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Économie - Politique Monétaire

Pompier des crises, la BCE accusée d’avoir fait flamber les inégalités

Pompier des crises, la BCE accusée d’avoir fait flamber les inégalités

La Banque centrale européenne devrait renforcer jeudi son intervention pour soutenir l’économie en plein contexte de Covid-19. Daniel Roland/AFP

Pilier de la réponse monétaire au choc pandémique, la Banque centrale européenne devrait renforcer jeudi son intervention pour soutenir l’économie toujours en souffrance dans la zone euro, où le plan de relance budgétaire des 27 se fait attendre. Mais si elle a généralement joué le rôle de sauveur de la zone euro lors des tempêtes financières des dernières années, la BCE est parallèlement accusée d’avoir exacerbé les inégalités du fait de sa politique très accommodante. Qu’en est-il ?

De quelle politique parle-t-on ?

L’institution dirigée par Mario Draghi puis Christine Lagarde achète depuis 2015 des milliards d’euros de dette d’États et d’entreprises sur les marchés financiers pour éviter une hausse des taux d’emprunt en zone euro et empêcher de nouvelles crises. C’est le « QE » – pour Quantitative Easing – ou « assouplissement quantitatif ». Cette politique qualifiée de « non conventionnelle », appliquée aussi par la Banque centrale américaine ou la Banque du Japon, s’accompagne d’instruments plus classiques, dont la baisse du taux d’intérêt directeur, aujourd’hui à 0 %. Son arsenal pourrait être encore plus musclé à l’occasion de la réunion de l’institution jeudi.

Le fossé se creuse-t-il entre riches et pauvres ?

« Mécaniquement, les achats d’actifs ont plutôt tendance à creuser les écarts entre les plus aisés et les plus modestes », soutient Jezabel Couppey-Soubeyran, professeure à l’Université Paris-1. En achetant de la dette à des institutions financières sur le marché secondaire, celui où les titres s’échangent, la BCE fait en effet baisser le taux d’intérêt offert sur ces produits. Les investisseurs vont alors chercher du rendement avec des titres plus risqués, des actions notamment, faisant grimper les prix au profit des détenteurs, dont de grandes sociétés d’investissement et des ménages aisés.

Les taux d’intérêt ont drastiquement baissé depuis les débuts du QE, devenant parfois négatifs comme en Allemagne ou en France, pendant que l’indice boursier parisien CAC 40 et le DAX à Francfort se sont envolés de plus de 30 % en cinq ans, pour le plus grand bonheur des actionnaires et investisseurs fortunés. « C’est certain qu’elle a enrichi cette classe de la population », abonde Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management.

Sur le marché immobilier, la politique de taux bas a permis aux ménages aisés de gonfler leur patrimoine, la hausse de la demande se traduisant par une hausse des prix dans certaines métropoles. Le chef économiste de la BCE Philip Lane a reconnu dans une interview récente aux Échos que cette politique « a une conséquence immédiate sur le prix des actifs », ajoutant que « la valorisation des actions ou de l’immobilier est plus élevée, ce qui, bien sûr, bénéficie à ceux qui possèdent ces actifs ».

Cette politique a-t-elle aidé les ménages modestes ?

Sollicitée, l’institution de Francfort n’a pas souhaité faire de commentaire. Mais dans un document de janvier 2019, deux chercheurs de la BCE affirment que l’assouplissement quantitatif a contribué à « réduire le taux de chômage » parmi 20 % des plus pauvres dans quatre pays (France, Italie, Allemagne et Espagne), et à augmenter les revenus du travail.

Loin de n’avoir profité qu’aux nantis (encore que la réduction du taux de chômage dans une tranche précise peut vouloir dire que d’autres emplois, moins précaires et mieux rémunérés, ont été détruits, NDLR), le QE, couplé aux taux historiquement bas sur le marché immobilier, a même permis aux ménages plus modestes d’accéder à la propriété, soutiennent-ils, réduisant légèrement les inégalités de richesses.

Plusieurs publications de l’institution sur le sujet constatent une réduction des inégalités de richesses du fait de la politique monétaire, mais préviennent qu’elle est peu significative, renvoyant la balle à la politique fiscale des gouvernements.

L’argument du recul du chômage grâce à la BCE convainc toutefois peu Mme Couppey-Soubeyran, qui juge que les statistiques comparatives entre la zone euro et l’Union européenne ne montrent pas de différence majeure attribuable à la politique monétaire.

Les épargnants ont-ils été floués ?

La banque centrale reconnaît un effet négatif sur les ménages épargnants qui ont vu le rendement de leurs bas de laine s’effiler. Cette politique a un effet « distributif et touche de manière hétérogène des ménages emprunteurs nets et épargnants nets », constate Éric Dor, directeur de recherche à l’Institut d’économie scientifique et de gestion (Ieseg).

Surtout allemande, la critique a été rendue célèbre en 2019 par le photomontage du journal allemand Bild dépeignant Mario Draghi en « comte Draghila », venu siphonner les comptes d’épargne des retraités « jusqu’à la dernière goutte ». Or, argumentent des économistes de la BCE dans une étude de juillet 2018, cet effet négatif a été plus que dissipé à l’échelle de la zone euro par un effet positif sur l’emploi et les salaires. « En soutenant fortement le revenu du travail, surtout de la catégorie la plus fragile de la population, cela a plus que compensé le fait qu’effectivement certains ménages ont eu une perte globale due au revenu net d’intérêt », détaille Éric Dor.

Source : AFP

Pilier de la réponse monétaire au choc pandémique, la Banque centrale européenne devrait renforcer jeudi son intervention pour soutenir l’économie toujours en souffrance dans la zone euro, où le plan de relance budgétaire des 27 se fait attendre. Mais si elle a généralement joué le rôle de sauveur de la zone euro lors des tempêtes financières des dernières années, la BCE est parallèlement accusée d’avoir exacerbé les inégalités du fait de sa politique très accommodante. Qu’en est-il ? De quelle politique parle-t-on ? L’institution dirigée par Mario Draghi puis Christine Lagarde achète depuis 2015 des milliards d’euros de dette d’États et d’entreprises sur les marchés financiers pour éviter une hausse des taux d’emprunt en zone euro et empêcher de nouvelles crises. C’est le « QE »...
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