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Éclairage

Les houthis, prochaine cible de l’administration Trump ?

Selon différentes sources, les rebelles yéménites, proches de Téhéran, pourraient être inscrits sur la liste américaine des « organisations terroristes » dans les prochains jours.

Les houthis, prochaine cible de l’administration Trump ?

Des houthis célébrant la capture présumée de soldats saoudiens à Sanaa. Photo d’archives/AFP

Les houthis seront-ils les prochains à faire les frais de la campagne de « pression maximale » de l’administration de Donald Trump contre l’Iran ? Selon des sources diplomatiques citées lundi par le magazine américain Foreign Affairs, l’équipe du président des États-Unis sortant serait en train de préparer l’inscription des rebelles yéménites sur la liste américaine des « organisations terroristes ». Ces informations ont été confirmées hier par plusieurs hauts responsables à l’AFP. Le groupe, également appelé Ansarullah et soutenu par Téhéran, est l’un des deux protagonistes principaux du conflit yéménite avec le gouvernement de Abd Rabbo Mansour Hadi, appuyé quant à lui par une coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Selon les différentes rumeurs qui circulaient ces derniers jours, la décision américaine pourrait être annoncée pendant le G20 qui doit se tenir virtuellement ce week-end sous la présidence de Riyad ou lundi au cours de la visite du secrétaire d’État américain Mike Pompeo en Arabie saoudite, dernière étape de sa tournée dans la région. Si ce n’est pas la première fois que cette action est évoquée, elle ferait aujourd’hui figure de cadeau, avant le départ de Donald Trump, pour le royaume saoudien, allié de Washington enlisé dans le conflit depuis cinq ans et qui craint de voir les rebelles s’installer de manière permanente à ses frontières.

Alors que le Yémen est ravagé par la guerre depuis six ans, les houthis se sont emparés de la capitale Sanaa en 2014 et contrôlent aujourd’hui de larges pans de territoire dans le nord du pays. « Contrairement à ce que l’Arabie saoudite et ses alliés avaient prévu, le soutien matériel de l’Iran aux houthis a augmenté au lieu de diminuer en conséquence du conflit au Yémen », note Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques au Pembroke College de l’Université d’Oxford, interrogée par L’Orient-Le Jour.

Espoirs irréalistes

La décision de désigner les rebelles yéménites comme « terroristes » s’inscrirait alors dans le sillage des sanctions en préparation contre la République islamique, bête noire de Washington, et ses proxys dans la région. Tablant sur une diplomatie de la force, Donald Trump s’évertue à intensifier la pression sur le régime iranien avant l’investiture en janvier du président élu Joe Biden. Une stratégie qui a été décriée par les houthis alors que cette décision serait prise par un président sortant pendant la période de transition. « S’il désigne Ansarullah comme une organisation terroriste, cela viendra d’une personne non compétente qui est en train de devenir complètement dingue », a dénoncé hier à l’AFP Sultan al-Samee, vice-président du Conseil politique d’Ansarullah.

Si Joe Biden et son équipe ont d’ores et déjà manifesté leur volonté d’opter pour un ton plus modéré à l’égard de Téhéran et de s’engager de manière plus active sur le plan diplomatique pour trouver une issue au conflit yéménite, les actions de l’administration Trump pourraient leur compliquer la tâche. « Une désignation “terroriste” des houthis compliquerait considérablement l’engagement des États-Unis dans les négociations. Des dérogations seraient requises pour les diplomates américains pour rencontrer des représentants houthis », commente pour L’OLJ Gerald Feierstein, ancien ambassadeur des États-Unis au Yémen de 2010 à 2013 et vice-président du Middle East Institute. « Cela rendrait vraisemblablement les houthis moins disposés à participer à des négociations incluant des représentants américains », ajoute-t-il.

Classé comme groupe « terroriste » par le royaume saoudien depuis 2014, faisant déjà l’objet de sanctions américaines et onusiennes, les houthis ne devraient pas être frappés de plein fouet par la nouvelle décision de Washington, mais leurs actions dans le conflit yéménite pourraient être un peu plus mises en lumière. Entre autres, le groupe est régulièrement décrié pour ses exactions contre les civils, notamment contre les femmes et les journalistes, et ses opinions suprématistes, souligne Elisabeth Kendall. « Cependant, il convient de souligner que le groupe n’est pas le seul gouvernement de la région à cocher ces cases », nuance-t-elle. Hier, le ministre yéménite de l’Information, Moammar al-Eryani, a estimé que les houthis doivent être placés sur la liste américaine pour « leurs violations visant des civils, leurs incitations au sectarisme et leurs attaques contre les voisins » du Yémen.

Risque humanitaire

Cette désignation pourrait toutefois ralentir un peu plus le processus de paix et les pourparlers menés par l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths. Si des accords et des trêves ont été conclus entre les belligérants à de multiples reprises, ils n’ont pas fait long feu. « L’espoir est peut-être que cela ferait pression sur les houthis afin qu’ils fassent les compromis nécessaires pour parvenir à un cessez-le-feu et à la paix. Cela semble irréaliste, surtout quand, en tant que “terroristes”, ils auraient peu d’espoir de participer à un futur gouvernement de partage du pouvoir », anticipe Elisabeth Kendall. « La désignation est plus susceptible de jouer entre les mains des extrémistes houthis et de perpétuer le conflit », remarque-t-elle. Cette mesure pourrait aussi empêcher les responsables rebelles de voyager et de prendre part à des négociations à l’étranger.

« Oman, en particulier, pourrait être sous pression pour mettre fin à la présence des houthis à Mascate », souligne Gerald Feierstein.

La décision fait également débat entre les représentants du Congrès américain et suscite de nombreuses inquiétudes du côté des ONG dont le travail sur terrain pourrait se retrouver gravement entravé et dont le personnel pourrait être pris à parti. Alors que les rebelles yéménites sont les autorités de facto dans des parties du nord du pays, les équipes humanitaires doivent travailler à leurs côtés dans les zones sous leur contrôle pour obtenir des laissez-passer, permettre la mise en place de projets ou encore la fourniture d’aide alimentaire. Le recours au système bancaire local, le paiement des salaires ou encore la distribution d’aides financières pourraient également être mis à mal. Pour les ONG, les défis sont multiples alors que 80 % de la population dépend de l’aide humanitaire et que la pandémie de Covid-19 est venue se greffer cette année au risque de famine. « En tant qu’acteurs humanitaires, si cette désignation se concrétise, nous demandons (la mise en place d’) une “licence générale” », indique Sultana Begum, responsable de plaidoyer pour le Yémen au Norwegian Refugee Council, contactée par L’OLJ. « Ceci fournit une assurance légale et des garanties que, en tant qu’acteurs humanitaires, nous serons en sécurité dans les zones contrôlées par Ansarullah, que nous pouvons continuer à fournir de l’aide et que nous ne serons pas criminalisés ou poursuivis pour avoir effectué des travaux vitaux », explique-t-elle.

Par anticipation à la mesure dont les conséquences restent encore incertaines, plus d’une douzaine d’employés américains des Nations unies et d’agences internationales au Yémen ont été transférés temporairement hors des zones contrôlées par les houthis, a rapporté hier le magazine américain Foreign Affairs. Lundi soir, un message avertissant les agences de secours du caractère probablement imminent de la décision a été envoyé par l’ONU, provoquant l’appréhension des équipes humanitaires. « Bien que (les implications) ne seront probablement pas trop sévères – un enlèvement par exemple –, elles pourraient entraîner une restriction de mouvement. Ceux qui souhaitent quitter Sanaa pour Aden ou Addis-Abeba sur le vol de mercredi (seront) accommodés », indique le message. Contacté par l’AFP, un responsable d’une organisation humanitaire a toutefois constaté que « jusque-là, malgré certaines informations, il n’y a pas de retrait des employés ».


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