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Moyen-Orient - Focus

La descente aux enfers des Frères musulmans en Égypte

Critiquée pour sa mauvaise gestion des affaires et ses velléités hégémoniques, la confrérie s’est mis à dos l’opinion.

La descente aux enfers des Frères musulmans en Égypte

Un portrait du président égyptien déchu, Mohammad Morsi, parmi des débris, au Caire, le 15 août 2013. Mahmoud Khaled/AFP

Dix ans après le soulèvement populaire qui avait propulsé les Frères musulmans à la tête de l’Égypte, la confrérie islamiste, implacablement réprimée, est plus marginalisée que jamais, estiment des experts. Classée « organisation terroriste » par Le Caire, avec des milliers de ses partisans en prison et dans le collimateur de pays alliés de l’Égypte, la confrérie fait profil bas. « Je ne pense pas qu’ils soient finis, souligne Mostafa Kamel al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’université du Caire. Mais avec le régime égyptien actuel, il est difficile pour eux d’apparaître publiquement. » Fondée en 1928, la confrérie est devenue le principal mouvement d’opposition en Égypte. Menant des œuvres caritatives, elle s’est attiré les sympathies d’une grande partie de la population au fil du XXe siècle. Cette politique a porté ses fruits en 2005, lors de sa première percée électorale – alors très réglementée, avec un nombre de sièges limités – sous le président Hosni Moubarak. Quelques années et une révolte plus tard, celui-ci sera contraint de quitter le pouvoir, en février 2011.

Prison, exécutions, exil

La chute de Moubarak permet aux Frères d’accéder au pouvoir : en juin 2012, Mohammad Morsi, l’un des leurs, devient le premier président élu à l’issue d’un scrutin libre, mais sous le regard vigilant des militaires. Un an plus tard, à la suite de manifestations de masse contre lui, M. Morsi est destitué par l’armée, menée par le général devenu depuis président Abdel Fattah al-Sissi. Critiquée pour sa mauvaise gestion des affaires et ses velléités hégémoniques, la confrérie s’est mis à dos l’opinion, montrant qu’elle n’était « pas capable » de diriger, estime le spécialiste des mouvements islamistes, Kamal Habib. Selon lui, ses dirigeants n’ont pas su notamment « répondre aux questions des nouvelles générations ». L’analyste libanais Hadi Wahhab estime de la même façon que leur courte expérience au pouvoir a révélé leur incapacité à proposer un « projet économique ou politique alternatif ». Après l’éviction de M. Morsi, les Frères musulmans connaissent une rapide descente aux enfers.

« Terroriste »

Le 14 août 2013, quelque 800 partisans, selon les ONG, sont tués lors de l’assaut contre des sit-in au Caire. Un « massacre », d’après Human Rights Watch. Dans la foulée, le guide suprême de la confrérie Mohammad Badie et son adjoint Khairat al-Chater sont emprisonnés. Fin 2013, la confrérie est inscrite sur la liste des organisations « terroristes » et, en juin 2019, M. Morsi, emprisonné, meurt en plein procès. Des milliers de sympathisants de l’organisation croupissent derrière les barreaux, certains ont été exécutés et d’autres ont pris le chemin de l’exil, au Qatar ou en Turquie. Le chef de facto des Frères musulmans Ibrahim Mounir réside, lui, à Londres. Dans le même temps, la situation sécuritaire s’est détériorée avec des attentats meurtriers contre la police. Le groupe « Hasm », qui les a revendiqués, a été accusé par Le Caire d’être lié aux Frères musulmans.Si les autorités à Doha ou Ankara ont longtemps été considérées comme des alliées du mouvement islamiste, la réconciliation fin 2020 entre le Qatar, d’une part, l’Égypte, l’Arabie saoudite, Bahreïn et les Émirats arabes unis, de l’autre, pourrait jouer en sa défaveur. Les quatre pays avaient rompu leurs liens en 2017 avec le Qatar, accusé notamment de soutenir la confrérie via sa célèbre chaîne al-Jazeera.

« Aucun changement possible »

Pour M. Sayed, les Frères musulmans risquent notamment de perdre leur « fenêtre sur le monde arabe », en référence à al-Jazeera, qui pourrait bien changer de ton envers eux. Mais pour Cinzia Bianco, du Conseil européen pour les relations internationales, Doha n’a pas vraiment eu à « faire de compromis sur son soutien aux mouvements affiliés ou inspirés des Frères musulmans ».Cherchant des soutiens, la confrérie espère que le prochain hôte à la Maison-Blanche Joe Biden fera preuve de plus d’ouverture à son égard que Donald Trump, grand allié du président Sissi. Elle a notamment invité Washington à « revoir (ses) politiques d’aide et de soutien aux dictatures ». Mais, selon M. Habib, le gouvernement américain « améliorera peut-être la situation des droits humains, le travail des partis et de la société civile (...), mais (ne favorisera) pas le retour des frères ».Pour le porte-parole de la confrérie, Talaat Fahmy, basé à Istanbul, « aucun changement en Égypte n’est possible par le biais d’élections sous le régime actuel ». « Seule une action populaire est susceptible de faire reculer ces gens », a-t-il affirmé à l’AFP.

Source : AFP


Dix ans après le soulèvement populaire qui avait propulsé les Frères musulmans à la tête de l’Égypte, la confrérie islamiste, implacablement réprimée, est plus marginalisée que jamais, estiment des experts. Classée « organisation terroriste » par Le Caire, avec des milliers de ses partisans en prison et dans le collimateur de pays alliés de l’Égypte, la confrérie...

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La répression ne peut pas éteindre une philosophie. Il aurait fallu les laisser gouverner pour que le peuple égyptiens et le monde réalisent leur décalage avec le monde moderne, et les évincer dans les urnes électorales. Obama les a "sauvé" en quelques sortes en acceptant de les renverser. Il faut se rendre à l'évidence que la performance du nouveau régime du Général Sissi est meilleur pour l'Egypte, mais ils seront toujours là.

MGMTR

16 h 20, le 22 janvier 2021

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Commentaires (1)

  • La répression ne peut pas éteindre une philosophie. Il aurait fallu les laisser gouverner pour que le peuple égyptiens et le monde réalisent leur décalage avec le monde moderne, et les évincer dans les urnes électorales. Obama les a "sauvé" en quelques sortes en acceptant de les renverser. Il faut se rendre à l'évidence que la performance du nouveau régime du Général Sissi est meilleur pour l'Egypte, mais ils seront toujours là.

    MGMTR

    16 h 20, le 22 janvier 2021

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