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Économie - Infrastructures

Électricité : le black-out du week-end, mauvais présage pour l’hiver

Si le pire a été évité samedi, la situation financière dans laquelle l’État est en train de laisser Électricité du Liban s’enfoncer n’augure rien de bon sur le court terme.

Électricité : le black-out du week-end, mauvais présage pour l’hiver

L’électricité risque encore de donner du fil à retordre aux Libanais cet hiver. Une rue de Saïda (Liban-Sud) à l’ombre des câbles électriques. Photo J.R.B.

Chaque année au Liban, les premières grosses précipitations font éclater au grand jour les carences et la vétusté des infrastructures du pays, en commençant par son réseau d’évacuation des eaux usées et pluviales, ses routes et le secteur de l’électricité. Samedi, l’important orage qui s’est abattu sur le pays a privé de courant la quasi-totalité des abonnées d’Électricité du Liban (EDL) pendant une dizaine d’heures environ. Sur les réseaux sociaux, les internautes de différentes régions ont été nombreux à pester contre cette panne généralisée.

Dans la soirée, l’établissement public a expliqué dans un communiqué que les intempéries, et plus précisément la foudre tombée pendant l’orage, avaient provoqué des ruptures en série du courant sur les lignes de haute tension de Zahrani-Aramoun, et celles de Jiyeh et Jamhour. « Cela a déconnecté les unités de production de courant des centrales de Deir Ammar et Zahrani, avant de mettre hors service la totalité du réseau. L’alimentation en courant a été coupée dans toutes les régions du Liban à la suite de ce déclenchement électrique », a notamment indiqué EDL. Une majorité de Libanais ont donc dû compter sur les propriétaires de générateurs privés jusqu’aux environs de 21h pour la capitale, tandis que d’autres régions ont dû attendre passé minuit pour que le courant soit globalement rétabli. À Zahlé, par exemple, la transition a presque été indolore dans la mesure où c’est la concession locale qui fournit elle-même le courant pendant les heures de coupure. Elle distribue le courant acheté à EDL le reste du temps.

EDL fonctionne comme en temps de guerre

Les clarifications fournies par EDL ont confirmé une partie de celles communiquées à L’Orient-Le Jour plus tôt dans la journée par plusieurs sources au sein ou proche de l’établissement public. Selon celles-ci, la quasi-totalité des centrales du pays – navires-centrales loués par l’État à l’opérateur turc Karadeniz inclus – ont effectivement été mises hors ligne pendant plusieurs heures, et les équipes d’EDL s’y sont reprises à au moins six fois pour tenter de les reconnecter sur le réseau, une opération qui doit se faire graduellement et de manière synchronisée. « Le réseau doit rester à l’équilibre, en termes de fréquence, pour éviter un nouveau black-out. Il faut donc que la quantité d’électricité injectée sur le réseau soit égale à la quantité d’électricité consommée. Or, la demande était forte, et dans le même temps, des unités de production majeure comme celle de Deir Ammar (qui assure plus de 500 mégawatts-MW pour une production nationale gravitant autour de 1 800 MW, selon les estimations fournies par le passé par le fournisseur) étaient hors ligne », a expliqué une des sources. Au Liban, le point d’équilibre se situe à une fréquence de 50 hertz en courant alternatif.

La source contactée à EDL a pour sa part souligné que ce type d’opération était encore plus difficile à mener sans centre de commande national du réseau, lequel a été détruit par la double explosion du 4 août dernier. « Depuis cette date, EDL fonctionne comme pendant la guerre civile : tout se fait au téléphone et au jugé », a déploré la source, regrettant que les responsables ne se soient pas penchés sur ce chantier au cours des derniers mois.

Le pire a été évité

Car si le black-out de samedi n’est sans doute pas le dernier, la situation financière dans laquelle l’État est en train de laisser EDL s’enfoncer n’augure rien de bon pour cet hiver, dans un contexte déjà grave de crises économique, financière, sociale et institutionnelle, sur fond d’assèchement des liquidités en devises dans le pays. Outre les difficultés liées à l’absence de centre de commande national, l’établissement public doit en effet honorer plusieurs centaines de millions de dollars d’arriérés de paiement dus à ses différents prestataires. Une liste de créanciers qui rassemblent Karadeniz – qui a mis EDL en demeure pour le paiement de plus de 160 millions de dollars en octobre –, mais aussi les sociétés qui opèrent les centrales du pays – Primesouth pour Deir Ammar (Liban-Nord) et Zahrani (Liban-Sud), ou encore MEP (Middle East Power) chargée de celles de Zouk (Kesrouan) et Jiyeh (Chouf). Ces opérateurs étaient en première ligne hier pour rétablir le courant. Les consultants recrutés par EDL pour des projets ponctuels (Mott McDonald ou encore EDF), ainsi que les prestataires chargés de la maintenance, de la modernisation du réseau et de la collecte des factures depuis 2012, soit BUS, KVA, National Electricity Utility Company (NEUC) et Mrad for Trading, Industry and Contracting (depuis 2018 pour ce dernier), sont dans la même situation. BUS, qui gère l’essentiel du réseau dans le nord du pays, a d’ailleurs interpellé les autorités vendredi à ce sujet, mettant en exergue les conséquences de ces retards de paiement sur sa capacité à importer le matériel et les composants nécessaires aux réparations sur le réseau. « Il n’y a heureusement pas eu de problème majeur ce week-end », a assuré une source à la direction de BUS. La pertinence de ces partenariats et leur coût sur les finances déjà moribondes de l’État reviennent régulièrement dans le débat public, d’autant plus que les performances des prestataires sont inégales.

Si les signaux sont positifs quant à une résolution du paiement des prestataires, selon une source à EDL, le fait est que le pire a été évité cette fois-ci. « Il demeure que si les responsables ne parviennent pas à débloquer suffisamment de devises pour régler ces prestataires, la possibilité que ces derniers suspendent leur activité est bien réelle », a confié une des sources contactées. Des propos qui font écho aux informations relayées depuis plusieurs semaines sur ce dossier, qui a fait l’objet de plusieurs réunions à la BDL sans qu’une solution n’ait été annoncée. Une paralysie probablement liée au niveau dramatiquement bas des réserves de devises d’une Banque centrale plus que jamais au cœur de la crise que traverse le pays.




Chaque année au Liban, les premières grosses précipitations font éclater au grand jour les carences et la vétusté des infrastructures du pays, en commençant par son réseau d’évacuation des eaux usées et pluviales, ses routes et le secteur de l’électricité. Samedi, l’important orage qui s’est abattu sur le pays a privé de courant la quasi-totalité des abonnées...

commentaires (2)

Ils préparent le peuple à vivre dans le noir après les fêtes de fin d’année. Ils sont loin d’imaginer la réaction de ce dernier si on l’ampute du seul éclairage bien que minime. Le ciel va tomber sur la tête de tous ces vauriens qui n’ont de cesse de prévoir les catastrophes sans remédier aux causes. La solution est de ramener l’argent volé dans les caisses et qu’ils cessent leurs magouilles et leur cinéma prétendant qu’aucune solution n’existe. Il suffit d’appliquer la loi et d’ouvrir tous les dossiers qui pourraient inculper tout ce monde. On arrête de se payer la tête des citoyens et qu’ils fassent le travail pour lequel ils sont payés plutôt qu’ à trouver une issue pour s’innocenter les uns les autres.

Sissi zayyat

15 h 26, le 01 décembre 2020

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Commentaires (2)

  • Ils préparent le peuple à vivre dans le noir après les fêtes de fin d’année. Ils sont loin d’imaginer la réaction de ce dernier si on l’ampute du seul éclairage bien que minime. Le ciel va tomber sur la tête de tous ces vauriens qui n’ont de cesse de prévoir les catastrophes sans remédier aux causes. La solution est de ramener l’argent volé dans les caisses et qu’ils cessent leurs magouilles et leur cinéma prétendant qu’aucune solution n’existe. Il suffit d’appliquer la loi et d’ouvrir tous les dossiers qui pourraient inculper tout ce monde. On arrête de se payer la tête des citoyens et qu’ils fassent le travail pour lequel ils sont payés plutôt qu’ à trouver une issue pour s’innocenter les uns les autres.

    Sissi zayyat

    15 h 26, le 01 décembre 2020

  • Infrastructure et Liban ne devraient pas etre utilises dans la meme phrase.

    hrychsted

    10 h 54, le 30 novembre 2020

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