Critiques littéraires

Avant d’être réduits au silence

Avant d’être réduits au silence

D.R.

Dernier visage avant le noir d’Amina Saïd, éditions Rhubarde, 2020, 82 p.

Amina Saïd, poète tunisienne vivant en France, loin de « l’or heureux des sables » de son enfance, publie Dernier visage avant le noir, une quête spirituelle dont les textes, lumière, étoiles, vent, nuit, tissent un entrelac pour la méditation du poète sur le sens de l’existence.

La nostalgie d’Amina Saïd qui a obtenu le prix Jean Malrieu en 1989 décerné par la revue Sud n’est pas uniquement celle du « miel solaire » de son pays natal mais celle de « la beauté désespérée du monde » ; celle du pouvoir des mots, de la force essentielle de la poésie « face aux portes livides du néant » ; la nostalgie d’Amina Saïd est un « rêve d’origine », celui d’une langue poétique rédemptrice qui offrirait une « seconde naissance » à l’homme amputé de son âme, empêtré dans son karma, puisque « le monde existe dans un poème ».

Il y a dans ce recueil une immense douceur, celle que traduirait au mieux le mot arabe de hanoun, la nudité de cet être qui « chemine dans l’ignorance de la route », la profonde humanité de l’homme nu qui marche et cherche le « premier mot » et le « dernier mot ». Il y a dans ce recueil une douce blessure comme un recueillement, celui d’un homme qui rentre dans la maison du langage, pour compter sur ses dix doigts les mots qui lui restent avant la mort, pour écouter en silence « la parole du temps ».

Le poète n’est pas en exil parce qu’elle vit loin de sa Tunisie natale où, enfant, elle marchait « pieds nus dans les sables du jour ». Elle est en exil parce que, sœur des hommes qui vivent dans les pays de l’énigme, dans « l’hiver des hommes », ceux qui fouillent l’obscurité « entre l’ici et l’ailleurs », ceux qui partent, rêvant d’un sens « là où il n’y en a pas », et d’un « lieu là où il n’y en a pas », elle se remémore un « savoir d’arbres et d’ancêtres » qui lui revient de sa Tunisie natale et qui lui murmure le « souvenir d’un monde avant ce monde ».

Heureux le poète qui écrit « dans les moments de danse intérieure », qui troque son « je » pour porter le destin du « nous » de l’humanité, familier des mots « qui ont soif » et des « mots qui ont faim », pour « épeler l’intime des choses », comme on parle aux pierres sur un chemin solitaire mais salvateur. Heureuse Amina Saïd qui a pipé les dés avec lesquels « l’éternité s’obstine » à jouer.


Dernier visage avant le noir d’Amina Saïd, éditions Rhubarde, 2020, 82 p.Amina Saïd, poète tunisienne vivant en France, loin de « l’or heureux des sables » de son enfance, publie Dernier visage avant le noir, une quête spirituelle dont les textes, lumière, étoiles, vent, nuit, tissent un entrelac pour la méditation du poète sur le sens de l’existence.La nostalgie d’Amina...

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