Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo et le Premier ministre soudanais Abdallah Hamdok, le 25 août à Kharthoum. Photo AFP
Les États-Unis ont formellement retiré hier le Soudan de leur liste des pays soutenant le terrorisme, moins deux mois après que ce pays arabe a accepté de normaliser les relations avec Israël. Les autorités soudanaises, en place depuis 2019 après la révolte qui a chassé du pouvoir le président islamiste Omar el-Béchir, ont salué cette décision qui doit mettre fin à près de trois décennies d’isolement de leur pays et suscite l’espoir d’une sortie de la grave crise économique dans laquelle il est plongé.
Le 23 octobre, le président américain Donald Trump avait coup sur coup annoncé son intention de retirer le Soudan de la liste des États soutenant le terrorisme et l’accord du Soudan de normaliser ses relations avec Israël. « La période de notification au Congrès américain de 45 jours ayant expiré, le secrétaire d’État a signé une notification annulant la désignation du Soudan comme un État soutenant le terrorisme. La mesure est effective à compter de ce 14 décembre, date à laquelle elle sera inscrite au Journal officiel », a indiqué l’ambassade des États-Unis à Khartoum sur sa page Facebook. Confirmant la mesure américaine, le secrétaire d’État Mike Pompeo a évoqué un « changement fondamental » dans les relations bilatérales et « une plus grande collaboration et un plus grand soutien à la transition historique au Soudan ». Les États-Unis avaient imposé en 1993 ces sanctions après avoir accusé Omar el-Béchir d’entretenir des relations avec des « organisations terroristes », notamment le réseau el-Qaëda, dont le chef Oussama Ben Laden, avait séjourné dans ce pays dans les années 1990. Tant attendu par Khartoum, le retrait de la liste noire devrait offrir une bouffée d’oxygène à l’économie de ce pays décimée par les sanctions américaines, la mauvaise gestion et les conflits armés sous les 30 ans de pouvoir de M. Béchir, aujourd’hui en prison. L’inflation dépasse les 200 % et le pays souffre d’une pénurie chronique de devises fortes. Les coupures d’électricité durent au moins six heures par jour. Sans oublier la crise sanitaire liée à la maladie de Covid-19.
Immunité légale
« Félicitations au peuple soudanais! » a tweeté le président du Conseil de souveraineté, la plus haute instance exécutive au Soudan, le général Abdel Fattah al-Burhane. « C’est une tâche qui a été accomplie par les Soudanais dans l’esprit de la révolution. » « Nous sommes de retour au sein de la communauté internationale (...). Cela va aider le gouvernement transitoire à favoriser l’investissement et le transfert d’argent, et les jeunes à trouver du travail », a écrit sur sa page Facebook le Premier ministre Abdallah Hamdok.
L’inscription sur la liste noire empêchait les pays étrangers de commercer et d’investir au Soudan.
En octobre, les autorités soudanaises avaient nié tout « chantage » en acceptant, sous la pression américaine, d’établir des liens avec Israël. Le Soudan était le troisième pays arabe en moins de trois mois à annoncer un accord de normalisation avec Israël, après les Émirats arabes unis et Bahreïn. D’ailleurs, ce n’est qu’après l’accord soudanais à cette normalisation que M. Trump a effectivement notifié au Congrès américain le retrait du Soudan de la liste noire.
Khartoum attend cependant toujours d’obtenir l’immunité légale dans des affaires liées à des attentats passés, qui nécessite une loi au cœur des tractations au Congrès. Or là-dessus, les négociations entre l’administration Trump et le Congrès coincent. Cette décision s’inscrit dans un accord qui prévoit le versement par le Soudan de 335 millions de dollars de dédommagements aux familles des victimes des attentats perpétrés en 1998 par el-Qaëda contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie (plus de 200 morts), au motif que les autorités soudanaises de l’époque avaient hébergé auparavant Oussama Ben Laden. Le Soudan a récemment exprimé son impatience, déplorant que certains « engagements politiques et économiques » n’aient « pas été respectés » par Washington. Il a prévenu que ce blocage pourrait « retarder l’application de l’accord » de normalisation avec Israël. Les États-Unis ont renoué avec Khartoum sous l’ex-président démocrate Barack Obama, quand Omar el-Béchir a commencé à coopérer dans la lutte antiterroriste et à contribuer à la paix au Sud-Soudan. La révolte populaire qui a balayé M. Béchir en avril 2019 n’a fait qu’accélérer le mouvement.
Source : AFP


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06 h 03, le 15 décembre 2020