La Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, première femme à la tête de l’OMC. Photo AFP
Coup double de la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, devenue hier première femme et première Africaine à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), une institution quasi paralysée. À 66 ans, elle entre dans le cercle très restreint des femmes au pouvoir dans le monde. C’est un « moment historique », a résumé l’OMC, en précisant qu’elle prendrait ses fonctions en mars.
La pandémie de Covid-19, qui a ébranlé la foi dans la libéralisation des échanges mondiaux sur laquelle repose l’OMC, aura privé la nomination d’un nouveau DG de tout décorum, après des mois de discussions et de processus de sélection. Dr Okonjo-Iweala, également appelée par certains Dr Ngozi, seule candidate encore en lice grâce à un large consensus, avec le soutien de l’Union africaine, de l’Union européenne et désormais « appuyée » par les États-Unis, n’a pas pu être présente au siège de l’OMC en Suisse. Elle s’est toutefois adressée aux délégués par visioconférence et a appelé à une remise en marche de l’OMC, jugeant « essentiel » que l’institution soit « forte » pour surmonter les « ravages causés » par la pandémie et relancer l’économie mondiale.
Nombreux espèrent que sa nomination mettra fin à des années de blocages de l’institution. Fin octobre, l’administration Trump, qui en quatre ans a tout fait pour miner l’organisation, avait aussi bloqué à la dernière minute le consensus qui se dessinait autour de la Nigériane.
Deux fois ministre des Finances et cheffe de la diplomatie du Nigeria durant deux mois, Mme Okonjo-Iweala a commencé sa carrière à la Banque mondiale en 1982, où elle a travaillé pendant 25 ans. En 2012, elle échoue à devenir la présidente de cette institution financière, face à l’Américano-Coréen Jim Yong Kim.
Elle prend la tête d’une institution qui depuis sa création en 1995 a été dirigée par six hommes : trois Européens, un Néo-Zélandais, un Thaïlandais et un Brésilien. Si son parcours universitaire et professionnel impressionne, Dr Ngozi a aussi ses détracteurs, qui lui reprochent notamment de ne pas avoir fait davantage pour endiguer la corruption quand elle était à la tête des Finances du Nigeria.
Débat sur les vaccins
« Plus que tout », le chef de l’OMC doit avoir « de l’audace, du courage », lance-t-elle à ceux qui estiment qu’elle n’a pas assez de compétences techniques. Des qualités indispensables pour sortir l’OMC de sa crise quasi existentielle. « Elle prend les rênes en sachant qu’elle a affaire à une machine qui est, si ce n’est bloquée, en proie à une forte inertie », souligne auprès de l’AFP Elvire Fabry, responsable de la politique commerciale à l’Institut Jacques Delors.
La pandémie a mis à nu les fractures provoquées par la libéralisation du commerce mondial, de la trop grande dépendance à des chaînes de production éparpillées aux excès de la délocalisation industrielle ou la fragilité des échanges commerciaux. À la mi-octobre, Ngozi Okonjo-Iweala avait indiqué vouloir se donner deux priorités pour montrer que l’OMC est indispensable. Elle souhaite pouvoir présenter à la prochaine conférence ministérielle de l’organisation un accord sur les subventions à la pêche – qui est pour l’heure au point mort – pour démontrer que l’OMC peut encore produire des avancées multilatérales. L’autre priorité consiste à rebâtir l’organe de règlement des différends – le tribunal de l’OMC – qui a été torpillé par l’administration Trump et est moribond. Elle a récemment appelé l’OMC à se concentrer sur la pandémie alors que les membres de l’organisation sont divisés à propos d’une exemption des droits de propriété intellectuelle sur les traitements et vaccins anti-Covid pour les rendre plus accessibles.
Agnès PEDRERO/AFP


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