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Culture - Disparition

Bassam Saba, le dernier souffle d’un virtuose

Le directeur du Conservatoire national supérieur de musique du Liban (CNSML), Bassam Saba, s’est éteint ce 4 décembre des suites de complications liées au Covid-19. Retour sur la carrière d’un artiste dont la passion pour l’art est devenue son propre tombeau, à travers une pluie d’hommages de la part de ses collègues et amis Ziad Rahbani, Marcel Khalifé, Toufic Farroukh, Charbel Rouhana, Nidaa Abou Mrad, Walid Moussallem et Michel Khaïrallah...

Bassam Saba, le dernier souffle d’un virtuose

Le directeur du Conservatoire national supérieur de musique au Liban, Bassam Saba, parti trop tôt, trop vite. Photo DR

« Un jour, je m’en irai sans en avoir tout dit », avait écrit Louis Aragon dans son célèbre poème Que la vie en vaut la peine. Bassam Saba, décédé le 4 décembre des suites de complications liées au Covid-19, a lui aussi quitté ce monde sans avoir pu tout dire. Ce musicien libanais qui est parvenu à fasciner des générations de musiciens de toutes nationalités par sa verve, son talent instinctif et sa modestie naturelle est parti trop tôt, trop vite. Il laisse derrière lui l’image d’un homme de valeur, marquant de son empreinte indélébile un art qu’il a façonné à travers des décennies, tendu entre virtuosité et poésie de l’intime. Si la plainte de son nay s’est tue, le monde musical a déploré en chœur l’injustice qu’il a subie tout au long de ses deux années de mandat en tant que directeur du Conservatoire national supérieur de musique du Liban (CNSML). Deux ans au cours desquels il n’a jamais touché de salaire.

Originaire de Tripoli, Bassam Saba a grandi dans le nord du Liban, dans un environnement intensément musical. Son père, très talentueux musicien amateur, lui a transmis cette sensibilité raffinée et subtile qui l’a amené à savourer les tonalités turques, arabes, kurdes et occidentales. Dès l’âge de cinq ans, il jouait ses premières notes sur l’accordéon, le violon, le nay et le oud, se découvrant une passion pour la musique. Il rejoint alors le Conservatoire national libanais pour y apprendre les bases rudimentaires de l’interprétation musicale. Quand la guerre civile éclate en 1975, Saba, âgé alors de 15 ans, aura eu tout juste le temps de se délecter des belles années de la vie artistique et culturelle libanaise. Mais l’esprit de cette époque l’accompagnera tout au long de sa carrière alors qu’il entame une vie de voyages. Il pose d’abord ses valises à Paris où il obtient une licence en musique classique occidentale et en interprétation de flûte traversière au Conservatoire municipal des Gobelins. Durant son séjour, il fait la connaissance de Marcel Khalifé et rejoint son ensemble al-Mayadeen en tant que joueur de nay, violoniste et flûtiste. Cette rencontre aura en quelque sorte constitué un tournant majeur dans le lancement de sa carrière de non-conformiste, voire d’avant-gardiste, réunissant à la fois folklore, musique occidentale, poésie, politique et tradition musicale arabe. En 1985, direction Moscou où Bassam Saba obtient une maîtrise en interprétation et éducation musicales à l’Institut pédagogique musical de Gnessin.

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Pourquoi Bassam Saba n’a pas touché son salaire pendant deux ans

De Paris à Moscou puis de Rome aux États-Unis, Bassam Saba ne connaît ni limites ni frontières. À New York, il rencontre Simon Shaheen, l’une des personnalités les plus influentes et révolutionnaires de la musique contemporaine arabe. Il devient alors l’un des premiers membres du groupe Qantara de ce dernier et du Near Eastern Music Ensemble, parmi de nombreux autres ensembles musicaux. Tout au long de sa longue carrière, Saba a interprété divers styles de musique allant de la musique classique occidentale à la musique arabe populaire et traditionnelle. Considéré comme l’un des joueurs de nay et de oud les plus remarquables aux États-Unis, Bassam Saba possédait une virtuosité et une exubérance qui ont enthousiasmé les plus prestigieuses salles de concert du monde. En plus de son travail considérable avec Simon Shaheen, il a composé et joué avec son propre ensemble musical, Myriad, a dirigé le Middle Eastern Ensemble à l’Université de Harvard et a fondé le New York Arabic Orchestra à travers lequel il a offert au monde sa vision musicale. Le New York Times le qualifia alors de « véritable maître de son art ». En 2007, il a été reconnu par le National Arab American Museum comme l’un des dix artistes les plus remarquables de la dernière décennie, en reconnaissance de ses efforts exceptionnels dans la transmission, au public américain, de la richesse et de la beauté de la culture du Moyen-Orient à travers la musique.

Parmi ses réalisations, d’innombrables enregistrements et performances avec les plus grands artistes internationaux, dont Yo-Yo Ma, Sarah Brightman, Alicia Keys, Wu Man, Quincy Jones, Herbie Hancock et Carlos Santana, mais aussi Feyrouz, Ziad Rahbani, Wadih el-Safi, Marcel Khalifé et Toufic Farroukh, pour n’en nommer que quelques-uns.

En 2018, après des décennies d’absence de son pays natal, Bassam Saba est rentré au Liban pour prendre les rênes de la plus haute institution musicale du pays dans le but de stimuler l’essor de ce vivier musical boiteux. Cependant, son combat contre la corruption et l’ignorance lui aura coûté cher. Certains n’ont épargné aucun effort pour mettre fin à son mandat en lui mettant des bâtons dans les roues, allant même jusqu’à le priver, de son vivant, de son salaire et, après son décès, d’un hommage national post mortem. Ziad Rahbani, Marcel Khalifé, Toufic Farroukh, Charbel Rouhana, Nidaa Abou Mrad, Walid Moussallem et Michel Khaïrallah prennent le relais, à travers ces lignes, en livrant un hommage émouvant au maestro libanais.

Ziad Rahbani : « Tu n’as plus besoin de nos flatteries »

Dans un entretien exclusif accordé à L’Orient-Le Jour, le célèbre compositeur et musicien libanais Ziad Rahbani se souvient, avec un brin de nostalgie, de la belle vie de bohème qu’il a passée avec son vieil ami. « C’était trop rapide, même les murmures n’ont pas eu le temps de circuler. C’est une flûte en moins, un cher musicien en moins », dit-il avec amertume, avant de poursuivre : « Il jouait de ses instruments comme les élèves jouent à la récréation. Ses tons étaient fermes, même s’il n’appréciait pas leur mélodie. Il assurait, comme disent les musiciens. » L’héritier des frères Rahbani précise que c’est la passion pour la musique de Saba qui l’a mené de Tripoli à New York où il a formé avec des musiciens américains un « intéressant orchestre de musique classique orientale », mais aussi un ensemble de nay pour couvrir tout l’éventail des gammes. « Bassam accordait rarement son instrument, il l’ajustait avec ses lèvres. Il avait un rythme négligé mais métronomique. Il était heureux en solo ainsi qu’avec le groupe », précise-t-il.

Ziad Rahbani, qui a collaboré pendant des années avec le multi-instrumentiste libanais, fait remarquer que ce n’est qu’aujourd’hui qu’il réalise que ce dernier était un « être insatisfait » qui « dissimulait cette insatisfaction derrière un sourire stable et amer ». Ami d’un jour, ami pour toujours : c’est ainsi que se résume l’amitié qui liait les deux virtuoses, une « complicité sociale et musicale », comme Rahbani préfère la qualifier. « On rigolait parfois seuls, en toute occasion, mais surtout au studio », se remémore-t-il. Alors que la guerre battait son plein, il se trouvait au studio avec Bassam Saba malgré les bombes qui tombaient sur la ville : « On arrêtait et reprenait l’enregistrement en riant, surtout quand je l’imitais en train de jouer au nay, puis, soudain, son visage redevenait triste. Il était tout le temps élégant, sur scène, durant les répétitions, dans la rue, avec ou sans nay, dans le bus, au restaurant... » Malgré son long séjour aux États-Unis, ses incessantes tournées mondiales et locales, Saba avait tout abandonné, selon Rahbani, pour revenir au Liban : « Le CNSML l’a accueilli au début, mais la clique mesquine de ce bâtiment le guettait. Un nouveau directeur qui désirait changer pacifiquement leurs codes, leurs attitudes et leurs habitudes, et transformer leur système... ça n’arrive pas au Liban. En plus, il n’a pas été payé pendant plusieurs mois. Il était trop bon pour diriger une telle institution. » C’est un au revoir émouvant qu’il adresse à son compagnon d’armes musical : « Je te salue Bassam le virtuose, le patient, l’enchaîné, le passionné, le soucieux, l’humble et noble collègue, l’élégant musicien. Merci cher Bassam, tu n’as plus besoin de toutes nos flatteries. »

Marcel Khalifé : « Le conservatoire Bassam Saba »

« Je ne veux pas croire que le son harmonieux des flûtes est dorénavant prédestiné au silence éternel. Et ce n’est que le son de cette flûte qui m’a guidé vers toi, un son déchiré par le soupçon de l’existentielle incertitude du néant. Parti au loin sans retour. Ta flamme, à jamais éteinte, tel un nuage errant », déclare Marcel Khalifé qui a composé un poème à son ami défunt. C’est dans une grande affliction, le cœur visiblement angoissé, qu’il s’adresse à Bassam Saba, le musicien, le confrère, le meilleur ami, celui dont la flûte enchantait le sensuel et le chaotique : « Ils t’ont tué, toi, gentilhomme, et leurs promesses restent inéluctablement lettre morte. Ils étaient engagés à décorer ta mort par des ornements excessifs. La douleur t’a fait vivre l’enfer, et tu as pris refuge dans l’inquiétude et la fatigue. » Saba a été, selon lui, la patrie sans drapeau ni hymne, sans rémunération, ni maison, ni voiture, celui qui avançait seul dans le désert, pris par sa solitude lugubre. Celui qui est revenu après tant d’années à son pays natal à la recherche de son identité entre les quatre coins du conservatoire qu’il a connu durant son enfance sans toutefois le reconnaître : « J’aurais aimé qu’il ne revienne pas et ne s’emmêle pas dans cet exil interne dévastateur. Pourquoi l’avons-nous laissé seul ? (...) Il était seul dans le ventre de la bête. » Et d’ajouter : « Tu étais vertueux, toutefois kidnappé par l’impossible, au beau milieu d’un système ravagé par le népotisme et la corruption. Tu as emprunté le chemin du Golgotha tout seul, et nombreux étaient les gibets et guillotines installés tout au long de ton chemin, qui t’ont jeté à terre. Et pourtant, tu as tant enduré et supporté. »

Marcel Khalifé se demande alors si l’on peut vraiment oublier un tel virtuose, avant de se promettre de poursuivre le chemin sans attention en négligeant les fleurs dans les champs et les troupeaux au bord de la route, même si le parfum de ces fleurs nous enivrera involontairement. C’est ému qu’il adresse un dernier adieu au multi-instrumentiste qu’il a accompagné pendant des décennies : « Que ton âme repose au cœur du beau néant, que ton âme repose au cœur de la mélodie éternelle qu’est le silence. Que ton âme repose au cœur du souvenir cruel qui marque nos esprits (...), Bassam Saba, nous te remercions. » En guise de conclusion, Marcel Khalifé indique pour L’Orient-Le Jour : « Nous ne voulons plus de douleur et de mort. Ainsi, afin d’immortaliser la mémoire de ce grand musicien, je suggère de renommer le conservatoire au nom de Bassam Saba. »

Toufic Farroukh : « Sa mort m’étrangle »

« Bassam Saba est mort et cela n’a pas l’air d’émouvoir grand monde. Sa mort m’étrangle ! » affirme le célèbre saxophoniste Toufic Farroukh. Bassam Saba n’était ni un homme d’affaires riche, ni une star de la chanson, ni un homme politique ou un mafioso, mais un vrai musicien, et quel musicien, poursuit-il. Anéanti par la mort de son ami, Farroukh relate ses débuts avec l’instrumentiste de renom : « C’est à partir de 1986 qu’une amitié créatrive incroyablement libre, joyeuse et profonde à la fois s’est construite entre nous, à travers différents groupes de musique au fil du temps. » Ainsi, les deux musiciens ont à plusieurs reprises partagé la scène lors d’une tournée en France et en Europe avec Ziad Rahbani, à Londres et Paris avec Feyrouz, en Allemagne avec Kristjan Jarvi pour l’interprétation du Concerto pour nay et orchestre symphonique du compositeur Daniel Schnyder, ainsi qu’avec Marcel Khalifé et al-Mayadeen. « On a beaucoup voyagé et on a souvent partagé la même chambre d’hôtel. On parlait pendant des heures de musique et bien d’autres sujets, et je découvrais à chaque fois son humour très spécial », explique le saxophoniste avec beaucoup d’émotion. Et quand ils n’étaient pas en concert, c’est au studio et toujours à travers la musique qu’ils tissaient leurs incessants dialogues : en 1997 pour l’enregistrement du deuxième album de Farroukh, Little Secrets, et en 2001 pour son troisième album Drab Zeen. Toufic Farroukh poursuit son éloge funèbre en évoquant les qualités remarquables de Saba en tant que musicien et enseignant armé d’une excellente formation et expérience dans le monde musical : « Il pouvait disserter sur de nombreux sujets. Ses idées sur la musique ainsi que ses conseils m’ont été d’une grande aide. Souvent, il se questionnait sur le jazz et la musique occidentale improvisée en général. » Ne trouvant plus ses mots tellement la tristesse l’a désarmé de son intarissable verve, Farroukh finit par noter : « Il nous faut beaucoup de temps pour réaliser ce qu’on a perdu. Adieu cher Bassam. »

Charbel Rouhana : « Il a lutté dans un pays rongé par la corruption »

Longtemps son plectre a caressé les cordes du oud pour donner la réplique au gémissement plaintif du nay. Charbel Rouhana, ce maître incontournable des instruments à corde orientaux, se souvient de sa première rencontre avec Bassam Saba : « C’était en 1977, j’avais douze ans, je chantais dans une chorale de mon village de Amchit, dirigée par Antoine Khalifé. Ce dernier avait un jour invité son ami Bassam, qui vivait à Beyrouth, pour nous accompagner à la flûte lors de l’un de nos concerts. Dès son arrivée à la salle de répétition, toute la chorale était fascinée par ce jeune homme de 18 ans avec son beau sourire, son caractère et sa virtuosité. » Cette rencontre fut brève, mais elle marquera, quelques années plus tard, le début d’une complicité musicale grandissante qui se concrétisera sur scène avec l’ensemble al-Mayadeen de Marcel Khalifé en 1985, avec Majida el-Roumi à partir des années 90 puis dans les séminaires annuels sur la musique arabe aux États-Unis dirigés par Simon Shaheen entre 2004 et 2017. À la fin de chaque séminaire, il évoquait sa volonté de poursuivre sa carrière artistique au Liban, mais ce n’est qu’en 2018 qu’il y reviendra pour diriger le CNSML. « En le félicitant pour son nouveau poste, je lui ai bien dit que c’est trop beau pour être vrai », dit-il à L’OLJ. Et de poursuivre : « Bassam a beaucoup espéré améliorer le niveau de l’enseignement et l’éducation musicaux au Liban. D’ailleurs, sa présence parmi nous a été une excellente occasion de résoudre de nombreux problèmes au conservatoire, notamment ceux relatifs à l’enseignement de la musique arabe. Il a lutté dans un pays rongé par la corruption. J’espère au moins qu’il a pu vivre, malgré tous ces grands soucis, quelques beaux moments durant son séjour éphémère au Liban. » Par ailleurs, il est à noter que Saba devait diriger, le 31 octobre 2019, l’Orchestre de musique arabe orientale interprétant des compositions de Rouhana. Un concert reporté à deux reprises et qui finalement n’aura jamais lieu pour les raisons qu’on connaît. Charbel Rouhana espère finalement que la mémoire de Saba restera vivante dans le cœur et l’esprit de ses étudiants et amis.

Nidaa Abou Mrad : « Je perds un ami »

Pour le musicien et musicologue de renom Nidaa Abou Mrad, vice-recteur aux affaires académiques et à la recherche et doyen de la Faculté de musique et musicologie de l’Université Antonine, Bassam Saba était un excellent musicien, authentique et bilingue du point de vue musical, maîtrisant à la fois la tradition artistique du Machreq et la musique d’art européenne. « Il était également un dirigeant institutionnel prometteur – car il était doté d’une vision claire, en même temps qu’il était un travailleur organisé et acharné – qui aurait pu réaliser de très belles choses », ajoute-t-il, tout en précisant que lorsque Saba a été nommé à la tête du CNSML, il projetait de mettre en place d’importantes réformes susceptibles d’apporter des redressements attendus, d’amorcer d’importants développements du secteur et de repenser la pratique de la musique orientale et son enseignement dans le cadre musical académique de référence au Liban. « Il était temps d’y réinsuffler le goût pour l’improvisation sur des bases traditionnelles. J’étais très heureux d’entendre ce discours et je me disais que le conservatoire était désormais entre de très bonnes mains. » Ainsi, les deux responsables académiques se sont aussitôt promis de mettre en place des collaborations musicales et musicologiques sur le double plan humain et institutionnel prouvant que les grands esprits se rencontrent toujours : « Ainsi allions-nous faire de la musique ensemble, étant sur la même longueur d’onde maqâmienne. Notre équipe de recherche musicologique allait également soutenir l’œuvre réformiste de notre ami au sein du Conservatoire. Il a également accepté de faire partie du Comité consultatif de la Faculté de musique et musicologie de l’Université Antonine, dans le cadre de l’accréditation internationale de nos programmes académiques. » Abou Mrad note toutefois que Saba lui avait confié son désarroi face à la bureaucratie étatique voire la corruption qui sclérosait cette grande école de musique. « Par de nombreux points nous nous sommes découverts très proches, comme deux frères séparés par la vie et enfin retrouvés. Cette joie fut hélas de courte durée ! Cet homme animé par l’amour de la musique et le bien public allait être très rapidement rattrapé par l’effondrement économique et financier du pays, puis par la pandémie. Nous perdons un musicien de haute volée, d’une rare générosité d’âme. Je perds un ami. Le Christ est ressuscité», conclut-il.

Par ailleurs, l’ancien directeur du CNSML, Walid Moussallem, qui n’a épargné aucun effort pour venir en aide à son successeur depuis sa nomination, se remémore son « sourire charmant » et insiste sur ses qualités humaines et administratives : « Il était conscient du rôle important que joue l’artiste dans sa société et voulait que son engagement dépasse les limites du conservatoire pour atteindre les écoles surtout, mais aussi les hôpitaux et d’autres institutions. Malheureusement, il a été beaucoup trop patient dans un pays comme le nôtre. »

Finalement, il serait bon de rappeler que, contrairement à ce que certains chefs d’orchestre prétendent, le directeur du CNSML est lui-même le directeur artistique des deux orchestres nationaux. À cet égard, l’ancien premier violon du l’Orchestre philharmonique du Liban, Michel Khaïrallah, qui connaissait Saba depuis l’âge de 16 ans, indique à L’OLJ que Bassam Saba a œuvré jour et nuit pour lutter contre la dégradation artistique qui a, entre autres, affecté les orchestres. Il a aussi bataillé pour former des musiciens de haut calibre : « Nous placions beaucoup d’espoir en lui, surtout qu’en plus d’être un bon directeur, il était un excellent musicien formé dans les plus grandes écoles de musique, ce qui nous manquait au Liban. Il n’a pas pu poursuivre son rêve, qui était d’ailleurs le nôtre aussi. Il a été combattu parce qu’il était juste et honnête, et voulait opérer un changement radical, voire révolutionnaire, au conservatoire et aux orchestres. »

Ainsi, le Liban prouve une fois de plus que nul n’est prophète en son pays.


« Un jour, je m’en irai sans en avoir tout dit », avait écrit Louis Aragon dans son célèbre poème Que la vie en vaut la peine. Bassam Saba, décédé le 4 décembre des suites de complications liées au Covid-19, a lui aussi quitté ce monde sans avoir pu tout dire. Ce musicien libanais qui est parvenu à fasciner des générations de musiciens de toutes nationalités par sa...

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Oui, le donneur du souffle a manqué de souffle. Il méritait beaucoup mieux.

Esber

15 h 09, le 15 décembre 2020

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  • Oui, le donneur du souffle a manqué de souffle. Il méritait beaucoup mieux.

    Esber

    15 h 09, le 15 décembre 2020

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