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ÉVÉNEMENT

L’indépendance du Liban à travers le regard des étudiants

Entre nostalgie et amertume, les jeunes font part de leur ressenti à l’occasion du 77e anniversaire de l’Indépendance du Liban.

L’indépendance du Liban à travers le regard des étudiants

Chloé Houkayem. Photo DR

Quelques jours après le 77e anniversaire de l’Indépendance du Liban, les jeunes Libanais sont mitigés quant à la pertinence d’une telle célébration ces temps-ci. Si certains voient dans cet événement l’occasion d’insuffler aux citoyens un peu d’espoir, d’autres n’y croient pas.

« Il faut certainement marquer cette occasion », s’exclame Chloé Houkayem, étudiante en gestion à l’Université Saint-Joseph. Dayane Abi Fadel et Anthony el-Khouri, tous les deux étudiants en droit, elle à l’Université Saint-Joseph, lui à Paris Assas, partagent son avis. Pour Dayane Abi Fadel, il s’agit de « garder l’espoir en une nouvelle, voire une réelle indépendance ». Pour Anthony el-Khouri, commémorer cette date, c’est rappeler que « le peuple libanais est un peuple combattant, résilient et surtout uni ». Antoine Dagher, étudiant en droit à l’Université Saint-

Joseph, porte un autre regard sur cette commémoration. « Pour célébrer l’Indépendance de son pays, encore faut-il ressentir un sentiment d’appartenance envers celui-ci », estime-t-il en dénonçant les affiliations extérieures de certains. Myriam Khoury, quant à elle, estime que « célébrer l’Indépendance du Liban serait une manière de normaliser la situation actuelle ».


Myriam Khoury. Crédit photo Joe Mouchati


Interrogations sur l’indépendance réelle du Liban

Bien que 77 ans se soient écoulés depuis le 22 novembre 1943, l’indépendance du Liban, pour ces jeunes, « reste lettre morte ». Anthony el-Khouri confie : « Je ne vois plus l’indépendance du Liban en tant que fait accompli, mais plutôt en tant qu’objectif à atteindre. » Dayane Abi Fadel, elle, insiste sur l’importance d’être indépendant « des États qui nous contrôlent par l’intermédiaire de nos leaders politiques ». Par ailleurs, ces jeunes rappellent que l’indépendance d’un pays est intimement liée à sa souveraineté. Or, comme le souligne Antoine Dagher, « les frontières libanaises, terrestre, maritime ou aérienne, font souvent l’objet d’intrusions étrangères ».


Anthony el-Khouri. Crédit photo Emma Pinon


Bien qu’ils aient des opinions diverses et contradictoires sur le sujet, les jeunes interrogés admettent tous « le caractère théâtral » de l’indépendance de 1943. Mais pour eux, cet aspect est « un élément secondaire ». « Indépendamment de cela, en 1943, il existait un peuple libanais uni, qui voulait l’indépendance, qui voulait le Liban », indique Dayane Abi Fadel, appelant au retour de cette unité. Myriam Khouri, quant à elle, estime que « sans indépendance économique, le reste est très peu significatif ».


Antoine Dagher. Crédit photo Céline Khalil


À l’unanimité, ces étudiants regrettent que la majorité des Libanais ne soient pas patriotes. Pour Dayane Abi Fadel, les Libanais ne forment pas un seul et même peuple, mais plutôt « des peuples, chacun dévoué à une cause différente, oubliant la seule cause qui mérite leurs sacrifices : celle du Liban ». Chloé Houkayem ajoute en évoquant la révolution du 17 octobre : « Ce sont particulièrement les jeunes qui ont fait preuve de patriotisme. » Mais qu’est-ce que le patriotisme ? « C’est aimer son pays comme les parents aiment leurs enfants », soupire Anthony el-Khouri. « Le patriotisme, c’est cette volonté de défendre sa patrie et de se sacrifier pour elle », indique Dayane Abi Fadel.

Entre nostalgie et amertume, les jeunes se rappellent « la première fois qu’on (leur) a parlé de l’indépendance du Liban ». À l’école, pour la plupart, ou par la famille, comme Anthony el-Khouri, pour d’autres.


Dayane Abi Fadel. Photo DR


Se libérer des partis politiques et développer son esprit critique

Antoine Dagher veut transmettre un message aux jeunes qui « continuent d’adhérer aux partis existants ». Ces jeunes « qui sont affiliés à tel ou tel autre parti, soit à cause du charisme du chef ; c’est donc de l’endoctrinement… ou pour faire comme leurs parents, donc un phénomène de masse ». « Vous ne pourrez vous délier de vos appartenances politiques actuelles que s’il existe une alternative concrète et bien fondée. Or, c’est le cas aujourd’hui dans le contexte universitaire », lance-t-il en faisant allusion à la victoire massive des indépendants lors des élections estudiantines dans plusieurs universités libanaises. Chloé Houkayem, elle, veut déculpabiliser les jeunes qui quittent le pays. « Vous avez le droit de tourner la page et de chercher un meilleur avenir, un avenir qui n’est pas assuré au Liban », leur dit-elle. Et Dayane Abi Fadel de conclure: « Le pays n’est plus celui que je connais et auquel je rêve chaque nuit. Aujourd’hui, il n’est que l’œuvre de la classe politique corrompue qui l’a détruit et défiguré. »




Quelques jours après le 77e anniversaire de l’Indépendance du Liban, les jeunes Libanais sont mitigés quant à la pertinence d’une telle célébration ces temps-ci. Si certains voient dans cet événement l’occasion d’insuffler aux citoyens un peu d’espoir, d’autres n’y croient pas. « Il faut certainement marquer cette occasion », s’exclame Chloé Houkayem,...

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Depuis 1990 le Liban n'est pas independant

Eleni Caridopoulou

16 h 19, le 26 novembre 2020

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Commentaires (1)

  • Depuis 1990 le Liban n'est pas independant

    Eleni Caridopoulou

    16 h 19, le 26 novembre 2020