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Journée mondiale contre le sida

Le Covid-19 a entravé les campagnes nationales contre le VIH

Les personnes vivant avec le VIH, dont l’état immunitaire est stable, n’ont pas plus de risques de développer la forme grave du Covid-19 que n’importe quel autre individu « sain ».

Le Covid-19 a entravé les campagnes nationales contre le VIH

La Journée mondiale contre le sida est placée cette année sous le thème de la « Solidarité mondiale et responsabilité partagée ». Photo d’illustration Bigstock

La lutte contre le sida a connu de nombreuses avancées au cours des dernières décennies, notamment sur le plan de la recherche scientifique, assurant une meilleure qualité de vie aux personnes vivant avec le VIH. Malgré tous ces progrès, chaque année 1,7 million de personnes contractent le VIH et près de 690 000 meurent du sida, selon l’Organisation mondiale de la santé. Au Liban, 148 nouvelles contaminations au VIH ont été signalées depuis le début de l’année et jusqu’en novembre, dont 137 chez des hommes, selon les derniers chiffres du Programme national de lutte contre le sida (PNLS). Les rapports sexuels restent le principal mode de transmission du virus, sachant que dans près de 93 % des cas, l’infection est signalée parmi les homosexuels, d’après le PNLS.

Cette année, la Journée mondiale contre le sida est célébrée, alors que le Covid-19 continue d’avancer à pas de géant partout au monde. Comment cette pandémie a-t-elle impacté la lutte contre le sida ? Quels sont les défis que la communauté scientifique au Liban doit encore relever ? Le Dr Jacques Mokhbat, spécialiste en maladies infectieuses, fait le point pour L’Orient-Le Jour, à l’occasion de la Journée mondiale contre le sida, fixée au 1er décembre et placée sous le thème de « Solidarité mondiale et responsabilité partagée ».

Les personnes vivant avec le VIH sont-elles plus vulnérables au Covid-19 ?

Une personne vivant avec le VIH a le même risque de contracter le SARS-CoV-2 que n’importe quel autre individu. Si elle suit correctement son traitement antirétroviral, que son état immunitaire est stable et sa charge virale indétectable, elle n’a pas plus de risques de développer la forme grave du Covid-19 que n’importe quel autre individu « sain » du même âge. C’est ce qui ressort d’ailleurs d’une vaste étude espagnole menée sur 70 000 personnes séropositives dont certaines ont été contaminées au coronavirus.

Toutefois, une grande partie des individus vivant avec le VIH – dont le nombre a augmenté avec le Covid-19 – est au chômage, sans logement et marginalisée à cause de la séropositivité ou de certains facteurs associés au VIH, l’injection de drogues à titre d’exemple, rendant la personne plus vulnérable aux complications du Covid-19. De plus, comme le tabagisme est prépondérant parmi les personnes vivant avec le VIH, au Liban et ailleurs, celles-ci sont plus sujettes aux complications de la maladie.

Par ailleurs, les personnes séropositives souffrent souvent de troubles métaboliques (lipidiques, c’est-à-dire un taux élevé dans le sang de cholestérol et/ou triglycérides) et glycémiques à cause des traitements antirétroviraux. Tous ces éléments constituent des facteurs de mauvais pronostic du Covid-19 et les personnes séropositives VIH pourraient donc développer des complications de la maladie non pas à cause du VIH, mais des facteurs de comorbidité.

Comment la pandémie du Covid-19 a-t-elle impacté la lutte contre le sida ?

Sur le plan préventif, le Covid-19 a entravé les campagnes nationales contre le sida. Toutefois, la prévention du VIH a bénéficié des mesures préconisées pour la lutte contre la pandémie, notamment la distanciation sociale. De ce fait, il y a moins de rassemblements à risque.

Par contre, le Covid-19 a eu un impact sur le plan de la recherche scientifique, la majorité des compagnies pharmaceutiques s’étant lancées dans le développement de traitements ou de vaccins contre le coronavirus. Il existe actuellement plus de 255 essais de vaccins dans le monde. Du coup, la recherche sur de nouveaux traitements pour le VIH a baissé, ainsi que les fonds alloués à cette recherche.

Enfin, il était difficile pour les spécialistes de prendre part aux réunions scientifiques dédiées au sida, qui se sont tenues à distance, principalement pour des raisons logistiques. Cela a été le cas notamment dans les pays en voie de développement.

Dans quelle mesure les leçons tirées de la lutte contre le sida peuvent-elles être utiles dans la lutte contre le Covid-19 ?

Sur le plan technologique, on a beaucoup appris dans le domaine de la recherche virologique, avec des laboratoires plus performants pour diagnostiquer, rechercher et traiter les virus, comme pour développer des vaccins. Cette expertise a été également acquise grâce à la recherche menée sur l’hépatite C et l’Ebola. D’ailleurs, l’un des traitements proposés pour la prise en charge du Covid-19, le remdisivir, était un médicament utilisé pour l’Ebola. Il faut noter que plusieurs traitements antirétroviraux ont été proposés pour traiter le Covid-19. Il est certain donc que la recherche scientifique virologique a profité à la recherche sur le SARS-CoV-2.

Sur les plans social et humanitaire, les personnes contaminées au coronavirus ont été stigmatisées au début, mais grâce à l’attitude acquise durant la lutte contre le sida, on a pu éviter beaucoup d’erreurs. La lutte contre le sida a permis de tirer des leçons au niveau de la solidarité humaine, de la compassion et du don de soi.

Les défis que la communauté scientifique au Liban doit encore relever dans la lutte contre le sida à l’ombre du Covid-19 et de la crise économique et financière ?

Au Liban, nous avons toute l’expertise nécessaire pour traiter les personnes vivant avec le VIH. Le problème reste au niveau de l’acquisition des médicaments. Nous avons de moins en moins la possibilité d’acheter les médicaments, surtout les nouvelles molécules. Et ce pour différentes maladies chroniques et pas seulement pour le sida.


La lutte contre le sida a connu de nombreuses avancées au cours des dernières décennies, notamment sur le plan de la recherche scientifique, assurant une meilleure qualité de vie aux personnes vivant avec le VIH. Malgré tous ces progrès, chaque année 1,7 million de personnes contractent le VIH et près de 690 000 meurent du sida, selon l’Organisation mondiale de la santé. Au...

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Si les derniers chiffres du Programme national de lutte contre le sida (PNLS) ne sont pas suffisants, il ne faut pas en tirer des conclusions en retard de 30 ans : "Dans près de 93 % des cas, l’infection est signalée parmi les homosexuels". Même si les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH) est le groupe le plus touché, il ne représente que 43% des découvertes de séropositivité (selon Santé Publique France, données brutes au 30/09/2020).

Georges Lebon

13 h 07, le 01 décembre 2020

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Commentaires (1)

  • Si les derniers chiffres du Programme national de lutte contre le sida (PNLS) ne sont pas suffisants, il ne faut pas en tirer des conclusions en retard de 30 ans : "Dans près de 93 % des cas, l’infection est signalée parmi les homosexuels". Même si les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH) est le groupe le plus touché, il ne représente que 43% des découvertes de séropositivité (selon Santé Publique France, données brutes au 30/09/2020).

    Georges Lebon

    13 h 07, le 01 décembre 2020