un individu et une divinité et que personne n’a le droit de s’approprier un dieu plus qu’un autre, alors il n’y aura plus de guerre ni de crimes au nom de dieu quelqu’il soit. Ceux qui monopolisent la foi en se prenant pour le dieu lui même et décident de la vie et de la mort des humains en fonction de leur croyance ne peuvent en aucun cas prétendre connaître un dieu et encore moins le représenter. Nous devons tous savoir que nous sommes des êtres humains égaux et assez intelligents pour refuser tous les intermédiaires entre le dieu que nous vénérons et nous mêmes. Cela relève de la supercherie que de prétendre le contraire surtout lorsque ces intermédiaires sont connus pour leurs crimes et leurs actions viles pour des intérêts personnels contraires à tout culte et toute religion. Croyants de tout bords débarrassez-vous de ces carcans séculaires qui n’ont rien à voir avec les croyances et la foi.

    Sissi zayyat

    13 h 49, le 05 mars 2021

  • GENOCIDE N,EST PAS D,EXTERMINER UNE ENTITE SEULEMENT PHYSIQUEMENT MAIS AUSSI DE LA POUSSER A FUIR CAD A EMIGRER CAD A LA CHASSER DES TERRES DE SES ANCESTRES LESEN LUI RENDANT LA VIE INSUPPORTABLE. CE SONT DES GENOCIDES DE CETTE SORTE QU,A CONNU L,IRAQ ET LA SYRIE ET QU,ENDURE AUJOURD,HUI LE LIBAN. LES TURCS EUX AVAIENT CHOISI LE GENOCIDE PHYSIQUE DES CHRETIENS.

    OLJ, SOUTENEZ-NOUS POUR QUE NOUS VOUS SOUTENIONS.

    11 h 31, le 05 mars 2021

  • Erreur de traduction dans le texte de l'article: al-taqlid = veut dire ici tradition et non pas imitation !!!

    Shou fi

    10 h 38, le 05 mars 2021

  • ALI SISTANI devrait etre la reference pour les chiites.....il est pour la separation de l eglise et de l Etat et pour la souverainete de l Irak.......rien a voir avec la mafia qui gouverne l Iran et ses pions dans les pays arabes.

    HABIBI FRANCAIS

    09 h 33, le 05 mars 2021

  • ANTOM JEZE2 MENNA DIT LA PANCARTE. BRAVO A SISTANI. MAIS QU,EN EST-IL RESTE COMME JEZE2 DES MILLIONS DE CHRETIENS DE L,IRAQ DU DEBUT DU XXE SIECLE POUR NE PAS DIRE PLUS AVANT. OBLIGES D,EMIGRER A CAUSE DU FANATISME MUSULMAN QUI LES STIGMATISAIENT ET QUI LEUR RENDAIT LA VIE INSUPPORTABLE. MEME CHOSE EN SYRIE. GENOCIDES REPETEES EN TURQUIE. - QUE VENEZ-VOUS FAIRE VOTRE SAINTETE EN IRAQ ?

    OLJ, SOUTENEZ-NOUS POUR QUE NOUS VOUS SOUTENIONS.

    09 h 19, le 05 mars 2021

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