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Les nids du déni

En psychologie, le déni est considéré comme un mécanisme de défense qui porte un individu à refuser de prendre en compte tout, ou partie, d’une réalité traumatisante.


En politique, c’est sensiblement différent. Dans le fouillis de perfides manœuvres et de coups bas qui caractérise la course au pouvoir, le déni peut être tout simplement le fait d’un mauvais joueur, surtout quand, ayant collectionné les succès, il répugne à boire l’amère coupe de la défaite. Un mauvais joueur fait nécessairement un mauvais perdant qui, entre autres manifestations de fureur, crie à la triche, renverse la table, et va jusqu’à casser le mobilier. Le modèle le plus spectaculaire, le plus d’actualité aussi, en est Donald Trump qui, deux semaines après l’élection présidentielle américaine, commence tout juste à concéder, à demi-mot seulement, sa défaite. Pour clore en beauté son tumultueux mandat, et comme pour compliquer à plaisir la tâche à son successeur démocrate, il a été à deux doigts d’ordonner, au grand affolement de ses conseillers, une frappe militaire contre le site nucléaire iranien de Natanz. Revenu à de meilleurs sentiments, il n’en envisage pas moins des sanctions contre son trop remuant allié turc.


Travail d’amateur cependant que tout cela ; pour s’en convaincre, les curieux du monde entier devraient venir voir de près à quelle sinistre perfection l’art du déni a été porté au Liban. Les plus indulgents seront tentés de mette sur le compte du surmenage le mythe pulvérisé d’une présidence autoproclamée forte mais paraissant évoluer sur une autre planète, et ne trouvant rien de mieux à promettre aux citoyens que l’enfer où court le pays. Les mêmes iront d’un sourire à l’évocation de ce Premier ministre raté, et aujourd’hui démissionnaire, se vantant d’avoir atteint 97,5 % de ses objectifs alors qu’il n’a pas encore fini de patauger dans son impuissance.


Mais foin de la caricature, c’est au sein de la classe dirigeante quasiment tout entière que se pratique le déni, dans toute sa gloire. Depuis le 17 octobre 2019, l’establishment politique a eu tout le temps de constater à quel point il était désacralisé, conspué, vomi par les foules de manifestants en colère. L’aggravation de la crise, l’appauvrissement, la monstrueuse explosion du port de Beyrouth et une moisson quotidienne de scandales à la négligence ou la corruption ont encore creusé le fossé. Feindre de croire que tout cela, les responsables ne l’ont pas compris, serait faire insulte à leur lucrative roublardise. Car leur déni à eux est tout réfléchi. Il n’est pas le fruit d’un quelconque sale caractère, il est froidement raisonné, calculé. Il est conscient, délibéré, programmé, paramétré, érigé en méthode de pouvoir : pire, en gage de pérennité pour cette mafia qui les regroupe en dépit de toutes leurs rivalités politiques, idéologiques ou tout bêtement sectaires.


Sujette à de féroces tiraillements, la formation d’un nouveau gouvernement n’attendait, nous assurait-on, que le verdict des urnes américaines ; rien ne presse, faut-il croire, elle attendra bien la mise en place, puis la période de rodage, de l’administration Biden. Tout aussi lointain semble un accord sur l’audit de la Banque du Liban, la polémique sur la procédure à suivre ayant gagné l’ensemble de l’establishment politique. Mais tout ce vacarme n’est-il pas que du bluff ? Y a-t-il vraiment, dans le lot, des parties n’ayant rien à se reprocher ? Et à quand la radiographie de ces nids de corruption que sont, entre autres, les ministères des Finances, de l’Énergie et des Télécommunications ?


Allons bon, pour occulter ces questions, les virtuoses du déni vont devoir se surpasser.


Issa GORAIEB

[email protected]


En psychologie, le déni est considéré comme un mécanisme de défense qui porte un individu à refuser de prendre en compte tout, ou partie, d’une réalité traumatisante.


En politique, c’est sensiblement différent. Dans le fouillis de perfides manœuvres et de coups bas qui caractérise la course au pouvoir, le déni peut être tout simplement le fait d’un mauvais...