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Nos Lecteurs ont la Parole

Le Liban et son secteur privé, cibles et victimes

Écrire encore pour souligner le prix qu’on impose au Liban, au point de le défigurer en détruisant son patrimoine et son secteur privé, peut paraître inutile. Cependant, bien que ceux qui lisent encore soient de moins en moins nombreux et qu’au passage à l’action ils soient encore plus rares, il faut quand même continuer à réfléchir et à communiquer le fruit de l’analyse. Il y aurait alors quelque chance pour ouvrir un débat et, peut-être, de déclencher des solutions. Il faut toujours essayer. Comme une bouteille à la mer !

Ce qui arrive à Beyrouth ne peut échapper à la perspicacité de l’analyse. S’agissant du confinement à répétition, un coup d’œil globalisant montre que ce sont les institutions et les entreprises du libéralisme et d’un Liban ouvert sur le monde qui en pâtissent, dans la réalité. Avec le risque de ne pouvoir se relever et se rétablir. Dans l’hypothèse la plus optimiste, on assisterait à un phénomène de substitution ou d’égalisation où la médiocrité dans l’enseignement, les affaires et le commerce des idées anéantiraient toute trace d’excellence.

Déjà des stigmates. Après le centre-ville, plus d’une fois systématiquement saccagé par les casseurs, c’est, avec le 4 août 2020, l’autre face distinguée de la capitale qui est monstrueusement ravagée par un casseur maléfique, le nitrate. Ce jumelage interpelle l’analyse. Dans les deux cas, la capitale est abandonnée. Le silence qui a suivi ces deux catastrophes laisse dans l’inquiétude ceux qui, au Liban et à l’étranger, s’interrogent sur le hasard qui a plongé dans le malheur les deux ailes chics de Beyrouth, de la capitale, Gemmayzé, Mar Mikhaël et Achrafieh après l’acharnement contre le centre-ville. L’entreprise que traduit et cache à peine ce double malheur doit être contrée.

Elle le sera d’abord par une action conjuguée des institutions d’orientation et des médias qui luttent pour la survie du Liban des libertés et de son image. Dans le sillage des remarquables mouvements de solidarité après la catastrophe criminelle du 4 août 2020, ces institutions sont appelées à choisir, ensemble, les moyens d’action au niveau de l’opinion qui seraient les plus efficaces pour que chaque Libanais, où qu’il soit, au Liban ou à l’étranger, ressente, au fond de lui-même, qu’il a été personnellement atteint par le coup porté à l’image, au rôle culturel et économique ainsi qu’au prestige de sa capitale.

Il ne faut pas, en second lieu, se laisser obnubiler par les impératifs liés au Covid-19, au point de laisser dépérir les forces vives du secteur privé, notamment dans l’enseignement et le commerce. L’enseignement privé exige, en priorité, une action fondée sur la survie de la qualité, quitte à ce que les agences étrangères du monde libre, qui financent des travaux de recherche au Liban, décident de consacrer une partie substantielle des fonds dont elles disposent afin de coordonner leurs efforts au service d’un soutien commun et diversifié aux institutions privées d’enseignement, qu’elles auront, préalablement, soigneusement sélectionnées sur la base de la qualité de leur corps professoral et de son dévouement, pour assurer à leurs élèves une formation scientifique, humaniste et ouverte sur la connaissance artistique de très haut niveau. Ainsi, tout sera fait pour éviter l’exode des jeunes.

En outre, les commerces, les restaurants et les autres entreprises doivent mesurer le danger qui guette le secteur. Ils doivent se maintenir et démentir les cassandres qui prédisent le crépuscule du libéralisme de qualité. C’est en somme le rejet du secteur dans la médiocrité, à un moment où ailleurs on attire tout ce qui est lié à l’excellence.

On pourrait se demander comment concilier l’exigence de la qualité et de l’excellence avec le poids de la pandémie et du confinement à répétition. Tel qu’il est pensé et appliqué, le confinement risque d’aboutir à l’étouffement du secteur privé de qualité ; il a, en effet, délesté l’exemple des pays étrangers de son apport sur le double plan social et médical. Le souci de ne pas condamner l’économie y est traduit par des mesures auxquelles participent des équipes scientifiques et techniques de haut niveau, avec la perspective de ne pas compromettre l’avenir des entreprises et de leurs employés. Or dans un pays comme le nôtre, où l’idée d’égalité de traitement et de soumission à la loi ne s’impose pas à tous, l’application du confinement se limite au régime répressif au lieu d’innover, à la lumière de nos besoins et de nos structures spécifiques.

On se dirige vers le risque d’étouffer le secteur privé et de sacrifier ce qui fait du Liban un lieu de rencontre privilégié pour ceux qu’attirent la chaleur de nos contrées, de nos villes et de nos villages, et notre sens de l’hospitalité, ainsi que l’excellence de ce que procurent nos boutiques et autres commerces de qualité. Voilà encore une cible pour ceux qu’enchantent les malheurs qui s’abattent sur le Liban, au nom notamment de la lutte contre le Covid-19.

On aura cependant noté que le virus au nom duquel l’économie et le secteur privé sont fragilisés n’empêche pas les grappes humaines de s’agglutiner, collées aux ATM, au mépris de toute précaution et des gestes barrières, et dans l’indifférence de tous. Mais les commerces, les restaurants et toutes autres entreprises sont condamnés par les décisions de confinement. Au même moment, les ATM et les bureaux de change ainsi que les sacs ambulants des changeurs du marché noir constituent des clusters qui exposent les clients des banques aux dangers de la pandémie. Sans compter l’atteinte à la dignité de ces clients, sans égards pour leur âge, leur état de santé ou leur situation sociale.

Déjà, dans le numéro du 11 juillet 2020 de L’OLJ, nous avions attiré l’attention sur la responsabilité liée à cette atteinte à la dignité du client, au mépris des obligations professionnelles du banquier. Pourquoi ne pas remédier à cette faute, notamment à la lumière du nombre grandissant des décisions de justice ?

Concernant le rôle des composantes du secteur privé, il est évident qu’il assume des obligations, avec ses nombreuses chambres et formations professionnelles. Les responsables de ces structures ne peuvent se contenter de s’opposer aux mesures gouvernementales ; ils sont conviés à trouver des solutions qui seraient innovantes pour sauver commerces, écoles et hôpitaux. Et surtout pour stopper le cours d’eau souterrain, qui mine insidieusement l’avenir et l’image du Liban libéral.

Les Chambres de commerce, les associations de commerçants et les autres formations (médicales, pharmaceutiques, hospitalières) gagneraient à imaginer des solutions et à ne pas se contenter de présenter des rapports. Faire appel à des jeunes, universitaires et techniciens de haut niveau, pour innover et concevoir un pacte entre l’entreprise et ses clients, serait une solution ; avec ce pacte qui varie selon les groupes d’entreprises, celles-ci rassurent le client qui est leur véritable partenaire, d’abord sur les mesures sanitaires spécifiques qui peuvent varier selon les entreprises et leurs dimensions et qui seront gérées par des équipes de contrôleurs.

L’entreprise procure en outre au client un système de paiement, pour faciliter ses achats et ses consommations, sans les désagréments du transport du cash. Il convient de se tourner vers le client, en l’assurant de la permanence de la qualité dans les services et les produits. Concevoir ce pacte ne suffit pas ; il faut l’appliquer ; voilà une possibilité qui a plus de chance de réussir que tous le discours pour limiter les dégâts dus aux décisions de fermeture ; si celles-ci se répètent, elles aboutiront au nivellement de nos entreprises par le bas.Le monde des affaires doit s’unir et s’organiser, en prévision d’éventuelles mesures restrictives.

Seules les forces vives de ses membres assureront sa survie et la résurrection de tous les secteurs du luxe. C’est à cette condition que le travail sera sauvegardé et que les jeunes employés qui travaillent pourront soutenir leurs familles et payer leurs études. Ils bénéficieront, eux aussi, du retour de la clientèle des boutiques et des autres entreprises, économiques et touristiques.

Sans compter sur qui que ce soit, c’est en lui-même, sur le fondement des spécificités du Liban, concernant notamment la capacité de notre peuple ici et à l’étranger à résister et à se relever, qu’il incombe au secteur privé de trouver les formules et les solutions capables de sauver l’économie libérale.

Comment clore ce texte sans souligner que les pays qui nous ont toujours confortés et assurés de leur amitié sont appelés à soutenir, également, notre système libéral, à travers le soutien à apporter aux éléments et acteurs du privé, qui fondent ce libéralisme et conditionnent la permanence de l’emploi et la dignité des travailleurs.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Écrire encore pour souligner le prix qu’on impose au Liban, au point de le défigurer en détruisant son patrimoine et son secteur privé, peut paraître inutile. Cependant, bien que ceux qui lisent encore soient de moins en moins nombreux et qu’au passage à l’action ils soient encore plus rares, il faut quand même continuer à réfléchir et à communiquer le fruit de l’analyse. Il y...

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