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DISTINCTION

Le prix de la thèse francophone à une Libanaise

Némésis Srour, jeune chercheuse libanaise, a été primée en France pour sa thèse sur les réseaux de circulation des films Bollywood au Moyen-Orient

Le prix de la thèse francophone à une Libanaise

Afin de parvenir à travailler sur sa thèse, Némésis Srour a dû relever le défi de recueillir les matériaux et les sources pour documenter et analyser les circulations des films indiens dans l’espace arabe, alors que peu d’informations et de sources sont disponibles. Crédit photo Georgies Srour

C’est pour sa thèse sur la circulation des films hindis au Moyen-Orient que Némésis Srour a reçu le prix de la thèse francophone soutenu par l’AUF Moyen-Orient, décerné en octobre à Paris, dans le cadre du Prix de thèse sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans 2020. Un prix organisé par le Groupement d’intérêt scientifique (GIS) du CNRS France « Moyen-Orient et mondes musulmans » et par l’Institut d’étude de l’islam et des sociétés du monde musulman (IISMM), créé au sein de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS – Paris).

Parmi les 122 candidats, Némésis Srour a reçu l’un des huit prix décernés, celui de la meilleure thèse francophone sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans, un prix attribué par la direction régionale de l’AUF au Moyen-Orient. « C’est une belle reconnaissance par les pairs, par d’autres chercheurs du domaine. C’est aussi un moment émouvant, car ça vient consacrer plusieurs années de recherche – faites de doutes, de moments de vulnérabilité mais aussi de sacrifices », confie cette Libanaise de 33 ans qui avait soutenu sa thèse de doctorat en anthropologie sociale et ethnologie à l’EHESS en 2018.

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Intitulée Bollywood Film Traffic. Circulations des films hindis au Moyen-Orient (1954-2014), celle-ci porte sur les réseaux de circulation de ces films à Beyrouth, au Caire et à Dubaï. « J’ai voulu élargir mon questionnement à plusieurs villes de l’espace arabe, pour mieux comprendre le phénomène de circulation des films à l’échelle transnationale. J’ai choisi des villes emblématiques et centrales en termes d’industries cinématographique et médiatique », explique Némésis Srour dont le parcours universitaire multidisciplinaire en sciences humaines a contribué à façonner son sujet de thèse.

Titulaire d’un master de philosophie et d’une licence d’histoire du cinéma à la Sorbonne, ainsi que d’un master en études asiatiques à l’EHESS, cette Libanaise installée à Paris est passionnée par le cinéma indien. Et quelle ne fut sa stupéfaction lorsqu’elle apprit, en discutant avec sa grand-mère, en 2010, que cette dernière, partageant sa passion, regardait des films indiens en VHS (enregistrement vidéo sur bande magnétique), à Zahlé, dans les années 70 et 80. « J’avais envie de comprendre par quels réseaux des films VHS parvenaient de Bombay jusqu’à une ville de la Békaa, et ce pendant la guerre, mettant au défi l’explication majoritaire d’une dissémination des films indiens par l’entremise de la diaspora! » révèle la lauréate. Décidant d’enquêter et de remonter cette filière, elle s’est ainsi attelée à effectuer une ethnographie transnationale des réseaux de circulations des films pour comprendre ce domaine peu documenté des circuits cinématographiques Sud-Sud. D’ailleurs, c’est là que le sujet de sa thèse revêt un aspect novateur dans le monde de la recherche francophone. « Dans le monde académique anglo-saxon, Bollywood est un objet d’étude commun, presque banal et de nombreux ouvrages sont produits sur le sujet. Dans le domaine de la recherche francophone, le cinéma indien et l’industrie du cinéma en Inde sont un terrain quasi vierge. En ce sens, c’était très important pour moi d’écrire ma thèse en français et de contribuer à penser l’objet Bollywood avec les concepts formulés par la recherche en langue française », explique-t-elle.

Un sujet grand public, au-delà de la recherche académique

Afin de parvenir à travailler sur sa thèse, Némésis Srour a dû relever le défi de recueillir les matériaux et les sources pour documenter et analyser les circulations des films indiens dans l’espace arabe, alors que peu d’informations et de sources sont disponibles. Une partie de son travail s’est ainsi basée sur les archives de la presse francophone, anglophone et arabophone de l’époque, en Égypte et au Liban, mais aussi sur des rapports de l’Unesco sur le cinéma et les rapports gouvernementaux sur le cinéma en Inde. Cette chercheuse a également effectué un travail de terrain et des entretiens avec les personnes qui ont rendu possibles ces circulations. « Parvenir à identifier ces agents, parmi les centaines de distributeurs de films rien qu’à Bombay, qui ont exercé par le passé, mais plus forcément aujourd’hui, sans avoir aucune source écrite pour les repérer, ce n’était vraiment pas une mince affaire ! Mais je dois dire que c’était l’un des aspects les plus passionnants de ma recherche, car j’ai eu la chance de rencontrer des personnes fascinantes », assure-t-elle.

Construisant sa thèse en trois parties, cette chercheuse présente, dans la première, « les enjeux politiques et stratégiques de la diffusion des films indiens à l’étranger, vu que le gouvernement indien contrôle l’exportation de ses films jusque dans les années 1990 ».

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Dans la deuxième partie, elle se penche sur la façon dont Bollywood se représente le monde arabe dans ses films. « J’analyse par exemple la mise en scène de séquences de danse orientale dans un film des années 1950, ou encore les images tournées à Beyrouth dans les années 1960, alors que la capitale libanaise attire de nombreux tournages étrangers », souligne Némésis Srour. En redécouvrant les images du Liban à travers les yeux de Bollywood, celle-ci avoue être particulièrement émue par les scènes filmées à cette époque à Beyrouth. « Ce qui m’a intéressée dans la production de ces images, c’est la capacité de Bollywood à reprendre des images-clichés/stéréotypées qu’on retrouve dans les films européens et américains, mais en les transformant à sa manière », poursuit-elle.

Quant à la troisième partie, consacrée à l’ethnographie transnationale des réseaux, elle repose sur la documentation et l’analyse « des enjeux politiques de la présence des films indiens en Égypte, d’abord adulés puis combattus par le gouvernement. J’étudie les réseaux de marchands, qui entretiennent des liens historiques entre Bombay et la péninsule Arabique, et qui sont ceux qui ramènent les films indiens, avec d’autres marchandises comme les épices, les étoffes et les tissus », ajoute-t-elle.

Par ailleurs, pour la lauréate libanaise, le prix de la thèse francophone soutenu par l’AUF Moyen-Orient lui a ouvert la voie à la publication de sa thèse, lui permettant de travailler sur un projet d’édition d’un ouvrage. « J’aimerais que le format du livre soit assez grand public, et qu’il puisse être lu au-delà du monde universitaire, car, après tout, l’intérêt est de pouvoir partager et transmettre. » Son souhait est de proposer une vision différente et singulière de Beyrouth, du Caire et de Dubaï. « Ce livre retracera une histoire qu’on connaît mal, et pourtant une histoire vécue par des millions d’habitants des pays arabes! Il vous fera revivre l’âge d’or des films hindis et découvrir qui sont les personnes qui, en coulisses, ont fait circuler ces films », note-t-elle. « Alors, j’aimerais que ce livre rende hommage à ces agents de l’ombre, et restitue la puissance avant-gardiste de ces précurseurs et défricheurs de circuits cinématographiques », conclut Némésis Srour.



C’est pour sa thèse sur la circulation des films hindis au Moyen-Orient que Némésis Srour a reçu le prix de la thèse francophone soutenu par l’AUF Moyen-Orient, décerné en octobre à Paris, dans le cadre du Prix de thèse sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans 2020. Un prix organisé par le Groupement d’intérêt scientifique (GIS) du CNRS France « Moyen-Orient et mondes...

commentaires (2)

La jeunesse libanaise sera la bouée de sauvetage d'un pays en plein naufrage.

nabil zorkot

17 h 30, le 24 décembre 2020

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Commentaires (2)

  • La jeunesse libanaise sera la bouée de sauvetage d'un pays en plein naufrage.

    nabil zorkot

    17 h 30, le 24 décembre 2020

  • Bravo !

    nabil zorkot

    17 h 29, le 24 décembre 2020