Par un matin de printemps,
Un jeune éléphant
Quitta la jungle subitement,
Résolu à ne jamais y retourner,
Dégoûté qu’il était
D’être étrillé
À longueur de journée,
Par une caste de ratés
Qui ne songeaient
Qu’à leurs intérêts,
Sans jamais se soucier
De partager
Avec leurs subordonnés,
Les bienfaits
Auxquels ces derniers
Aspiraient.
Arrivé aux confins de la forêt,
Il se retourna pour une dernière fois,
Et de sa trompe salua
Ceux qui l’avaient accompagné.
Le zèbre en fut tout remué,
Car il perdait un fidèle allié.
L’éléphant déterminé
Alors entama
Une longue traversée,
Qui le mena,
Plusieurs mois après,
Dans une toundra,
Où régnait
Un lion
Adulé par ses sujets.
Des jours heureux il y coula,
Et une belle famille il fonda
Dans la sérénité,
Car ici point de filouteries,
Tromperies,
Ou viles rivalités,
Qui favorisent les charlatans,
Glorifient les malveillants,
Et écrasent les honnêtes gens.
Avec le temps, il se distingua
Par sa probité,
Ce qui poussa le roi
À le nommer conseiller,
Une tâche qu’il mena
Avec fermeté,
Ardeur et habileté.
Confronté par son fils
Qui voulait profiter
D’apanages
Non justifiés,
L’éléphant-conseiller
Qui se faisait vieux,
Voulant le ramener à la raison
Et lui ouvrir les yeux,
Le somma de visiter
La terre de ses aïeux,
Qu’il avait sans regrets
Abandonnée il y a des années.
« Puisse-t-il en tirer
La leçon appropriée »,
Se plut-il de penser.
Arrivé sur les lieux,
Le pachyderme vaniteux,
Bombardé de propos élogieux,
Par un putois véreux,
Entouré d’un rat douteux,
D’un serpent tortueux,
Et d’un renard insidieux,
N’y vit que du feu,
Et entra dans leurs jeux.
Ils lui promirent la lune,
Lui miroitèrent
Des chimères,
Le bichonnèrent,
Le bercèrent
D’illusions,
Et de faire fortune
Ils l’assurèrent.
Flatté par tant d’amabilité,
Et aveuglé par sa cupidité,
Il se laissa entraîner
Par ces carotteurs,
Qui ricanèrent
De sa crédulité,
S’empiffrèrent à ses frais
Et le délestèrent
De tout ce qu’il possédait.
N’ayant plus rien à en tirer,
Leur dos, ils lui tournèrent
Et le rejetèrent,
Comme une chiffe souillée.
Puis ils recherchèrent
Un autre benêt,
Bon à déplumer.
Dans un piteux état,
L’éléphant dans la jungle erra,
Un vieux zèbre il rencontra,
Et son malheur il lui conta.
« Je me souviens de ton papa,
Qui comprit ce dont il était.
Il déserta autrefois
Cette jungle viciée
Par des carnassiers
Que nous subissons
Depuis des générations,
En raison,
Je l’admets,
De notre passiveté.
À nous maintenant de riposter,
Et de chasser ces fumiers
Qui ont dépouillé,
Au nez et à la barbe de leurs sujets,
Tout ce qu’ils possédaient.
En t’envoyant dans cette contrée,
Ton père a souhaité te rappeler
Qu’en l’absence d’humilité
Il n’y a point de félicité.
Fourberies et vanités
Vont toujours de pair,
Et y succomber
N’engendre que méfaits. »
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