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Interview

Beyrouth/Paris la nuit, une question d’optimisation des correspondances pour Air France

Le directeur régional pour le Proche-Orient de la compagnie aérienne française, Matthieu Tétaud, est aussi revenu pour « L’Orient-Le Jour » sur son adaptation au contexte économique et financier libanais.

Beyrouth/Paris la nuit, une question d’optimisation des correspondances pour Air France

Matthieu Tétaud, directeur régional pour le Proche-Orient de la compagnie aérienne française. Photo DR

Air France a opéré un changement majeur dans la programmation de ses vols réguliers entre Paris et Beyrouth. Quels sont les facteurs qui sont à l’origine de cette décision ?

Air France a effectivement décidé de modifier l’horaire de sa liaison Paris-Beyrouth. À partir du 2 décembre, les départs depuis la capitale libanaise seront programmés à 1h du matin – contre environ 4h de l’après-midi actuellement –, pour un atterrissage à Charles de Gaulle à 4h40. Dans l’autre sens, les départs de Paris sont fixés à 18h10, pour une arrivée à Beyrouth à 23h20. Air France opérera toujours cinq liaisons hebdomadaires entre les deux aéroports internationaux – contre 1 vol quotidien en hiver, avant la pandémie de Covid-19 qui a affecté le transport aérien mondial.

Comme la compagnie l’a précisé, ce changement d’horaires historique en 70 ans de présence au Liban va surtout ouvrir la possibilité aux passagers en provenance du Liban d’avoir accès à plusieurs correspondances assurées le même jour, notamment pour les vols à destination de l’Amérique du Nord.

Il faut savoir qu’en 2019, Air France transportait plus de 30 % des passagers entre le Liban et ce continent.

Le fait que ce changement n’ait été opéré que maintenant est directement lié à la baisse des fréquences de vols opérés par Air France sur l’ensemble de son réseau tout en maintenant 80 % des destinations desservies suite à la baisse d’activité liée au Covid-19. Des ajustements qui contraignent la compagnie à faire preuve de flexibilité et à optimiser autant que possible ses trajets. Pour rester sur le plan global, Air France effectue des changements de grille presque chaque mois désormais pour s’adapter aux décisions sanitaires prises par les autorités des différents pays où nous sommes présents, entre autres. Avant, ce type de changement s’opérait une à deux fois par an.

Voilà plus d’un an que le Liban vit une crise sans précédent marquée par un effondrement de sa monnaie et des restrictions bancaires qui ont affecté les règlements des billets d’avion avec l’ensemble des compagnies aériennes. Mais Air France continue de son côté d’accepter les livres libanaises…

Entre Covid-19, crise et restrictions bancaires, la conjoncture libanaise nous impose d’être très créatifs pour pouvoir rester compétitifs, tout en arrivant à rapatrier nos recettes à Paris – où sont centralisés la majorité de nos coûts.

C’est dans cette optique qu’Air France accepte d’encaisser le prix des billets en livres, à un taux fixé chaque semaine et qui est généralement situé entre celui de 3 900 livres pour un dollar imposé aux changeurs libanais agréés et les niveaux atteints par ce taux sur le marché noir, autour de 8 000 livres ces derniers jours. La possibilité de payer en livres est ouverte même pour les commandes faites sur notre site, mais le règlement doit se faire soit auprès de notre agence au Liban, soit via les points de vente de la société de transfert d’argent OMT, avec qui nous avons noué un partenariat il y a plusieurs mois. Nous cherchons également à trouver un équilibre avec les agences de voyages qui sont pour nous des partenaires majeurs au Liban et qui souffrent beaucoup de la crise.

Bien que complexes, ces aménagements sont justifiés parce que le marché libanais reste important pour Air France, notamment pour sa place sur les trajets entre le Moyen-Orient et l’Amérique du Nord.

Près d’un an après les premières conséquences de la pandémie de Covid-19 sur son activité, le transport aérien semble aujourd’hui militer pour un retour à la normale en faisant valoir l’efficacité des mesures sanitaires dans les aéroports et les avions. Quelle est la position d’Air France sur ce sujet ?

Le transport aérien a bel et bien été bouleversé par l’épidémie de Covid-19, et la question de l’autoriser à fonctionner normalement se pose d’autant plus aujourd’hui que le secteur s’est globalement bien adapté aux exigences sanitaires.

Aujourd’hui, on sait comment ralentir ou freiner la transmission du virus, et les protocoles mis en place dans les aéroports et les avions – dépistages obligatoires, masques,

filtrage de l’air, etc. – se sont révélés efficaces pour limiter les cas positifs importés (selon les chiffres de l’Association internationale du transport aérien, IATA, il n’y a eu que 44 cas d’infection recensés entre janvier et juillet sur 1,2 milliard de passagers transportés dans le monde, NDLR).

Air France est d’ailleurs à la pointe dans ce domaine : nos appareils sont équipés de filtres à air HEPA (High Efficiency Particulate Air) que l’on trouve dans les blocs opératoires, et l’ensemble de nos mesures sont regroupées sous un label « Air France Protect » dont l’efficacité a été reconnue par les spécialistes de la filière. Cela nous permet aujourd’hui de faire un lobbying pour obtenir la mise en place de certains dispositifs complémentaires, comme la mise en place à Charles-de-Gaulle d’infrastructures pour permettre les tests antigéniques qui donnent des résultats en 15 minutes dans les aéroports. Nous pensons que ce type de mesures permettra à terme de rétablir le trafic aérien à un niveau normal comparé aux standards avant la pandémie. Cela suppose bien entendu que la majorité des pays du monde assouplissent aussi leurs mesures prises dans le cadre du confinement, l’Europe, l’Asie ou l’Amérique du Nord étant encore assez hésitantes à le faire pour le moment.

Le secteur aérien était déjà en crise, avec notamment beaucoup de compagnies low cost en difficulté en 2018 et 2019. Est-ce que la pandémie a finalement accéléré un processus de transformation qui était devenu inévitable ?

Ce que vous avancez au sujet des compagnies low cost était surtout vrai pour les acteurs européens. Ailleurs, comme en Amérique du Nord, ces transporteurs s’en sont mieux sortis. Mais il est vrai que la nécessité de consolider le secteur était au centre des préoccupations de nombreuses compagnies, dont Air France, avant la pandémie. Pour rester sur notre cas, la direction avait annoncé un vaste plan de transformation à l’été 2019.

Un projet qui s’inscrivait initialement sur le long terme, mais que la pandémie nous a contraints à réaliser à court terme.


Air France a opéré un changement majeur dans la programmation de ses vols réguliers entre Paris et Beyrouth. Quels sont les facteurs qui sont à l’origine de cette décision ?

Air France a effectivement décidé de modifier l’horaire de sa liaison Paris-Beyrouth. À partir du 2 décembre, les départs depuis la capitale libanaise seront programmés à 1h du matin –...

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