Les manifestants ont protesté devant la Banque du Liban, à Hamra. Capture d’écran
Ils étaient une centaine de personnes hier à crier leur colère contre les restrictions bancaires qui les empêchent de disposer librement de leur argent. Réunis d’abord place Riad el-Solh, dans le centre-ville de Beyrouth, les manifestants se sont ensuite dirigés vers le siège de la Banque du Liban (BDL), dans le quartier de Hamra, où certains ont lancé des pierres et des feux d’artifice en direction du bâtiment. Ce rassemblement, le troisième en une semaine, témoigne de la colère des Libanais face aux mesures strictes mises en place par leurs banques pour limiter l’accès à leurs dépôts sur fond de crise majeure et de dépréciation de la monnaie nationale. « C’est la première fois que je manifeste de ma vie », confie un septuagénaire à L’Orient-Le Jour sous le couvert de l’anonymat. « La situation n’est plus du tout supportable », reconnaît-il, masque vissé sur le visage. Mahmoud Soumaya, 65 ans, est lui aussi furieux. « J’ai passé 50 ans de ma vie en Australie. J’y ai passé toutes ces années à travailler, avant de rentrer ici pour ma retraite. Vous vous rendez compte de ce que cela représente ? Cet argent que je n’arrive pas à retirer, ce sont les économies de toute une vie », lance Mahmoud qui dit être venu de Tripoli spécialement pour prendre part à la manifestation. « Je suis prêt à aller jusqu’en Chine s’il le faut pour récupérer mon argent. Je me donnerai la mort plutôt que de les laisser mettre la main sur mes économies », crie-t-il.
Une manifestante venue du Sud évoque une situation similaire. « Nous avons passé des années à travailler dans les pays du Golfe. Là-bas, les Libanais n’ont pas droit à une retraite. Ils mettent de l’argent de côté dans les banques libanaises pour le récupérer quand ils seront rentrés », explique-t-elle à L’OLJ. « Or, notre argent est bloqué dans les banques au moment où nous en avons le plus besoin. Mes enfants sont bientôt en âge de s’inscrire à l’université, mais pas moyen de payer leurs frais universitaires si on continue comme cela », déplore-t-elle.
La manifestation a eu lieu à l’appel de l’Union des déposants et d’une autre organisation, l’Association des déposants. Un premier sit-in avait eu lieu mardi à l’initiative de l’Association des familles d’étudiants à l’étranger pour demander l’application de la loi votée en octobre 2020 qui contraint les banques à autoriser le transfert d’un montant annuel de 10 000 dollars sur la base d’un taux de 1 515 livres pour un dollar à tout étudiant inscrit à l’étranger pour l’année 2020-2021. Une seconde manifestation s’est tenue mercredi à l’appel de l’association Cri des déposants pour un rassemblement devant la direction de la TVA, à Adliyé (Beyrouth).
« Un billet de 50 000 LL ne vaut plus rien »
« Les pays les plus pauvres de la planète se portent mieux que nous », criait un des militants, installé sur une camionnette munie d’un haut-parleur. « Un billet de 50 000 LL ne vaut plus rien aujourd’hui. Le papier toilette a plus de valeur maintenant », lâche-t-il.
Parmi les protestataires, beaucoup de jeunes étudiants inquiets pour leur avenir. « Je n’ai pas encore de compte en banque, mais tout cela me fait peur », confie Lara, 21 ans, étudiante universitaire. « J’ai perdu tout espoir, mais je manifeste en me disant que je pourrais peut-être contribuer au changement, aussi minime soit-il », ajoute la jeune femme.
Karim Cheaïto, la vingtaine, est étudiant en psychologie et rêve de continuer ses études à l’étranger. « J’aimerais faire un master en France, mais c’est difficile avec toutes les restrictions bancaires. Je manifeste pour que les jeunes puissent continuer leurs études et pour que les déposants puissent avoir accès à leur argent », dit-il.
Même son de cloche du côté de Hiba Masri, enseignante de 28 ans, qui affirme craindre le pire. « J’ai fait des études et j’ai plusieurs diplômes en poche, dont un en sciences politiques. Mais je n’ai trouvé d’emploi que dans l’enseignement scolaire », déplore la jeune femme qui prend régulièrement part aux manifestations depuis le début du soulèvement populaire en octobre 2019. « On nous a tout pris, et notre argent n’a plus aucune valeur. On dépense tout ce que l’on gagne et on ne sait pas ce qui nous attend », soupire-t-elle. Hassan Habre, la quarantaine, est venu manifester en compagnie de son épouse et de son fils de 5 ans qu’il emmène à tous les sit-in. « Je ne rate aucun rassemblement pour réclamer mes droits. Je descends avec ma famille pour demander de meilleures conditions de vie, explique ce directeur d’école. Je ferai tout pour récupérer mon argent. »




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Je ne reconnais pas le Liban ??????
19 h 20, le 28 février 2021