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Moyen-Orient

Ce que l’on sait de Mohsen Fakhrizadeh, le scientifique iranien assassiné

L’homme était considéré par beaucoup comme l’équivalent, dans le domaine du nucléaire et des sciences, du général Kassem Soleimani assassiné en janvier dernier par Washington.

Ce que l’on sait de Mohsen Fakhrizadeh, le scientifique iranien assassiné

Un homme passe devant une affiche représentant le scientifique iranien Mohsen Fakhrizadeh, à Téhéran, le 30 novembre 2020. Photo AFP/Atta Kenare

Mohsen Fakhrizadeh, le scientifique iranien victime vendredi d’un assassinat attribué à Israël, fait partie de ces hommes pratiquement inconnus accédant à une notoriété posthume. On en sait peu sur lui, mais une chose est sûre : il était important. Suffisamment pour rencontrer le guide suprême iranien Ali Khamenei en janvier 2019, comme en témoignent des photos officielles diffusées après son décès. Suffisamment important encore pour rouler en voiture blindée, bénéficier d’une escorte armée et pour que le chef d’état-major des forces armées, le général de division Mohammad Baghéri, promette qu’une « vengeance terrible » s’abattra sur ses assassins. Et peut-être aussi tellement important, aux yeux de ceux qui l’ont éliminé, pour justifier une opération ayant requis selon toute vraisemblance une logistique et des moyens de pointe.

Après sa mort, le ministre de la Défense Amir Hatami l’a présenté comme son vice-ministre et chef de l’Organisation de la recherche et l’innovation en matière de défense. Quel rôle exact jouait ce physicien nucléaire barbu grisonnant, aux épaules carrées et bedonnant, âgé de 59 ans selon la presse iranienne ? Était-il ce haut responsable qui « gérait la défense antiatomique », faisant « un travail considérable » dans ce domaine et ayant joué un « rôle marquant dans les innovations de défense » de son pays, comme l’a dit M. Tatami ?

« Soleimani des sciences »

Ou est-il plutôt, comme l’affirmait le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en avril 2018, le chef d’un programme nucléaire secret à vocation militaire dont Téhéran a toujours nié l’existence ? Pour Karim Sadjadpour, du cercle de réflexion américain Fondation Carnegie pour la paix internationale, « il faudra vraisemblablement des mois si ce n’est des années pour apprécier toutes les conséquences de la mort de Fakhrizadeh ». « Ceux qui ont véritablement compris le rôle précis qu’il jouait au quotidien dans les activités nucléaires de l’Iran ne parlent pas, et ceux qui parlent ne savent pas », a-t-il tweeté. Des médias américains l’ont qualifié de « cible numéro 1 du Mossad », l’agence de renseignements israélienne, et de « cerveau du programme nucléaire iranien ».

Avant que M. Netanyahu ne parle de lui, Mohsen Fakhrizadeh était apparu en décembre 2015 dans un document de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Cet organe de l’ONU estimait qu’il avait dirigé, à partir du « début des années 2000 », des « activités à l’appui d’une dimension militaire possible » du programme nucléaire iranien commencées « à la fin des années 1980 » avant d’être regroupées sous sa direction dans un projet baptisé AMAD, jusqu’à être abandonnées « fin 2003 ». En mars 2007, le même Fakhrizadeh avait été visé par des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU. La résolution 1747 du Conseil l’identifiait comme « chargé de recherches au ministère de la Défense » et « ex-chef du Centre de recherche en physique (PHRC) », notant que « l’AIEA avait demandé à l’interroger sur les activités du PHRC au cours de la période où il y travaillait, mais (qu’elle avait) essuyé un refus de l’Iran ». Ces sanctions ont été levées après l’entrée en vigueur de l’accord international sur le nucléaire iranien conclu à Vienne en 2015 entre la République islamique et le groupe 5+1 (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Allemagne). Mais après la décision du président américain Donald Trump de sortir son pays de ce pacte en 2018, les sanctions édictées par Washington en 2008 contre Fakhrizadeh dans le sillage de la résolution 1747 avaient été rétablies.

Selon le vice-président iranien Ali Akbar Saléhi, chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA), Fakhrizadeh avait obtenu un doctorat en « physique et ingénierie nucléaire », et avait travaillé pour sa thèse avec Fereydoun Abbassi Davani, ex-chef de l’OIEA lui-même visé par une tentative d’assassinat en 2010. Évoquant pour des médias d’État la mémoire d’un « ami proche » et d’« une collaboration professionnelle étroite de 34 ans », ce dernier a indiqué avoir été au front avec Fakhrizadeh pendant la guerre entre l’Irak et l’Iran (1980-1988). Il a « travaillé dans tous les domaines à supporter les activités nucléaires du pays », notamment dans celui de « l’enrichissement » de l’uranium, a poursuivi M. Abbassi Davani, qui le qualifie de « gestionnaire compétent et scientifique prestigieux qui peut être élevé au même rang que le martyr Soleimani (le général Kassem Soleimani éliminé en janvier par Washington, NDLR) dans le domaine des sciences et techniques ».

Source : AFP


Mohsen Fakhrizadeh, le scientifique iranien victime vendredi d’un assassinat attribué à Israël, fait partie de ces hommes pratiquement inconnus accédant à une notoriété posthume. On en sait peu sur lui, mais une chose est sûre : il était important. Suffisamment pour rencontrer le guide suprême iranien Ali Khamenei en janvier 2019, comme en témoignent des photos officielles...

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