Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Vient de paraître

Liban-France : toute la richesse d’une relation pluriséculaire dans un livre

Édité par l’ESA, l’ouvrage « France-Liban, compagnonnage et regards multiples » livre de passionnants récits d’écrivains occidentaux et d’une émigration libanaise réussie, illustrant les relations solides entre les deux pays à travers les siècles.

Liban-France : toute la richesse d’une relation pluriséculaire dans un livre

Un livre riche en récits sur l’amitié franco-libanaise qui dure depuis des siècles.

Impossible d’évoquer l’histoire du Grand Liban sans relater ses liens profonds avec la France que « maints Libanais appellent la douce mère », comme l’a écrit le romancier Richard Millet qui a consacré plusieurs livres au pays du Cèdre. Dans l’ouvrage France-Liban, compagnonnage et regards multiples ; une contribution au centenaire de la proclamation de l’État du Grand Liban, 1er septembre 1920-1er septembre 2020, édité par l’École supérieure des affaires de Beyrouth (ESA), l’historien Jean-Paul Eyrard et l’écrivain Nabil Malek déroulent sur 400 pages la présence française d’hier et d’aujourd’hui au Liban, mais aussi celle des Libanais dans le mahjar (l’exil, NDLR) français. Richement illustré, l’ouvrage aborde les origines de la Phénicie jusqu’à 1918, le siècle des consuls, l’intermède des proconsuls (1918-1945) et le temps des ambassadeurs (1946-2020). Loin des faits historiques et des sombres épisodes qui ont jalonné les cent ans d’existence du Grand Liban, nous nous sommes penchés sur les chapitres relatant l’arrivée des premiers voyageurs occidentaux au pays du Cèdre et le départ des premiers Libanais vers la France. Un pays pour lequel les chrétiens du Liban évoquent « des liens ancestraux, souvent fantasmés, mais sans l’être tout à fait, pour se rattacher à l’Occident, à l’Église romaine ou à la France », relèvent les auteurs Jean-Paul Eyrard et Nabil Malek. Tandis que « les musulmans se sont abondamment référés au souvenir de Saladin, l’irréductible ennemi des Francs, ce qui est exact, mais mérite, a minima, d’être nuancé », ajoutent-ils.

1939. Le général Weygand, commandant en chef de l’armée du Levant, et, à sa droite, Pierre Benoît, auteur de « La Châtelaine du Liban ». Photo « an-Nahar » tirée du livre

Les premiers voyageurs

À quelle époque remontent les premiers contacts ? « Cela commence au Moyen Âge avec les croisades et se poursuit avec les relations entre l’Empire ottoman et l’Occident via Venise », précise le duo. S’appuyant sur les écrits historiques et les récits des chroniqueurs, les auteurs soulignent que les premiers et les plus actifs vecteurs humains des échanges entre les deux pays furent les religieux français et les congrégations vouées à l’enseignement dès le XVIIe siècle. Plus tard, le philosophe et orientaliste Volney (1757-1820) arrive au Liban et passe huit mois au monastère de Mar Hanna el-Choueir, dans le Metn, afin d’apprendre la langue arabe. Déjà, un siècle plus tôt, le chevalier et négociant marseillais Laurent d’Arvieux (1635-1702) décrit dans ses Mémoires le khan de Saïda où il avait suivi un de ses parents en 1653 : « Le commerce des Francs est si considérable qu’il fait entrer tous les ans 200 000 écus dans les coffres du grand seigneur (l’émir Fakhreddine). » Il ajoute que « la cohabitation intercommunautaire semble se faire (…) autour d’une bonne bouteille dans un cabaret toujours plein de gens de toutes sortes de religions ».

Lire aussi

Le Liban centenaire, une idée inachevée

C’est toutefois l’expédition de Bonaparte en Égypte qui va mettre l’Orient à la mode, donnant naissance à un mouvement artistique présent à la fois en peinture et en littérature : l’orientalisme qui marquera tout le XIXe siècle. De grands écrivains débarquent au Levant et le révèlent, « au prisme de leur sensibilité religieuse ou politique, à l’élite française », soulignent Jean-Paul Eyrard et Nabil Malek. Ainsi, en 1830-1831, Jean-Joseph Poujoulat, collaborateur du célèbre historien Michaud pour la rédaction de l’Histoire des croisades, élabore par ses écrits le « mythe maronite » ou « le christianisme ». Quelle était donc cette fascination qui a mené tous ces savants jusqu’à nos rivages, à une époque où les voyages étaient périlleux et inconfortables ? « De son propre aveu, Chateaubriand part pour l’Orient en quête d’images en vue d’écrire Les Martyrs  ». Lamartine entreprend un pèlerinage aux lieux saints pour « raffermir (sa) foi et enrichir son inspiration épique », espérant également trouver au Levant un climat propice à la guérison de sa fille Julia, qui décédera à Beyrouth en 1833. La réputation du Liban dans la sériciculture, au XIXe siècle, va également séduire les soyeux de Lyon. En 1912, 183 complexes séricicoles seront répertoriés par Gaston Ducousso, consul général de France à Beyrouth.

Charles de Gaulle et son épouse Yvonne à l’occasion d’une excursion à Aley. Photo Bridgeman images/ Philippe de Gaulle, tirée du livre

Dans le « mahjar » français

Entre-temps, en 1708, le moine syrien maronite Hanna Diab fait le trajet inverse et part retrouver à Paris l’explorateur et cartographe français Paul Lucas, rencontré à Alep. On raconte que ce dernier l’a présenté au roi Louis XIV et à Antoine Galland, le traducteur des Mille et Une Nuits, à qui il narre « 14 contes dont sept figurent dans les Nuits », selon l’écrivain Jean Gaultier. Hanna Diab livrera plus tard un ouvrage sous le titre D’Alep à Paris, les pérégrinations d’un jeune Syrien au temps de Louis XIV. Un siècle plus tard, à l’issue de la défaite de Napoléon, des familles levantines redoutant des représailles pour avoir soutenu les Français quittent le Levant avec le corps expéditionnaire. « Les hommes en âge de porter les armes sont incorporés dans l’armée française et participent à l’épopée napoléonienne jusqu’en 1815. Cependant, après la bataille de Waterloo, certains d’entre eux, revenus à Marseille pour retrouver leur famille, sont « massacrés par une foule d’ultraroyalistes, et leurs femmes sont fusillées et noyées », rapportent également Jean-Paul Eyrard et Nabil Malek en s’appuyant sur les chroniques de Raoul Bousquet (Histoire de Marseille, Robert Laffont). Si la présence des chrétiens d’Orient sur le sol français a commencé sous ces terribles auspices, il n’en fut heureusement pas de même par la suite.

En 1817, refusant de se soumettre à l’autorité du patriarche grec-orthodoxe, quelque 450 familles grecques-catholiques prennent le chemin de l’exil et s’installent à Marseille. En 1822, ils implantent leur église, Saint-Nicolas de Myre, dans le paysage urbain. « C’est le premier rite oriental à avoir été officiellement pratiqué à Marseille … et en France. » D’autres groupes suivront et feront fortune à Marseille, comme les familles Sakakini et Hawa, ou encore Rachid el-Dahdah qui s’est enrichi dans la finance et dans l’immobilier, d’abord à Marseille puis à Paris où il s’associe au préfet de la Seine, le baron Haussmann, et crée ensuite la cité balnéaire de Dinard, en Bretagne. Il est naturalisé français en 1862 et obtient du pape Pie IX le titre de comte. Sans oublier Paul Daher, qui crée en 1895 une société de navigation spécialisée dans le transport de matériels lourds, avant de la convertir en 1938 en une industrie au service de la logistique qui emploie 2 800 personnes et gère 380 000 m2 d’entrepôts situés au Havre, dans la région parisienne, et à Marseille-Fos. Aujourd’hui à la tête de la compagnie, Patrick Daher a pris la relève.

Le premier consulat de France ouvert en 1821. Collection Philippe Jabre

Beyrouth-sur-Seine

L’émigration des Libanais vers la France va augmenter de façon considérable entre 1975 et 1994. Leur nombre atteint 91 854 personnes, selon une étude réalisée par le Sénat, la moitié vivant en région parisienne. Et pour un certain nombre d’entre eux, le succès est au rendez-vous. Dans leur ouvrage, Jean-Paul Eyrard et Nabil Malek accordent une place de choix au réalisateur et producteur Pierre Sabbagh, un des pionniers de la télévision en France ; à l’écrivain Amin Maalouf, élu à l’Académie française en 2011 ; ainsi qu’à l’ancien collaborateur de L’Orient-Le Jour, le spécialiste du monde arabe et musulman Antoine Sfeir, qui a été « le Libanais le plus familier du public français grâce à sa fréquente participation à l’émission de télévision “C dans l’air” ». Installé à Paris dès 1976, Sfeir crée Les Cahiers de l’Orient et cofonde en 2005 l’Observatoire de la laïcité. Il est décédé à Paris en 2018. On retrouve également Salim Eddé, le fondateur de Murex, un empire informatique franco-libanais employant 2 000 collaborateurs à travers le monde, répartis en 17 bureaux, entre autres à New York, Londres, Beyrouth, Dubaï et Singapour. Créée en 1986 à Paris, l’entreprise compte parmi ses clients l’Union des banques suisses (UBS), la Banque nationale du Canada et la Banque de Chine.

La CMA-CGM, fondée par Jacques Saadé, est une autre réussite éclatante dans le domaine maritime mondial. Basé à Marseille, le groupe est le troisième opérateur mondial dans le secteur du transport maritime, mais aussi dans la logistique, comme en atteste la récente acquisition de la société CEVA Logistics. Avec 110 000 collaborateurs, il est à l’œuvre dans 160 pays. La femme de lettres Vénus Khoury Ghata, le couturier Élie Saab, la journaliste Léa Salamé et l’architecte Aline Asmar figurent également dans les success stories dressées par Eyrard et Malek. Une liste toutefois non exhaustive, qui pourrait être complétée par des dizaines de noms de Libanais qui ont brillé ou brillent encore dans l’Hexagone.

Outre toutes ces informations et ces histoires réunies sur 400 pages, France-Liban, compagnonnage et regards multiples rend un bel hommage à Stéphane Attali, l’ancien directeur général de l’ESA (de 2009 à 2019), décédé en juillet 2019 et qui aura suivi jusqu’au bout toutes les étapes de la conception de cet ouvrage.


Impossible d’évoquer l’histoire du Grand Liban sans relater ses liens profonds avec la France que « maints Libanais appellent la douce mère », comme l’a écrit le romancier Richard Millet qui a consacré plusieurs livres au pays du Cèdre. Dans l’ouvrage France-Liban, compagnonnage et regards multiples ; une contribution au centenaire de la proclamation de l’État du...

commentaires (1)

Très interessant, comment peut on procuer ce livre ? est il en vente en France ?

HAYAR Joseph

09 h 52, le 23 février 2021

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Très interessant, comment peut on procuer ce livre ? est il en vente en France ?

    HAYAR Joseph

    09 h 52, le 23 février 2021

Retour en haut