Rechercher
Rechercher

Édition

Le Liban des poètes et des prophètes pourrait-il sauver la jeunesse ?

Vient de paraître « Loubnan, al-anbiya’ wach-chouaara’ », un pavé de 545 pages, signé Atef Caesar Merhi (éditions Byblos) et dédié au Parnasse libanais et à sa terre empreinte de sainteté.

Le Liban des poètes et des prophètes pourrait-il sauver la jeunesse ?

Atef Ceasar Merhi : « Il est temps d’instaurer l’offrande des livres de poésie ou des ouvrages culturels. » Photo DR

Autant le signaler d’emblée : Loubnan, al-anbiya’ wach-chouaara’ (Liban, les prophètes et les poètes), de Atef Caesar Merhi (545 pages, éditions Byblos) n’est pas une anthologie comme le titre le laisse supposer, mais plutôt une sélection subjective de poètes et de poèmes patiemment triés et classés pour « rendre hommage au centenaire du Grand Liban », comme le précise l’auteur. Mais aussi, ajoute-t-il, pour que « les jeunes générations découvrent la richesse d’une civilisation ancestrale, les coulisses de l’histoire et les trésors culturels de la langue arabe ».

Trois ans de recherches dans les archives et les bibliothèques de plusieurs universités (USJ, AUB, Kaslik) auront été nécessaires pour mettre à jour, côte à côte, dans un heureux voisinage, un résumé du parcours de quatre prophètes dont Jésus Ben Sirakh, Josué, Osée, une centaine de poètes de la langue arabe écrite et parlée (zajal), avec une petite incursion du côté de la langue de Molière et de Racine avec Charles Corm et Nadia Tuéni. Un projet monumental mis en œuvre par Atef Caesar Merhi, paisible intellectuel et citoyen de Haitoura (caza de Jezzine) passionné de la poésie transmise par son père, lui-même poète. « En passant dans les rues pour arriver à mon village par la route de l’aéroport, confie-t-il, j’ai vu sur les murs des graffitis coléreux et injurieux contre le Liban, tombé aujourd’hui dans un total état de décrépitude, d’anarchie et de décadence. Cela m’a bouleversé, car la jeunesse, plus portée sur le monde numérique et électronique, aux WhatsApp et autre Facebook qu’à l’univers de la lecture classique, ignore beaucoup des profondes richesses du pays du Cèdre. » Atef Caesar Merhi a alors conçu ce livre « en réponse à tant d’agressivité, comme un cri du cœur et une référence pour une plus ample information ignorée en ce qui concerne l’univers du verbe et des idées… ». Plus de cent poètes sont ainsi répertoriés dans les pages de cet ouvrage.

Lire aussi

Beyrouth restera-t-elle cette étincelante muse du Parnasse ?

« Les poètes du monde arabe qui ont parlé du Liban – dont al-Moutanabbi, Abou Nawwas, Hafez Ibrahim et Nizar Kabbani – y sont par contre cités, sans plus… indique M. Merhi. Quant à la poésie en langue française, j’ai choisi Nadia Tueni et Charles Corm, non en mesure restrictive ou réductrice par rapport à de nombreux poètes libanais francophones, mais tout simplement à cause de leur vibrant hommage au Liban, si direct et clair, d’ailleurs traduit aussi en langue arabe par Abdo Wazen et le père Farhat… »


« Loubnan, al-anbiya' wach-chouaara’ » de Atef Caesar Merhi (545 pages-éditions Byblos). Photo DR


Images poétiques

Les cèdres qui défient le temps, les parfums du romarin et du jasmin embaumant le printemps, l’or des genêts et le vermillon du coquelicot dans les prairies, les cîmes enneigées à l’appel irrésistible, les reflets azurés de la mer sont autant d’images pittoresques dessinées et sculptées par des mots et qui remplissent ces pages – entre autres considérations, contemplations et réflexions – à l’inspiration généreusement nourrie et exclusivement libanaise. Les poètes depuis 1880 avec Rachid Nakhlé, jusqu’à Antoine Merhi, en 1964, y figurent en bonne place.

Parmi cette très riche brochette de plumes bien trempées et à la farouche corde patriotique, on retrouve, pour la poésie écrite – et pour ne citer que ceux-là –, Salah Labaki, Élia Abou Madi, Chuckrallah et Akl Jorr, Chafic el-Maalouf, Amine Nakhlé, Nagi Jamaleddine et Salim Haïdar…

Lire aussi

Cet Orient qui écrit si bien son mal de vivre

Côté joute oratoire des « zajalistes », ces personnages hauts en couleur et très applaudis, nul n’ignore le verbe rythmé, joyeux, incantatoire ou accusateur de Chahrour el-Wadi, ce prince populaire de l’élocution versifiée qui a inspiré à Zad Moultaka un opéra de chambre fort original intitulé tout simplement Zajal. Mais l’ouvrage de Atef Merhi s’attarde également sur d’autres étoiles du genre comme Asaaad Sebaali, Assad Saba, Cesar Merhi, Youssef Chalhoub… Dans ce torrent poétique rivalisant de richesse sonore et de combinaisons d’images saisissantes, quels sont les plus beaux vers pour l’auteur du livre qui porte haut et évident l’amour du Liban au cœur ? Sa réponse, candide et simple, fuse : « Ceux de mon père Caesar Merhi. » Et de les citer avec dévotion et déférence : « Ô Liban plus cher que mon bien-aimé, qu’est-ce qu’ils t’ont fait, ô mon bien aimé, qui a défiguré le miroir de ta beauté et griffonné à mal sur ton nom par l’écriture ? »

Reste à savoir quel est désormais le souhait de Atef Merhi une fois présenté ce livre précieux et rare.

« Que les entreprises arrêtent d’offrir et de distribuer des stylos, des cahiers et des agendas à la fin de l’année, s’empresse de dire l’auteur. Il est temps d’instaurer l’offrande des livres de poésie ou des ouvrages culturels, de loin plus utiles et instructifs pour l’amour d’un pays, d’une nation, d’une patrie… »

* « Loubnan, al-anbiya’ wach-chouaara’ » de Atef Caesar Merhi (545 pages-éditions Byblos) est disponible sur commande. Tél. : 00961 3 251502. Email : [email protected]



Autant le signaler d’emblée : Loubnan, al-anbiya’ wach-chouaara’ (Liban, les prophètes et les poètes), de Atef Caesar Merhi (545 pages, éditions Byblos) n’est pas une anthologie comme le titre le laisse supposer, mais plutôt une sélection subjective de poètes et de poèmes patiemment triés et classés pour « rendre hommage au centenaire du Grand Liban », comme le...

commentaires (0)

Commentaires (0)