Rechercher
Rechercher

Politique - Crise politique

En colère contre la classe dirigeante, Raï sonne l’heure du changement

Déçu par le nouvel échec à former un cabinet, le chef de l’Eglise maronite s’en prend aux responsables et cible en particulier Baabda. 

En colère contre la classe dirigeante, Raï sonne l’heure du changement

Le patriarche maronite Mgr Béchara Raï, prononçant un discours, le 26 décembre 2020. Photo ANI

Après avoir multiplié les signes de soutien au mouvement de contestation, qu’il a appelé à reprendre avec force, le patriarche maronite, Béchara Raï, semble être passé à la vitesse supérieure. Il ne cache plus sa volonté de voir un changement radical s’opérer au niveau de la classe politique qui n’en finit pas de décevoir le peuple, accordant la priorité aux querelles liées à la futile politique politicienne.

C’est sans doute un de ses plus forts messages à la classe politique que le patriarche maronite a adressé à l’occasion de Noël, les 24 et 25 décembre. Le prélat y a exprimé sa colère quant aux atermoiements empêchant encore la naissance du cabinet. Toutefois, les protagonistes continuent de faire sciemment la sourde oreille aux alertes de Bkerké. L’impasse actuelle est donc là pour durer.

L’escalade verbale de Mgr Raï était prévue, dans la mesure où sa tentative d’accélérer la mise en place de la nouvelle équipe est tombée à l’eau. A la suite du report sine die de la visite du président français, Emmanuel Macron, à Beyrouth (qui était initialement prévue les 22 et 23 décembre), Mgr Raï était entré en force pour que les tractations débouchent sur un gouvernement le plus rapidement possible. Il s’était donc entretenu avec le président de la République, Michel Aoun, le Premier ministre désigné, Saad Hariri et le leader du Courant patriotique libre, Gebran Bassil. Des réunions entre MM. Aoun et Hariri s’étaient tenus en début de semaine. Le Premier ministre désigné avait même espéré « une formule » gouvernementale avant Noël. Des espoirs douchés 24 heures plus tard, avec le déclenchement d’un nouveau round de la traditionnelle querelle entre Baabda et la Maison du Centre, avec, en toile de fond, un désaccord autour de la répartition des portefeuilles ministériels, et un bras de fer portant sur les ministères de la Justice et de l’Intérieur.

C’est donc en raison de cet énième échec à mettre sur pied une équipe ministérielle que Mgr Raï a sévèrement critiqué la classe dirigeante dans son ensemble, ciblant en particulier le chef de l’Etat et son entourage.

"Nous pensions que les responsables allaient hâter la mise en place d'un gouvernement qui soit à la hauteur des défis, afin de ressusciter les institutions de l'État et qu'il prenne des décisions. Mais nous avons été surpris par les conditions et les contre-conditions ainsi que des standards nouvellement mis au jour, tout comme le fait de lier la formation du cabinet aux conflits régionaux et mondiaux. Nous sommes désormais sans pouvoir exécutif et l'effondrement s'amplifie. Les prérogatives, les critères et la répartition des portefeuilles sont importants, mais la population vient avant tout », a tonné le chef de l’Eglise maronite.

En évoquant « les conditions et contre-conditions », et « les standards mis à jour », Béchara Raï décochait clairement une flèche en direction du tandem Baabda-CPL, qui plaide sans relâche pour que ce qu’il appelle « des critères unifiés » soient respectés lors de la formation du futur cabinet.

Poursuivant sur la même ligne, le prélat a ajouté : « La population sent que le changement est devenu urgent afin de mettre un terme à l'effondrement national. "Nous avons souhaité tellement de fois que le président de la République et le Premier ministre désigné forment une seule équipe au-dessus des divisions et qu'ils se libèrent, même temporairement, des pressions afin de former un gouvernement d'experts non politisés (...)", a martelé le patriarche. "Les conditions posées par certains ne sont pas valables en cette période et sont injustifiées lorsqu'il s'agit d'un gouvernement d'experts. Il faut dire la vérité à la population (...)", a conclu Béchara Raï. Encore une pique en direction du camp présidentiel qui presse pour obtenir le tiers de blocage au sein du gouvernement (sensé être formé de spécialistes) pour des calculs politiques (voire présidentiels) prématurés. Une démarche qui va à l’encontre de la volonté du patriarche maronite et du Premier ministre désigné. A la faveur de l’initiative française parrainée par Emmanuel Macron, le patriarche Raï, Saad Hariri et plusieurs protagonistes plaident pour que soit mis sur pied un cabinet de spécialistes non affiliés aux partis politiques.

Lire aussi

Le pape François à Raï : La Providence n’abandonnera jamais le Liban

Bien au-delà de ses violentes diatribes contre le pouvoir en place, et en tenant ces propos, Mgr Raï converge, une fois de plus, avec le mouvement de contestation sur l’un de ses demandes les plus chères : en finir avec la classe politique actuelle.

« En exprimant sa stupeur face à des responsables qui n’ont pas tenu leurs engagements, le patriarche sonnerait probablement l’heure de départ pour tous les protagonistes », commente pour L’Orient-Le Jour un analyste politique sous couvert d’anonymat.

De son côté, Bkerké prend naturellement le soin de rester loin de ce genre d’analyses, préférant garder le patriarche à égale distance de tous les camps. « Le message du patriarche est clair. Il est furieux de constater que le processus de formation du gouvernement est de nouveau au point mort », déclare un proche de Bkerké, stigmatisant « le manque du sens des responsabilités des… responsables ». « Chaque partie tente de tirer le plus d’avantages politiques aux dépens du peuple libanais et de ses intérêts », déplore encore le proche du patriarcat maronite ».

A une question portant sur les actions que pourrait prendre le patriarche, la personnalité citée plus haut souligne que l’initiative de Mgr Raï (menée avant Noël ne s’est pas arrêtée. Mais pour le moment, aucun agenda clair n’est défini dans ce sens ».

Ces propos pourraient être interprétés comme traduisant un attentisme pour lequel opterait Bkerké dans la prochaine phase, qui devrait être consacrée à aplanir les obstacles entravant encore la formation du gouvernement. Il s’agirait notamment de la mésentente entre Baabda et la Maison du Centre autour de plusieurs ministres choisis par le chef de l’Etat, et non approuvés par Saad Hariri, apprend-on de source informée.

Aoun absent
Sauf que rien ne prête à croire qu’un déblocage est à attendre dans un avenir proche, les protagonistes concernés par les tractations campant sur leurs positions traditionnelles sur ce plan.

Pour mémoire

Gouvernement : les trois raisons de l’impasse

C’est surtout le cas de Baabda où l’on renvoie la balle dans le camp du Premier ministre désigné. « Lors de leur dernier entretien mercredi, MM Aoun et Hariri ont divergé sur la répartition des portefeuilles ministériels entre les communautés. Le Premier ministre désigné devrait donc étudier une solution et rencontrer de nouveau le président de la République, après les fêtes de fin d’année », explique un proche de la présidence, qui évite de commenter la diatribe patriarcale de Noël.

Le palais présidentiel évitait ainsi d’envenimer la polémique suscitée par l’absence de Michel Aoun de la messe annuelle de Noël tenue à Bkerké, sous prétexte de coronavirus. Sauf que le timing d’une telle décision traduirait naturellement la tension entre Bkerké et Baabda, à cause du gel des tractations, sachant que les rapports entre les deux camps sont en dents de scie, depuis que Béchara Raï a lancé la bataille pour la neutralité positive du Liban, une notion à laquelle Michel Aoun ne semble pas adhérer, du moins pour le moment.

A l’heure actuelle, ce qui est sûr, c’est que Bkerké veut garder la personne du président Aoun loin de la querelle actuelle. « Le patriarche n’a aucun problème avec le chef de l’Etat », assure le proche de Mgr Raï, cité plus haut.


Après avoir multiplié les signes de soutien au mouvement de contestation, qu’il a appelé à reprendre avec force, le patriarche maronite, Béchara Raï, semble être passé à la vitesse supérieure. Il ne cache plus sa volonté de voir un changement radical s’opérer au niveau de la classe politique qui n’en finit pas de décevoir le peuple, accordant la priorité aux querelles liées...

commentaires (2)

HAMIYA HRAMIYA ! OU QUAND LE BERGER EST LE LOUP... OU QUAND LA TETE EST LE BOYCOTTEUR PAR EXCELLENCE !

CENSURE + BOURDES DE LA DAME = FUITE DES ABONNES.

17 h 25, le 27 décembre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • HAMIYA HRAMIYA ! OU QUAND LE BERGER EST LE LOUP... OU QUAND LA TETE EST LE BOYCOTTEUR PAR EXCELLENCE !

    CENSURE + BOURDES DE LA DAME = FUITE DES ABONNES.

    17 h 25, le 27 décembre 2020

  • Et si le patriarche prenait la tète de la contestation populaire, ce qui serait un acte citoyen très fort.. On a déjà vu, venant de la part d'ecclésiastiques au Canada ou dans certains pays Africains ce genre d'engagement . A coup sur il rallierait une grande partie de toutes les composantes de la société civile en vue d'une action "humanitaire" qui serait de nous débarrasser, enfin, de cette crasse repoussante et méprisable qui nous dirige.

    C…

    05 h 47, le 27 décembre 2020

Retour en haut