Le ministre sortant de l’Économie et du Commerce, Raoul Nehmé, a répondu hier à la polémique sur la farine stockée à la Cité Sportive. Photo M.A.
Le ministre sortant de l’Économie et du Commerce, Raoul Nehmé, a annoncé hier qu’il était nécessaire de détruire les silos, qui contenaient 45 000 tonnes de blé et de grains au moment de la double explosion meurtrière survenue au port de Beyrouth le 4 août dernier, en raison de leur fragilité. L’opération devrait commencer la semaine prochaine. Ces silos appartiennent à l’État qui les administre via une direction spécifique au sein du ministère de l’Économie. Il s’agit des seules structures de cette capacité dans le pays – il existe des entrepôts appartenant à des entreprises privées mais de capacités bien inférieures.
« Le sommet des silos s’est déplacé de 20 cm, alors que le corps n’a pas bougé. C’est un indicateur d’instabilité, rendant nécessaire leur destruction », a expliqué le ministre hier. Il a également rapporté que tout risque d’explosion des structures (lié à plusieurs facteurs, dont la présence de gaz dans les décombres pouvant réagir à des températures élevées) avait été écarté par les experts sur le terrain. Le ministre a enfin insisté plusieurs fois sur le fait que la sécurité de l’équipe qui se chargera de vider les silos avant leur destruction sera prioritaire et impactera la durée de l’opération.
Les silos de blé ont été endommagés par l’explosion du 4 août. Photo AFP
Polémique de la farine à la Cité sportive
Le ministre a précisé que les grains qui étaient contenus dans les silos étaient irrécupérables, même pour servir d’aliments aux animaux et qu’ils seraient temporairement stockés au port de « manière sécurisée ». La construction de nouveaux silos, qui pourraient bénéficier de l’appui du Koweït qui avait émis une proposition dans ce sens en août, n’a pas encore été programmée. Le même mois, le Programme alimentaire mondial (PAM) avait également proposé d’envoyer des silos en métal préfabriqués, un projet resté lettre morte pour le moment.
L’annonce du ministre survient alors qu’une polémique a éclaté cette semaine concernant une partie des 10 000 tonnes de farine offertes par l’Irak il y a une vingtaine de jours dans le sillage de l’explosion du 4 août. La municipalité de Ghobeyri, dans la banlieue sud de Beyrouth, a en effet annoncé mercredi soir que ses agents de police avaient découvert 7 000 tonnes de farine issues du don irakien entreposées sous les gradins du stade de la Cité sportive et exposées à l’eau, à l’humidité et à l’air, alors que de fortes pluies s’abattent depuis le début de la semaine sur le pays.
Raoul Nehmé s’est défendu en indiquant avoir été pris par le temps pour trouver un lieu de stockage – les silos étant justement détruits et l’État n’en possédant pas d’autres. Il a aussi souligné que seules « une ou deux tonnes » de farine avaient été endommagées, en plus de « trois sacs altérés lors du transport ». Des précisions confirmées par Ali Ibrahim, le président du syndicat des boulangeries de Beyrouth et du Mont-Liban contacté par L’Orient-Le Jour. Raoul Nehmé a d’ailleurs regretté que l’Irak ait envoyé de la farine et non du blé, en raison de la difficulté de son stockage et de sa conservation.
Ces explications n’ont pas convaincu la société civile. Le groupe intitulé « Le peuple réclame la réforme du système » a ainsi demandé, par le biais de ses avocats, l’ouverture d’une note d’information auprès du parquet général financier concernant cette affaire. Sur le terrain, un groupe de contestataires a organisé un sit-in devant le siège du ministère de l’Économie à Beyrouth afin de crier sa colère contre le ministre.
Ali Ibrahim a indiqué que, suite à cette polémique, la demande de pain a augmenté hier par peur d’une hausse des prix en raison d’une pénurie de farine non avérée.
Lors de sa conférence de presse, le ministre a également annoncé que plusieurs réunions allaient être organisées avec des professionnels de la filière afin de modifier le prix du pain, un kilo de pain blanc arabe étant vendu à 2 000 livres depuis le 21 septembre et ce jusqu’au 22 novembre grâce à un don de 12 000 tonnes de blé du PAM. Avant cela, les 900 grammes de pain s’achetaient à 2 000 livres. Raoul Nehmé est resté évasif sur l’évolution de cette tarification, pointant du doigt d’un côté la baisse du taux de change dollar/livre, qui se négocie actuellement autour des 7 000 livres contre 9 000 livres en juillet, et d’un autre la hausse des prix mondiaux du blé. Le boisseau américain de blé (27,21 kg) est passé de 4,9 dollars à mi-août à plus de 6 dollars en novembre. Cette situation a d’ailleurs poussé les minotiers à demander une plus grande rémunération de la part des boulangers, qui attendent la décision du ministère, selon Ali Ibrahim. Le président du syndicat des boulangers assure toutefois que, si une augmentation du prix du pain a lieu, elle sera de « 500 livres ».


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