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Culture - Poésie

Akl Awit contre « le tueur qui s’acharne à tuer »

Avec son treizième recueil, « Al-rabe’ men ab 2020 » (Le 4 août 2020, Sharq al-Kitab, 89 pages), le poète et journaliste signe un manifeste pour dénoncer un crime contre l’humanité. 

Akl Awit contre « le tueur qui s’acharne à tuer »

Akl Awit : « Qui es-tu, qui es-tu, toi pays tué ? » Photo DR

Si le chiffre 13 représente, pour les superstitieux, un signe de malheur, le hasard (ou l’ironie du sort ?) a voulu que le treizième opus de Akl Awit soit inspiré du tragique événement de la double explosion du port le 4 août 2020. Aujourd’hui encore, sept mois plus tard, le spectacle du port de Beyrouth ne quitte pas ses rétines. Lui qui a vécu, à son corps défendant, le souffle de la tragédie au plus près de sa chair et de son esprit. Car au moment de l’apocalyptique conflagration, il était à deux doigts des lieux, dans son bureau de l’immeuble an-Nahar, dans le centre-ville, à vaquer à son écriture journalistique. Les vitres ont volé en éclats pour le plonger dans ce carnassier trou noir qui a englouti aveuglément la ville...

Pour le critique littéraire, journaliste et professeur universitaire de soixante-neuf ans, l’écriture n’a jamais été sage ou tiède. Son intervention par le biais d’un éditorial polémique lors de la guerre américaine contre l’Irak en 2003 lui a d’ailleurs valu la houleuse confrontation avec les tribunaux.

Oui, les mots du poète ne sont pas lénifiants. Ils sont écrits pour déranger, bousculer les consciences. La poésie n’est pas toujours pour faire des rimes et du beau. Elle a aussi le devoir (et le pouvoir) d’accuser, de mettre le doigt sur la plaie, de crever l’abcès. De dire à mots couverts ou scintillants ce que tous savent ou feignent d’ignorer.

Dans L'Orient Littéraire

Poème d’ici de Akl Awit

Et c’est dans cette optique que se dirige Al-rabe’ men ab 2020 (Le 4 août 2020, Sharq al-Kitab, 89 pages), recueil écrit à chaud, sous les coups de la colère, de l’injustice, d’une vaine absurdité. Dans une prose poétique somptueuse, vibrante dans ses accents de dénonciation, entre soupir et invective, trépidation et silence, déréliction et consolation. Une poésie libérée de ses métriques et rimes, habitée de tant d’images. En qualifiant son écriture « de tragique et apocalyptique pour un manifeste poétique d’un crime contre l’humanité », Akl Awit tente de sortir de l’ombre « ce tueur qui s’acharne à tuer ». Et surtout, tueur qui vise à conduire le pays vers la décomposition, la pourriture, l’anarchie, l’isolement et la servitude.


Le treizième opus de Akl Awit est inspiré du tragique événement de la double explosion du port le 4 août 2020. Photo DR


Chant d’amour

Mais ce long poème qui navigue sur les rives des ténèbres adresse aussi, sous l’impulsion de la nostalgie, un chant d’amour à une ville passionnément chérie et idolâtrée.

Oui, beaucoup de villes ont été agressées. L’histoire nous en donne de multiples exemples. Mais en terre du cèdre, Beyrouth est unique dans son enterrement prolongé, recommencé. Un calvaire qui prend les allures d’une douteuse malédiction.

En ces pages mordues de blanc ou rageusement noircies, il y a ces mots du poète qui reviennent inlassablement : « Qui es-tu, qui es-tu, toi pays tué ? » Reste à se demander aussi qui est ce peuple soumis et inactif d’un pays bafoué et spolié jusqu’au trognon. Si les hommes du pouvoir ont rabaissé le discours politique au niveau de caniveau (par l’indigence des propos et les formulations de bas étage), Akl Awit de son côté redore le blason de la langue arabe. Il oppose une expression littéraire, une narration et une pensée qui ont du lustre, de la noblesse et surtout ce frémissement humaniste de la langue de Khalil Gebran, jetée à tort aux orties, à qui pourtant on doit tant d’égards… Surtout ceux de la souveraineté, du nationalisme et du patriotisme !

Dans L'Orient Littéraire

Chant à une ville aimée

Ce poème d’une bouleversante vision dantesque est accompagné d’une vidéo de quelques minutes signée Antoine Fadel qui circule sur les plateformes numériques.

Un homme, Joseph Bou Nassar, et trois femmes (deux comédiennes et une romancière) Julia Kassar, Anjo Rihane et Joumana Haddad, prêtent leurs voix pour donner chair à des vocables et des sonorités qui retracent ce moment où, dans l’effroi et l’incompréhension, tout dérape et se déglingue…. 


Si le chiffre 13 représente, pour les superstitieux, un signe de malheur, le hasard (ou l’ironie du sort ?) a voulu que le treizième opus de Akl Awit soit inspiré du tragique événement de la double explosion du port le 4 août 2020. Aujourd’hui encore, sept mois plus tard, le spectacle du port de Beyrouth ne quitte pas ses rétines. Lui qui a vécu, à son corps défendant, le souffle...

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