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Culture - Bande dessinée

Qui a envie aujourd’hui de penser à la fin du monde ?

Noël Mamère, célèbre défenseur de la planète verte, et Raphaëlle Macaron, illustratrice libanaise, ont pris la route pour un périple à travers la France, à la rencontre des éclaireurs du monde d’après. Ils livrent un récit en images qui ouvre le débat sur la théorie de l’effondrement du monde : la collapsologie !

Qui a envie aujourd’hui de penser à la fin du monde ?

© « Les Terrestres » (éditions Faubourg)

Sous l’initiative de Sophie Caillat, fondatrice des éditions Faubourg, s’est constitué un duo que rien ne rapprochait, mais qui va s’avérer être un pari gagnant et dont le grand succès de la bande dessinée documentaire Les Terrestres, parue fin septembre 2020, témoigne. Au départ, un binôme improbable donc, et un écart générationnel et culturel qui sépare les deux protagonistes. Mais Noël Mamère, ancien homme politique écologiste et journaliste français, va servir de guide à Raphaëlle Macaron, auteure et illustratrice libanaise aux principes écologiques circonstanciels et à l’approche souvent sceptique. Très vite, la complicité s’installe, donnant force au projet. Mamère fait confiance à Macaron et lui donne carte blanche, et lorsqu’elle s’inquiète, il la rassure. Un mélange qui va donner vie, à l’arrivée, à un reportage fait de moments intimes partagés, et à un récit profondément humain et bienveillant. « L’enjeu était de se faire plaisir plutôt que de s’enfermer dans un récit pédagogique ennuyeux ou une narration lourde, confie l’illustratrice. Éclairer les différentes facettes qui conduisent à habiter la Terre autrement était le fil conducteur de notre aventure. »

En route…

« Noël Mamère était en charge d’établir la liste des individus ou des familles qu’il nous fallait rencontrer, raconte Macaron. De par sa légitimité écologique et culturelle, son militantisme acharné, l’ancien maire de Bègles était accepté et bien accueilli dans tous les milieux. » L’illustratrice suivait, enregistrait, prenait des notes, des photos, des vidéos, stockait des images, des enregistrements, « même des conversations que nous avions ensemble, dit-elle, afin de mémoriser sa façon de parler, ses traits d’humour qui n’avaient pas forcément rapport avec le sujet. Tout cela allait servir à étoffer mon histoire ». Et d’ajouter : « Après chaque voyage, il m’envoyait un bilan journalistique et je m’isolais afin de mettre en scène le récit. Nos pérégrinations ont duré six mois et la production a nécessité un peu plus d’une année. »

© « Les Terrestres » (éditions Faubourg)

À l’arrivée

« C’était un périple anxiogène au départ, avoue Raphaëlle Macaron. Qui a envie aujourd’hui de penser à la fin du monde, à ce scénario catastrophe d’un effondrement inéluctable ? Et Noël Mamère de me répondre : Ce n’est pas la fin du monde, c’est la fin d’un monde. Ce fut, dit-elle, extrêmement enrichissant de manière théorique et humaine. J’ai beaucoup appris de par les rencontres, mais c’est surtout la rencontre avec Noël qui m’a beaucoup apporté. »

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L’illustratrice détaille la démarche : « Notre récit a fait sens très vite. Moi qui depuis jeune avait été sensibilisée à l’écologie par ma mère qui nous emmenait sur les plages ramasser du plastique (c’est d’ailleurs de cette façon que la bande dessinée démarre), je réalisais que l’enjeu était bien plus important. Ramasser du plastique mais embarquer dans une voiture 4x4, répondre à des messages sur un smartphone et se désespérer que la 4G ne soit pas assez efficace en espérant une connexion 5G, la démarche était incohérente. Le chemin que j’ai entrepris m’a fait réaliser que pour être en accord avec ses convictions, il fallait bien plus que ça. Les personnes que nous avons rencontrées abandonnent leur vie de consommation et sont complètement autonomes au niveau de l’énergie et de l’alimentation. Ils vont au bout de leur démarche. C’est un choix difficile à faire, mais la nuance réside dans le fait qu’il faut continuer à faire malgré tout ce petit effort. J’ai voulu y croire. » Une manière de faire quelque part le pari de Pascal.

© « Les Terrestres » (éditions Faubourg)

Un traitement ludique

Dans cet ouvrage, Raphaëlle Macaron a opté pour un traitement tout en couleurs et aux traits sûrs et fins. « Le choix de me mettre en scène n’était pas anodin, le lecteur a besoin de compatir avec moi. Je ne me suis jamais positionnée comme une donneuse de leçon. » C’est la raison pour laquelle elle a voulu illustrer une voiture avec une station d’essence sur l’affiche, car, dit-elle, il y a plus de Raphaëlle Macaron dans le monde que de Noël Mamère. L’optimisme inébranlable de l’un et la volonté de l’autre d’aller au fond des choses font de ce récit une balade enjouée à l’esprit drôle et inattendu. « Quant au titre, confie l’illustratrice, il a été proposé par le clan Mamère, Les Terrestres en opposition aux terriens, pour faire la différence entre les personnes qui vivent sur Terre, et ceux qui vivent en accord avec la terre. » Le livre se termine sans conclusion ni réponse universelle, car la réponse est multiple et vient d’un effort collectif, complexe et long. Cet ouvrage a été édité avant la double explosion de Beyrouth et se termine sur une note d’espoir. Et Raphaëlle Macaron de conclure : « Je n’ose pas imaginer à quoi aurait pu ressembler la fin, après ce maudit 4 août 2020. »

« Les Terrestres » aux éditions Faubourg.

Auteurs : Raphaëlle Macaron et Noël Mamère.

La collapsologie, c’est quoi au juste ?

C’est dans son ouvrage Comment tout peut s’effondrer que Pablo Servigne développe le thème de la collapsologie. Dans ce livre, lui et Raphaël Stevens décortiquent les ressorts d’un possible effondrement. Ce sont des théories sérieuses qui incitent à changer de vie maintenant, avant qu’il ne soit trop tard. Aujourd’hui, affirme Servigne, l’utopie a changé de camp : est utopiste celui qui croit que tout peut continuer comme avant. Mais l’effondrement est l’horizon des prochaines générations, c’est le début de son avenir. Qu’y aura-t-il après ? Tout cela reste à penser, à imaginer et à vivre…


Sous l’initiative de Sophie Caillat, fondatrice des éditions Faubourg, s’est constitué un duo que rien ne rapprochait, mais qui va s’avérer être un pari gagnant et dont le grand succès de la bande dessinée documentaire Les Terrestres, parue fin septembre 2020, témoigne. Au départ, un binôme improbable donc, et un écart générationnel et culturel qui sépare les deux...

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