Profitant des tensions politiques à Hong Kong, le Japon souhaite se positionner en tant que nouveau hub financier de la région. Photo AFP
Cherchant à profiter des tensions politiques à Hong Kong, Tokyo cherche à attirer des capitaux et des financiers qui y sont basés, mais ses chances de succès paraissent minces. La capitale japonaise a inauguré le mois dernier un nouveau bureau d’information à Hong Kong pour y vanter son attractivité économique. Le gouvernement japonais envisage des réductions d’impôts ciblées et des mesures de simplification administrative pour doper l’attractivité du pays auprès des professionnels étrangers de la finance. L’idée d’une zone économique spéciale circule aussi, mais risque d’être complexe à mettre en œuvre. Pour le moment, aucune grande société étrangère n’a annoncé publiquement son intention de partir de Hong Kong, même si certaines y réfléchissent à terme, selon plusieurs sondages.
Écueils nippons
Le Japon n’est pas un candidat évident en dépit de son statut de troisième puissance économique mondiale. La barrière linguistique, conjuguée à une faible maîtrise locale de l’anglais, réduit son attractivité, tout comme des impôts plus élevés : pour les contribuables les plus aisés, le taux d’imposition sur le revenu au Japon atteint 45 %, contre 17 % à Hong Kong et 22 % à Singapour. Le retard pris par le Japon dans la transformation numérique est un handicap de taille, explique à l’AFP Michael Mrozcek, président du Conseil européen des affaires (EBC) au Japon. Et la panne géante qui a paralysé la Bourse de Tokyo le 1er octobre n’a guère aidé à améliorer sa réputation. La « discrimination » envers les résidents étrangers au Japon ces derniers mois au nom de la lutte contre le Covid-19 a aussi nui à son attractivité internationale, selon M. Mrozcek.
Par ailleurs, d’autres régions en Asie-Pacifique sont sur les rangs pour rivaliser avec Hong Kong. L’Australie a par exemple annoncé dès juillet un assouplissement de ses règles de visa pour les citoyens hongkongais. Singapour apparaît aussi comme une destination alternative crédible. Mais les autorités de Singapour peinent à reconnaître vouloir exploiter la situation : voir Hong Kong « stable et prospère » serait dans l’intérêt de toute la région, a ainsi assuré cet été le Premier ministre de la cité-État, Lee Hsien Loong.
Incontournable Chine
Hong Kong a toujours de solides arguments à faire valoir en tant que « première porte d’accès à la Chine continentale », et son écosystème de banques internationales est inégalé en Asie, rappelle à l’AFP Stephen Innes, analyste chez AxiCorp. Depuis fin 2014, la Bourse de Hong Kong est directement connectée avec celle de Shanghai, permettant ainsi à des sociétés basées à Hong Kong d’investir plus facilement dans des sociétés chinoises cotées. La proximité géographique de Hong Kong avec Shenzhen, la Silicon Valley chinoise, est un autre atout important, ajoute M. Innes. La timidité des mesures annoncées jusqu’ici par les voisins de la Chine pour concurrencer Hong Kong reflète aussi leurs craintes de courroucer Pékin et par là même leurs propres intérêts économiques.
Étienne BALMER/AFP


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