Portraits

Adieu Philippe Jaccottet

Adieu Philippe Jaccottet

© Ayse Yavas / Keystone

Le poète et traducteur suisse de langue française Philippe Jaccottet est décédé le 24 février 2021 à l’âge de 95 ans à Grignan dans la Drôme, où il vivait avec sa femme, l'artiste peintre Anne-Marie Haesler, depuis leur mariage en 1953.

Né le 30 juin 1925 à Moudon, dans le canton de Vaud en Suisse, Philippe Jaccottet s'installe avec sa famille à Lausanne en 1933. Poète dès son adolescence, il se lie d’amitié avec le poète et photographe Gustave Roud. Tout en suivant des études de lettres à l’Université de Lausanne, il publie son premier livre, Trois poèmes aux démons, en 1945. Ayant déménagé à Paris en 1948, il est engagé comme traducteur tout en publiant ses textes dans les revues, comme la Nouvelle Revue de Lausanne et La Nouvelle Revue française qu'il ouvrira à la littérature allemande.

En France, il se lie d'amitié avec de nombreux écrivains comme Francis Ponge, Jean Paulhan, Yves Bonnefoy, Jacques Dupin ou Pierre Leyris, et les échanges entre poètes l'aident à arrêter sa propre voix. Son recueil de poèmes L'Effraie (1953), paru aux éditions Gallimard dans la collection Métamorphoses dirigée par Jean Paulhan, marque un tournant dans son parcours qui sera jalonné d'une soixantaine d'ouvrages comprenant poésie, prose, essais et carnets.

Lauréat de plusieurs prix prestigieux, dont le Grand Prix de Poésie de la SGDL en 1998, le prix Goncourt de la poésie en 2003 et le prix Cino del Duca en 2018, il était l'un des rares poètes à être entré de son vivant dans la Pléiade, en 2014, après Saint-John Perse et René Char. Étudiés par de nombreux universitaires qui leur ont consacré thèses et mémoires, ses poèmes sont entrés dans la collection Gallimard/Poésie, avec notamment À la lumière d'hiver (1977) et La Semaison (1984).

Son métier de traducteur a occupé une place considérable dans sa vie et lui a valu le Grand prix national de traduction en 1987. Ses traductions ont fait connaître en France l'écrivain autrichien Robert Musil (L'Homme sans qualités), le Russe Ossip Mandelstam, l'Italien Giuseppe Ungaretti ainsi qu'une part considérable de Rilke, dont la Correspondance avec Lou Andreas-Salomé. On lui doit également la traduction de L'Odyssée d'Homère en vers de quatorze syllabes, des poésies d'Hölderlin et de Mort à Venise de Thomas Mann.

Dans son livre Un calme feu, paru aux éditions Fata Morgana et admirablement commenté par le poète libanais Issa Makhlouf dans la revue Europe (nov-déc. 2008), Philippe Jaccottet a raconté un périple qu’il a accompli en automne 2004 au Liban et en Syrie. À Baalbeck, devant cette « sorte d’immense harpe de pierre », il a cru entendre le Cantique des colonnes de Paul Valéry...

Jaccottet entretenait avec Makhlouf une correspondance dont on a extrait la lettre suivante, datée du 16 février 2010 :

Cher Issa Makhlouf,

Après des mois d’engourdissement, j’entame la réparation d’un retard généralisé dans mes lectures et mes correspondances, c’est-à-dire que toutes mes lettres commencent par le même mea culpa... Passons, ce n’est qu’une fatale et malencontreuse histoire d’âge.

J’ai donc enfin ouvert votre livre, votre « lettre » qui méritait bien ce rare éditeur qu’est resté Corti. C’est un petit livre ardent et triste, mystérieux, émouvant – et qui, d’une certaine façon, bien que parisien en grande partie, m’a réentraîné vers votre Orient. Merci de me l’avoir fait lire – il était grand temps ! – et que votre travail se poursuive avec le même rayonnement !

Bien à vous,

Philippe Jaccottet

À signaler enfin que les derniers livres de l'écrivain, un recueil en prose, La Clarté Notre-Dame, et un bref recueil de poèmes, Le Dernier des madrigaux, seront en librairie le 4 mars, suivis par ses chroniques sur l'Art, écrites depuis 1956 (Bonjour, Monsieur Courbet), à paraître aux éditions du Bruit du Temps.


Le poète et traducteur suisse de langue française Philippe Jaccottet est décédé le 24 février 2021 à l’âge de 95 ans à Grignan dans la Drôme, où il vivait avec sa femme, l'artiste peintre Anne-Marie Haesler, depuis leur mariage en 1953.Né le 30 juin 1925 à Moudon, dans le canton de Vaud en Suisse, Philippe Jaccottet s'installe avec sa famille à Lausanne en 1933. Poète dès son...

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Il sculptait chaque mot et le mettait à sa place.

MGMTR

22 h 24, le 17 avril 2021

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Commentaires (1)

  • Il sculptait chaque mot et le mettait à sa place.

    MGMTR

    22 h 24, le 17 avril 2021

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