Rechercher
Rechercher

Politique - Politique

Entre l’armée et le Hezbollah, une crise discrètement désamorcée

Soumise à des pressions de toutes parts, la troupe affirme qu’elle maintiendra sa cohésion et restera loin des divisions confessionnelles.

Entre l’armée et le Hezbollah, une crise discrètement désamorcée

Le commandant en chef de l’armée à Ersal en 2019. L’armée été la cible d’une campagne qui n’a été étouffée qu’après une série de contacts et de réunions entre son commandement et le Hezbollah. Photo d’archives ANI

Alors que les institutions du pays s’effondrent l’une après l’autre, l’armée libanaise a récemment fait face à une nouvelle campagne la visant, qui n’a pu être étouffée qu’après une série de contacts et de réunions entre son commandement et le Hezbollah, selon des sources concordantes.

La campagne a commencé après le dernier discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui avait estimé, en évoquant la double explosion du 4 août, qu’on ne pouvait pas en faire assumer la responsabilité à son parti, surtout que l’armée est responsable de la protection du port de Beyrouth. Il avait ajouté que l’armée était au courant du stockage des matières dangereuses et il l’avait appelée à dévoiler les résultats de l’enquête menée jusqu’à présent, alors que cela n’est pas du ressort de cette institution, mais de la justice. Peu après, des articles virulents contre l’armée ont été publiés dans le quotidien al-Akhbar, proche du Hezbollah, par son rédacteur en chef Ibrahim el-Amine et son correspondant judiciaire Radwan Mortada. Ce dernier a également évoqué la responsabilité de l’armée dans le stockage du nitrate d’ammonium à l’origine du drame du port et a usé de termes dégradants à l’égard de la troupe. Selon des sources informées, le commandement de l’armée a estimé que cette campagne était inadmissible et portait atteinte à l’institution et au moral de la troupe. Et des contacts ont eu lieu entre le Hezbollah et le commandement de l’armée pour circonscrire l’affaire, d’après des sources proches des deux parties. Dans ses contacts avec le commandant en chef de l’armée et des officiers de son cabinet, le Hezbollah s’est démarqué de cette campagne et a assuré à ses interlocuteurs qu’il ne couvrirait pas Radwan Mortada, parce qu’il a insulté l’armée. Il a cependant estimé que l’affaire devait être du ressort de la justice et que ce n’était pas nécessaire d’envoyer une patrouille des services de renseignements pour tenter d’arrêter le journaliste qui se trouvait dans les locaux de la chaîne al-Jadeed, comme cela s’est produit le 15 janvier. M. Mortada avait refusé d’obtempérer mais s’était présenté plus tard devant la justice. Des sources politiques opposées au Hezbollah notent que le parti pro-iranien avait choisi d’adresser, via al-Akhbar, un message indirect au commandant en chef de l’armée, le visant en raison de la bonne relation qui le lie aux États-Unis et plusieurs pays arabes et de certaines informations selon lesquelles la troupe se préparerait à combattre les opérations de contrebande entre le Liban et la Syrie. Mais elles expliquent que le Hezbollah se garde d’attaquer frontalement l’armée, pour maintenir les voies de la négociation ouvertes, et aussi parce qu’il ne peut pas se permettre de se mettre à dos l’institution. En effet, le Hezbollah sortirait perdant de tout affrontement avec l’armée et l’intérêt du parti est de maintenir une bonne relation avec elle. Surtout que la formation chiite sait bien que des pressions intenses sont exercées sur le commandant en chef de l’armée pour qu’il entre en confrontation avec le Hezbollah, ce qu’il refuse.

Entre Gebran Bassil et Joseph Aoun...

Pour sa part, l’armée estime que cette campagne n’est pas la première qui vise son commandement actuel et qu’elle intervient après de multiples tentatives de porter atteinte à son image de rassembleur. Une source haut placée au sein de l’institution militaire souligne que « plusieurs parties sont irritées par les succès enregistrés par le commandement de l’armée, surtout qu’il est proche de tout le monde, en maintenant dans le même temps ses distances avec tous. Le problème est qu’il n’a pas accepté de se plier aux exigences d’une partie quelconque », ajoute cette source. Elle souligne, à titre d’exemple, que beaucoup avaient tenté, en vain, de pousser l’armée à l’affrontement avec les contestataires du 17 octobre 2019, ce qu’elle avait refusé. Auparavant, l’armée avait déjà essuyé plusieurs écueils, lors des incidents de Qabrchmoun, en juillet 2019, quand une tournée du chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil à Aley avait déclenché un affrontement interdruze entre l’allié du CPL, le Parti démocrate de Talal Arslane, et le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt, faisant au moins deux morts. Le CPL et le président Michel Aoun, ajoute la même source, avaient tenté de mettre l’armée en face à face avec les partisans du PSP, mais la troupe n’a pas obtempéré. Elle rappelle aussi l’incident de janvier 2018, quand la fuite d’une vidéo dans laquelle M. Bassil accuse le président du Parlement Nabih Berry de pouvoir abusif et le qualifie de « baltaji » (voyou) avait provoqué des tensions entre les partisans des deux camps sur le terrain, notamment devant le siège du CPL, au centre Mirna Chalouhi, où l’armée a dû intervenir.

Lire aussi

Les mille et un risques d’une dégradation sécuritaire au Liban


Dans le même temps, plusieurs parties accusent régulièrement le commandant en chef de l’armée, le général Joseph Aoun, d’ambitions présidentielles que ce dernier dément et il estime qu’elles visent à affaiblir l’institution. Des accusations qui sont surtout le fait des milieux du CPL, en raison de l’absence d’alchimie entre son chef et le général Joseph Aoun. Mais ces divergences se répercutent sur plusieurs dossiers, dont le dernier en date était la nomination d’un nouveau directeur des SR de l’armée. En effet, selon des sources informées, le commandant en chef voulait renouveler le mandat du général Tony Mansour, un de ses fidèles, mais il s’est heurté à l’opposition de Gebran Bassil qui entretient une mauvaise relation avec le général Mansour. Finalement, le chef de l’État a proposé une solution de compromis qui a abouti à la nomination du général Tony Kahwagi à ce poste. Des sources du CPL assurent cependant qu’elles soutiennent entièrement l’armée face à la campagne la visant et démentent tout conflit avec son commandant en chef.

Un autre dossier sensible est celui des négociations sur la démarcation de la frontière maritime avec Israël : alors que ces négociations avaient démarré en octobre sur la base d’une zone contestée de 860 km2, l’armée a présenté une carte affirmant le droit du Liban à une superficie de 2 290 km2 – rejetée par Israël – immédiatement après les sanctions américaines imposées à Gebran Bassil. Si la troupe affirme que le Liban est dans son bon droit de réclamer cette superficie, certains opposants au camp du président se demandent si elle a été mise sous pression pour le faire, dans le but de porter atteinte aux relations de son commandant en chef avec l’étranger et donner l’impression qu’il entrave les négociations. Face à tous ces défis, et au poids de la crise économique qu’elle ressent également de plein fouet, l’armée affirme qu’elle maintiendra sa cohésion et restera loin des divisions confessionnelles. Surtout que l’effondrement de ce seul pilier encore debout au Liban et qui jouit de la confiance des Libanais et de l’étranger signifierait l’anéantissement du pays.



Alors que les institutions du pays s’effondrent l’une après l’autre, l’armée libanaise a récemment fait face à une nouvelle campagne la visant, qui n’a pu être étouffée qu’après une série de contacts et de réunions entre son commandement et le Hezbollah, selon des sources concordantes. La campagne a commencé après le dernier discours du secrétaire général du Hezbollah,...

commentaires (10)

"la troupe se préparerait à combattre les opérations de contrebande entre le Liban et la Syrie.". Et mon c.., c'est du poulet? Ils ne feront rien, parceque ça les amènera à se confronter au hezb.

DJACK

20 h 26, le 21 janvier 2021

Tous les commentaires

Commentaires (10)

  • "la troupe se préparerait à combattre les opérations de contrebande entre le Liban et la Syrie.". Et mon c.., c'est du poulet? Ils ne feront rien, parceque ça les amènera à se confronter au hezb.

    DJACK

    20 h 26, le 21 janvier 2021

  • Le jour où l'armée m'impressionnera, est le jour où elle arrêtera les caravanes de Fuel et de Mazoute qui passe jusqu'à présent impunément. Le jour où l'armée m'impressionnera, est le jour où elle aura la force de faire respecter le confinement dans les régions tenues par le Hezbollah, qui continuent à agir comme si nous étions deux pays ! Le jour ou l'armée m'impressionnera, est le jour où l'armée aura le courage d'avouer que le gouvernement qu'il protège est corrompus, anti-constitutionnel. Le jour ou l'armée m'impressionnera est le jour où elle se rangera du côté du peuple contre une Milice de Mercenaires Iraniens ou pro-Iraniennes. D'ici la, ils peuvent se gargariser d'ici jusqu'au prochain siècle, cela m'est égale!

    Marwan Takchi

    19 h 45, le 21 janvier 2021

  • Comment notre exécutif peut permettre que son armée puisse être soumise à des mercenaires ? Personne ne devrait tenir compte de ce que le barbu 6-feet-under déclare dans ses discours redondants et insipides ! C'est au gouvernement de faire la médiation entre l'armée et la milice illégale (et ses organes de presse). Mais c'est vrai que nos dirigeants pataugent dans la nullité absolue et ne savent rien faire. Nous n'avons pas à nous soucier des intérêts du Hezbollah, mais de ceux du Liban et de son armée. Franchement nous avons affaire à une bande de gamins dans une cour de récréation de maternelle. Je le disais déjà il y a quelques années et certains fanatiques naïfs et aveugles me rétorquaient que c'était plutôt la cour des grands. Waw ! Où sont-ils ces abrutis ? On ne les entend plus.

    Robert Malek

    17 h 56, le 21 janvier 2021

  • il s’est heurté à l’opposition de Gebran Bassil qui entretient une mauvaise relation avec le général Mansour. DONC LE PRESIDENT INTERVIENT EN FAVEUR DE GEBRAN POUR FAIRE VALOIR QUE GEBRAN DOIT TOUJOURS AVOIR RAISON MEM SI LES PERSONNES SONT TRES QUALIFIES POUR LE POSTE Des sources du CPL assurent cependant qu’elles soutiennent entièrement l’armée face à la campagne la visant et démentent tout conflit avec son commandant en chef. CONTRADICTION EVIDENTE VOIR LA SUITE DE L'ARTICLE CI DESSOUS Des accusations qui sont surtout le fait des milieux du CPL, en raison de l’absence d’alchimie entre son chef et le général Joseph Aoun FAUT IL AJOUTER UN COMMENTAIRE POUR PROUVER QUE LE CPL SE CONTREDIT EN PERMANENCE certaines informations selon lesquelles la troupe se préparerait à combattre les opérations de contrebande entre le Liban et la Syrie. DONC AVOUER CLAIREMENT QUE C'EST HEZBOLLAH QUI ASSURE TOUTE LA CONTREBANDE IMPORTANTE ENTRE LE LIBAN ET LA SYRIE AU DETRIMENT DU LIBAN ET DU PEUPLE QUI FINANCE DANS LA PRATIQUE LES AIDES ACCORDES PAR LA BDL POUR LE PEUPLE LIBANAIS EN PRINCIPE MAIS QUI AIDE A ENRICHIR LES MILICES ET LES HOMMES VERREUX AFFILIES A ELLE LA VERITE GENERAL JOSEPH AOUN FERMEZ CES FRONTIERES ET ADVIENNE QUE POURRA CAR LE PEUPLE ET L;'ARMEE SONT PLUS FORT QUE CETTE MILICE ET PARCEQUE SANS CELA , SI VOUS NE LE FAITES PAS DE SUITE, IL N' Y AURA PLUS DE DEVISES A LA BDL ET DONC IL N'Y AURA PLUS DE PEUPLE NI DE NATION LIBANAISE MAIS UN IRAN 2 AU LIBAN

    LA VERITE

    17 h 45, le 21 janvier 2021

  • L'ARMÉE EST AU SERVICE DU PEUPLE PATRIOTE ? MON OEIL

    Gebran Eid

    16 h 17, le 21 janvier 2021

  • meme si les parties "charmantes" visaient l'armee et/ou son chef -ce ne serait pas la 1ere ni la derniere fois ou leurs buts concorderaient, a savoir se debarrasser de l'aura qu'a cette armee aupres du peuple et/ou celle de son chef J Aoun. et donc le but de jobran et celui de nasroullah ensemble.

    gaby sioufi

    12 h 27, le 21 janvier 2021

  • Pourquoi accorder tant d’importance à HN en se rabaissant pour négocier avec lui? Voilà comment on lui montre qu’il est le maître du jeu. Il faut changer de tactique et le laisser japper et s’occuper du plus important. Les frontières et la sécurité du pays. Il n’est pas fou pour affronter l’armée ne serait ce que verbalement car il sait que tout le monde connaît ses tours de passe pour se montrer dangereux alors qu’il est au pied du mur et utilise des subterfuges pour faire peur. Il faut profiter et cesser les compromissions et la soumission. Votre heure de gloire n’est pas loin. Il n’osera jamais retourner ses armes contre l’armée officielle il signera sa mort subite.

    Sissi zayyat

    11 h 51, le 21 janvier 2021

  • Il serait temps de montrer aux milices armées que l’armée libanaise est libre et décide seule des guerres ou de la paix sur son sol. Quant aux trafics sur les frontières que le HB utilise comme passoire pour acheminer des terroristes et vider le pays du peu de de denrées essentielles il devrait cesser coûte que coûte et que cette milice ose toucher à un cheveux de notre armée nationale. Les libanais sont à bout de souffle mais croient encore en leur armée leur seule bouée de sauvetage et sont prêts à la défendre, tout comme les pays amis qui seront là pour donner une leçon exemplaire à HN si par malheur il tente de lui faire la guerre. Alors commandant, maintenant que vous avez toutes cartes en main il est inutile de continuer à faire des concessions qui ne vous honorent pas il faut tenir tête à cette mafia et leurs alliés c’est le moment où jamais. Trêve de compromissions le pays a besoin d’un héros.

    Sissi zayyat

    10 h 49, le 21 janvier 2021

  • QUAND L,ARMEE LEGALE DU PAYS EST OBLIGEE DE NEGOCIER AVEC UNE ARMEE ILLEGALE ET ETRANGERE SUR SON SOL. C,EST LE COMBLE DE LA HONTE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 58, le 21 janvier 2021

  • "la troupe se préparerait à combattre les opérations de contrebande entre le Liban et la Syrie.". Il serait temps! Et tant pis si cela ne plaît pas au sieur Nasrallah et à ses sbires!

    Yves Prevost

    06 h 38, le 21 janvier 2021

Retour en haut