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Société

« Il faut que justice soit rendue, vous ne pouvez pas nous faire cela »

« Ce juge a mis le doigt là où ça fait mal. Malgré les erreurs qu’il a pu faire, il est le mieux placé pour s’occuper de ce dossier », estime le père d’une des victimes.

« Il faut que justice soit rendue, vous ne pouvez pas nous faire cela »

La mère d’une des victimes des explosions au port en larmes au milieu de la route, le portrait de son fils entre les bras. Photo Mohammad Azakir/Reuters

La tristesse et la colère étaient palpables hier soir parmi les familles des victimes des explosions au port, le 4 août dernier, qui manifestaient devant le Palais de justice de Beyrouth. Ces proches sont descendus dans la rue pour crier leur colère après la décision de la Cour de cassation de dessaisir de l’enquête le juge Fadi Sawan.

Sur place, les émotions sont vives et des proches pleurent et crient à l’injustice. Une femme en larmes s’assoit sur le bitume, ses jambes ne la portaient plus. Elle s’appelle Yousra Abou Saleh et a perdu son fils de 20 ans, Brahim, dans l’explosion au port. « L’annonce de la récusation du juge Sawan est très difficile à accepter. Nous voulons savoir qui a tué nos enfants, nous ne voulons rien d’autre », crie-t-elle, entre deux sanglots. « Il faut que justice soit rendue. Vous ne pouvez pas nous faire cela ! Je ne quitterai pas la rue avant d’avoir des réponses », poursuit Yousra. Debout au milieu de la foule, son mari l’observe avec beaucoup d’amertume, cigarette à la main. « Il y a eu tellement de crimes au Liban et jamais aucune révélation sur les meurtriers, soupire ce quinquagénaire. Ils ont dessaisi Sawan car il voulait dévoiler la vérité et interroger des responsables politiques haut placés. Il doit continuer ce qu’il a commencé. Nous le soutiendrons jusqu’à la mort », ajoute-t-il.

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Le dessaisissement de Fadi Sawan a été décidé par la cour suite à un recours pour suspicion légitime présenté par les deux députés du mouvement Amal, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter. Un revers pour les proches des victimes qui estiment que cette décision vise à étouffer l’enquête.

« Mon fils travaillait au port... »

Wafa’ Derzi a perdu son fils Amir, 43 ans, employé dans le port de Beyrouth et père d’enfants en bas âge. Prise de sanglots pendant la manifestation, elle doit s’éclipser pendant plusieurs minutes pour se ressaisir. « Tu m’avais promis que tu allais être forte. Ne pleure plus ! » lui lance sa fille, qui essaie de la réconforter. « C’est la première fois que je manifeste », confie Wafa’, la gorge nouée. « Mon fils travaillait au port, mais il ne se doutait de rien. Il pensait qu’il n’y avait que de la marchandise là-bas, confie-t-elle, un portrait d’Amir entre ses mains. Ses enfants n’arrivent toujours pas à accepter son décès. Son fils me demande tout le temps quand il va revenir. »

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Ajwad Chaya, la soixantaine, a collé sur sa veste le portrait de son fils Jawad, un militaire de 31 ans. « Avec Sawan qui est dessaisi, l’enquête va repartir à zéro et on va perdre à nouveau 6 mois pour que le dossier soit reconstitué. Ce juge a mis le doigt là où ça fait mal. Malgré les erreurs qu’il a pu faire, il est le mieux placé pour s’occuper de ce dossier », estime Ajwad. Il révèle que les proches des victimes ont pris contact avec le bâtonnier de Beyrouth, qui a promis de les tenir au courant des suites de l’affaire. « Ils ont eu peur parce que de grosses pointures pourraient tomber, que ce soit des députés, des ministres ou des responsables de sécurité. Il faut que les gens manifestent pour que la vérité soit dévoilée. Aujourd’hui, c’est nous qui souffrons, mais demain le malheur pourrait toucher d’autres citoyens », avertit Ajwad, qui ajoute : « Tous les responsables sont coupables, jusqu’à preuve du contraire. S’ils avaient eux-mêmes perdu leurs enfants, auraient-ils gardé le silence ? »

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« Que ce soit Sawan ou un autre qui gère ce dossier, je ne pense pas que cela donnera des résultats. Il faudrait peut-être une enquête internationale », déclare de son côté Ahmad Ladkani, 24 ans, qui a perdu son père Mohammad, âgé de 56 ans.


La tristesse et la colère étaient palpables hier soir parmi les familles des victimes des explosions au port, le 4 août dernier, qui manifestaient devant le Palais de justice de Beyrouth. Ces proches sont descendus dans la rue pour crier leur colère après la décision de la Cour de cassation de dessaisir de l’enquête le juge Fadi Sawan.
Sur place, les émotions sont vives et des...

commentaires (6)

Il faut que les libanais arrêtent de demander justice aux vendus et portent plainte auprès des institutions internationales contre la machine de l’injustice et de ces prétendus juges et magistrats pour entrave à la justice et complicité de meurtres. Il n’ont plus de limites et se placent au dessus de la loi qu’ils sont censés protéger en improvisant des lois qui correspondent à leur but final d’étouffer les affaires pour garder leurs postes. LES LÂCHES SONT PARTOUT.

Sissi zayyat

12 h 12, le 19 février 2021

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Commentaires (6)

  • Il faut que les libanais arrêtent de demander justice aux vendus et portent plainte auprès des institutions internationales contre la machine de l’injustice et de ces prétendus juges et magistrats pour entrave à la justice et complicité de meurtres. Il n’ont plus de limites et se placent au dessus de la loi qu’ils sont censés protéger en improvisant des lois qui correspondent à leur but final d’étouffer les affaires pour garder leurs postes. LES LÂCHES SONT PARTOUT.

    Sissi zayyat

    12 h 12, le 19 février 2021

  • Cette décision est la preuve irréfutable de la culpabilité de ces ordures qui nous gouvernent. Le TPI doit être saisi pour crime contre l'humanité afin de juger et condamner toute cette racaille.

    Robert Malek

    10 h 31, le 19 février 2021

  • Question: au cas (très probable sinon la justice libanaise aura un sérieux problème de crédibilité ) où le nouveau juge arrive aux mêmes conclusions, et par là même aux mêmes inculpations, combien de fois a-t-on le droit d’invoquer la "suspicion légitime"? Il y a une limite, ou c’est open bar?

    Gros Gnon

    09 h 54, le 19 février 2021

  • Les parents lésés devraient demander l'intervention de l'inspection judiciaire contre ceux qui ont voté contre le juge Sawan, l'enquête étant au point mort.

    Esber

    09 h 50, le 19 février 2021

  • Si c’est un des partis que l’on sait qui est à l’origine de la dessaisie il n’y a rien à faire les protestations ne serviront à rien. À l’instar de la révolution tue par une certaine police du parlement et les bandes que l’on sait, ou en son temps la manifestation d’un certain 14 mars sur laquelle pesait l’ombre d’un certain 8 mars.

    AntoineK

    09 h 49, le 19 février 2021

  • SANS ENQUETE INTERNATIONALE SEULS DE PETITS FONCTIONNAIRES, DES BOUCS EMISSAIRES, VONT PAYER, LE VRAI PROPRIETAIRE ET UTILISATEUR DU NITRATE INTERNATIONALEMENT CONNU ET POINTE N,EN SERA POINT INQUIETE CAR LA JUSTICE, ET JUSTICE IL N,Y A PAS ICI, ETOUFFERA L,AFFAIRE.

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    08 h 56, le 19 février 2021

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