Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, anciens Premiers ministres de Abdelaziz Bouteflika. Farouk Batiche/AFP
Deux anciens Premiers ministres du président Abdelaziz Bouteflika, des hauts responsables et des hommes d’affaires ont été condamnés hier à Alger à de lourdes peines de prison, lors d’un procès emblématique de la corruption régnant sous l’ex-homme fort de l’Algérie. Ce jugement confirme les peines de 15 ans et 12 ans d’emprisonnement prononcées lors d’un premier procès en décembre 2019 à l’encontre d’Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, selon une source judiciaire.Incarcérés, ces derniers étaient poursuivis avec une quinzaine de personnalités – anciens ministres, puissants patrons et hauts fonctionnaires – du « clan Bouteflika », dans le cadre d’un énorme scandale dans l’industrie automobile et du financement « occulte » de la campagne électorale de l’ex-président déchu début 2019.Ce nouveau procès s’était ouvert le 9 janvier, après que la Cour suprême algérienne eut accepté un pourvoi en cassation de la défense. Le parquet avait requis 20 ans de prison à leur encontre.
Lingots d’or
Au cours du procès, des Algériens interloqués ont appris que M. Ouyahia, interrogé sur l’origine de ses avoirs évalués à quelque 700 millions de dinars (4,3 M EUR), avait revendu au marché noir des lingots d’or offerts par des hôtes du Golfe. L’ex-dirigeant a avoué avoir « vendu au marché parallèle (60 lingots) pour 350 millions de dinars (2,1 millions d’euros) et placé l’argent sur ses comptes », selon un compte-rendu de l’agence officielle APS. M. Ouyahia a dit avoir gardé le silence jusqu’à présent sur cette question, afin de « ne pas porter atteinte aux relations » entre l’Algérie et « certains pays amis » et a reconnu ne pas avoir déclaré ces sommes au fisc. Un aveu qui a stupéfait et choqué l’opinion publique et qui a été abondamment commenté par les médias et les internautes. M. Ouyahia a été quatre fois Premier ministre entre 1995 et 2019, et Abdelmalek Sellal a dirigé le gouvernement de 2014 à 2017 et les quatre campagnes électorales de M. Bouteflika. Lors de ce nouveau procès, seuls les deux anciens Premiers ministres ont vu leur peine en première instance confirmée. Ils ont dix jours pour faire appel.
Milliards de dinars
La justice a été plus clémente avec les autres accusés. Les anciens ministres de l’Industrie, Youcef Yousfi et Mahdjoub Bedda, ont vu leurs peines réduites de 10 ans de prison à respectivement trois ans et deux ans ferme. Ancien tout-puissant président du Forum des chefs d’entreprises (FCE), principale organisation patronale du pays, Ali Haddad, PDG du n°1 privé du BTP algérien, déjà condamné dans d’autres affaires, s’est vu infliger quatre ans de prison contre sept initialement.Deux autres hommes d’affaires, Ahmed Mazouz et Hassen Arbaoui, propriétaires d’usines de montage de véhicules, ont reçu la même peine d’emprisonnement. Deux ans fermes ont été prononcés à l’encontre d’un des fils de Abdelmalek Sellal, Farès, actionnaire du groupe d’Ahmed Mazouz. Enfin, un ancien préfet, Nouria Yamina Zerhouni, a quant à elle été relaxée alors qu’elle avait été initialement condamnée à cinq ans de prison. Au cours du premier procès fin 2019, les principaux prévenus avaient protesté de leur « innocence » et n’avaient cessé de se défausser les uns sur les autres. Les débats avaient été dominés par des accusations de financement illégal de la campagne électorale de M. Bouteflika, candidat à un 5e mandat en avril 2019, avant d’être contraint à démissionner face à un mouvement (Hirak) de contestation populaire inédit en Algérie. L’industrie automobile algérienne a été mise sur pied depuis 2014 via des partenariats entre marques étrangères et grands groupes algériens, souvent propriétés d’hommes d’affaires liés à l’entourage du président déchu. Le scandale automobile a entraîné une perte pour le Trésor public estimée à plus de 128 milliards de dinars (975 millions d’euros), selon des chiffres officiels. Après la chute de M. Bouteflika, la justice a lancé une série d’enquêtes sur les affaires des hommes du sérail de l’ancien chef d’État. L’Algérie se place à la 104e place sur 180 pays du classement mondial de l’indice de perception de la corruption publié hier par l’ONG Transparency International.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine