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Société - Covid-19

Jacques Mokhbat : L’impact de l’épidémie sur la santé va au-delà des chiffres annoncés au quotidien

Une première contamination au coronavirus ne protège pas complètement contre une nouvelle infection.

Jacques Mokhbat : L’impact de l’épidémie sur la santé va au-delà des chiffres annoncés au quotidien

Jacques Mokhbat : « Les personnes ayant déjà contracté le virus doivent également recevoir le vaccin. »

Depuis une dizaine de jours, le Covid-19 a explosé avec en moyenne 5 000 cas signalés au quotidien, un taux de positivité aux tests de dépistage PCR de plus de 20 % et une hausse effrayante du taux de mortalité qui frôle désormais 1 %, après avoir oscillé pendant longtemps entre 0,6 % et 0,8 %. Cette hausse des cas est réelle, de l’aveu des spécialistes. Elle n’est pas une conséquence de l’augmentation des tests PCR qui sont passés de quelque 15 000 par jour avant les fêtes de fin d’année à plus de 20 000 actuellement. Pourquoi cette hausse de la mortalité ? Quel est l’impact de l’épidémie sur le secteur de la santé ? Que savons-nous des nouveaux variants du SARS-CoV-2 ? Pourquoi faut-il se faire vacciner ? Le Dr Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses, répond aux questions de L’Orient-Le Jour.

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Comment expliquer cette hausse de mortalité due au Covid-19 ?

Plusieurs facteurs sont en cause. D’abord, la mortalité augmente proportionnellement aux cas détectés. Nous savons que 5 à 15 % des personnes contaminées vont développer une forme modérée à sévère de la maladie, nécessitant souvent une hospitalisation. Avec la surcharge des hôpitaux, nous essayons autant que possible de traiter et de maintenir les patients aux symptômes modérés le plus longtemps possible à la maison. Ils ne sont hospitalisés qu’à un stade avancé de la maladie, ce qui augmente les complications. Enfin, le manque en médicaments et en équipements, comme l’oxygène et les respirateurs, observé dans certains hôpitaux contribue à cette hausse du taux de mortalité.

Quel est l’impact de l’épidémie sur le secteur de la santé ?

Il est énorme et va au-delà des chiffres mesurables, c’est-à-dire du nombre des personnes admises dans les hôpitaux et dans les unités de soins intensifs, ainsi que de celui des décès. De plus, vu l’occupation des établissements hospitaliers par les patients du Covid-19, ceux qui souffrent d’autres maladies chroniques ont difficilement accès à l’hôpital. Beaucoup d’entre eux sont en train de souffrir faute de soins, mais aussi d’accès à certains médicaments qui manquent de plus en plus sur le marché, particulièrement l’aspirine, les anticoagulants, les antibiotiques, certaines vitamines, la cortisone, les antitussifs… qui sont par ailleurs utilisés par des patients atteints du Covid-19.

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Par ailleurs, les lits dédiés aux autres maladies chroniques sont désormais limités. Les patients risquent donc de ne plus être traités correctement, sachant que nombre d’entre eux évitent l’hôpital par peur de contracter le virus. Comme les urgences sont débordées par les patients du Covid-19, une personne avec un accident coronarien aigu risque de ne pas y trouver une place. Le même problème se pose au niveau des unités de soins intensifs. Cela va entraîner une plus grande mortalité pour d’autres causes que le Covid-19 qui, pour le moment, n’est pas quantifiée.

Que sait-on des nouveaux variants du virus ? Ont-ils atteint le Liban ?

La première démonstration de nouveaux variants a été faite il y a près de deux semaines par le service de microbiologie de la faculté des sciences de l’Université libano-américaine (LAU), qui a révélé la présence de la souche britannique au Liban. Cela était d’ailleurs prévu, puisque les virus ne connaissent pas de frontière. Cette souche progresse plus rapidement que celles qui l’ont précédée, au point que les autres variants ne peuvent plus suivre. C’est la loi de la nature. Ces mutations du virus ne sont pas inhabituelles. C’est le cas de tous les virus à ARN (acide ribonucléique), contrairement aux virus à ADN qui, eux, sont solides et stables, comme les virus de l’herpès, de la mononucléose ou de la variole.

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Les virus contiennent un acide nucléique, qui est leur code génétique, et une protéine qui l’enveloppe. Vu que les virus à ARN n’ont pas une référence ADN stable qu’ils peuvent copier, ils vont se copier eux-mêmes, entraînant des variants de manière fréquente. C’est comme si on faisait des photocopies d’une copie d’un texte, alors que l’original est rangé dans la bibliothèque. C’est le cas des virus de la grippe et du sida qui comptent de nombreux variants, lesquels sont souvent une mauvaise copie de la précédente.

Trois variants sont également apparus plus récemment, l’un en Afrique du Sud, l’autre au Brésil et détecté au Japon et le plus récent en Californie.

Si ces virus changent constamment, à quoi sert la vaccination ?

Jusqu’à présent, les mutations n’ont pas encore entraîné un changement notable dans la structure protéique du virus, qui est responsable de la réaction immunitaire. Les vaccins sont donc efficaces contre le variant détecté en Grande-Bretagne. Nous ne disposons pas encore de données sur l’efficacité du vaccin contre les trois autres souches.

Il est essentiel de vacciner le plus grand nombre au sein de la population et le plus rapidement possible pour éviter de se retrouver devant une nouvelle souche du virus qui ne puisse plus être prévenue par les vaccins développés à ce jour.

Parallèlement à la vaccination, qui est importante pour atteindre l’immunité collective, il faut continuer à respecter les gestes barrières en utilisant le masque, en évitant les rassemblements, en se lavant les mains fréquemment et en respectant la distanciation sociale. Si on ne le fait pas, on aura tout perdu.

Les personnes qui ont déjà été contaminées par le virus doivent-elles recevoir le vaccin ?

Absolument. Parce que l’immunité qu’elles ont acquise n’est pas suffisante. Elles peuvent ne pas avoir développé des anticorps neutralisants. Pour les mesurer, il faut recourir à des technologies sophistiquées qui ne sont pas disponibles dans les laboratoires ordinaires, pas qu’au Liban, mais partout au monde.

À quoi servent donc les tests de sérologie ?

Ils servent uniquement à s’assurer qu’un individu a été contaminé par le virus. Une personne qui a un test de sérologie positif est probablement protégée, mais pour une durée limitée. Nous avons des cas de patients qui ont contracté le virus deux à trois mois après la première infection. Ce qui est sûr donc, c’est que l’infection ne protège pas complètement contre une récidive de la maladie, encore moins contre une nouvelle infection par un nouveau variant.

Que sait-on des vaccins ?

À ce jour, seuls les vaccins de Pfizer et de Moderna ont reçu une autorisation d’urgence de mise sur le marché. Deux autres sont également utilisés, celui d’AstraZeneca et un des deux vaccins chinois. Trois autres sont toujours en cours d’évaluation : celui de Johnson & Johnson, un vaccin chinois et un russe.

Tous ces vaccins ont jusqu’à présent montré une efficacité de plus de 85 à 90 %. Ils n’ont pas entraîné d’effets secondaires significatifs à court et moyen terme. Néanmoins, nous ignorons la durée de la protection qu’ils confèrent. Elle est estimée à six mois ou un peu plus. Nous ne savons pas non plus s’il faut recevoir des doses de rappel ou s’il faut se faire vacciner tous les ans comme c’est le cas avec la grippe saisonnière. Il est encore tôt pour répondre à toutes ces questions.

Quid des traitements ?

On parle beaucoup de l’Ivermectin. C’est un antiparasitaire qui existe depuis près de quarante ans et qui a fait ses preuves dans le traitement de l’onchocercose, appelée également cécité des rivières, et de la gale résistante aux médicaments classiques. Il a été démontré récemment dans des études in vitro qu’il peut contrôler le SARS-CoV-2. Mais à ce jour, il n’existe pas d’étude sérieuse qui permette de trancher son utilisation dans le traitement du Covid-19, sachant que les travaux menés jusqu’à présent ont montré une diminution de la durée d’hospitalisation sans effet sur la mortalité. Par ailleurs, pour lutter contre le coronavirus, il faudrait l’administrer à des doses élevées qui pourraient entraîner des toxicités cardiaques, rénales et hépatiques chez l’homme.

Personnellement, je ne l’utiliserai pas tant qu’il ne fait pas l’objet d’études cliniques sérieuses, randomisées, contrôlées par un placebo, évaluées par un comité scientifique et publiées dans des revues scientifiques.


Depuis une dizaine de jours, le Covid-19 a explosé avec en moyenne 5 000 cas signalés au quotidien, un taux de positivité aux tests de dépistage PCR de plus de 20 % et une hausse effrayante du taux de mortalité qui frôle désormais 1 %, après avoir oscillé pendant longtemps entre 0,6 % et 0,8 %. Cette hausse des cas est réelle, de l’aveu des spécialistes....

commentaires (1)

Merci Jacques pour cette analyse. Le point essentiel c’est que la population doit réaliser la dangerosité de ce virus et garder les distances minimales. Il faut évidemment ce faire vacciner. Bon courage et merci pour tout

charles s gennaoui

08 h 42, le 22 janvier 2021

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Commentaires (1)

  • Merci Jacques pour cette analyse. Le point essentiel c’est que la population doit réaliser la dangerosité de ce virus et garder les distances minimales. Il faut évidemment ce faire vacciner. Bon courage et merci pour tout

    charles s gennaoui

    08 h 42, le 22 janvier 2021

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